US Open : Alex de Minaur s’effondre, Dane Sweeny brille pour l’Australie
Alex de Minaur est passé en un été de valeur sûre du top 10 à joueur en plein doute. À New York, son US Open s’est arrêté net au deuxième tour, et avec lui une saison de grands chelems qui laisse un goût amer.
Face au frappeur néerlandais Botic van de Zandschulp, le numéro 7 mondial a cédé en trois sets, 6-4, 7-5, 6-2, sur le court et dans le contenu. Une sortie sèche, dans la foulée d’une série de semaines compliquées qui tranchent avec son départ canon en 2026.
« Mon niveau aujourd’hui n’était pas assez bon. C’est assez simple », a-t-il reconnu. L’honnêteté est là, les sensations beaucoup moins.
De la lumière de janvier à la grisaille de septembre
De Minaur avait pourtant posé les bases d’une grande année avec un quart de finale à l’Open d’Australie, son deuxième à Melbourne. Ensuite, la pente s’est doucement inversée : troisième tour à Roland-Garros, huitième de finale à Wimbledon, et désormais sa plus précoce élimination à l’US Open depuis cinq ans.
Sur ses treize derniers tournois du Grand Chelem, il n’avait été sorti aussi tôt qu’à deux reprises. Flushing Meadows était devenu un refuge, avec deux quarts de finale consécutifs. Cette fois, il sort dès le deuxième tour, et laisse derrière lui un tableau orphelin de tête d’affiche australienne… ou presque.
La menace est désormais chiffrée : sa place dans le top 10 pourrait s’envoler dans les semaines à venir. Depuis février, il n’a dépassé les quarts de finale qu’une seule fois sur le circuit. La dynamique est claire, et elle n’est pas en sa faveur.
Un match qui glisse entre les doigts
Face à van de Zandschulp, la facture statistique raconte le même naufrage que le ressenti. Son service, souvent pointé du doigt, l’a encore trahi : sept doubles fautes pour seulement quatre aces, onze balles de break concédées, cinq breaks subis.
Il offre le premier tournant sur une double faute qui le laisse mené d’un set et 4-3. Un point chanceux dans le jeu suivant – un revers qui accroche la bande et file gagnant – lui redonne un souffle, le ramène à 15-40, puis il recolle, puis passe devant. Le genre de séquence qui, d’ordinaire, rallume sa combativité.
Mais le bras ne suit pas la tête.
À 5-5 dans le deuxième set, il s’embarque dans un jeu de service interminable, sauve quatre balles de break, cède sur la cinquième. Van de Zandschulp s’excuse presque : une balle décentrée, courte, qui attire l’Australien vers l’avant et lui offre un passing de coup droit. Le point est malchanceux, mais de Minaur pouvait mieux faire. Le set est perdu, le gouffre se creuse.
Mené deux manches à rien, il se retrouve face à une statistique implacable : jamais, en 27 tentatives, il n’a remonté un tel déficit. Il quitte le court, tente de se relancer. Il revient plus agressif, hausse le ton, mais lâche encore son service sur un coup droit envoyé trop long dans le troisième jeu. Deux balles de débreak suivent dans le jeu suivant, sans succès. Van de Zandschulp frappe une nouvelle fois, s’échappe, et ferme le match sans trembler.
« Je faisais beaucoup de fautes, ce qui n’est pas vraiment mon style de jeu », a soufflé de Minaur. « Plus j’essayais, plus je mettais d’intensité, plus je me chauffais, plus je faisais de fautes directes… journée difficile au bureau. »
Sur le plan du palmarès, le Néerlandais signe un deuxième gros coup à l’US Open, après avoir éliminé Carlos Alcaraz au même stade il y a deux ans. Sur le plan psychologique, il brise aussi une série personnelle : il n’avait jamais battu de Minaur en quatre confrontations.
Dane Sweeny, l’outsider qui refuse de redescendre
Pendant que de Minaur sortait par la petite porte, un autre Australien découvrait la lumière des grands courts. Dane Sweeny, 123e mondial, 170 centimètres de résistance pure, a signé la victoire de sa vie en renversant Lorenzo Musetti, double demi-finaliste en Grand Chelem, 3-6, 6-1, 6-2, 6-2.
Sur le papier, c’est un séisme. Sur le terrain, c’est la récompense d’un joueur qui a refusé de lâcher malgré une carrière jusque-là en coulisses.
Musetti, lui, s’est rapidement mis à lutter avec son corps plus qu’avec l’adversaire. À partir du troisième set, il erre, voûté dans le coin du court, visiblement diminué. Il quitte le court pour un temps mort médical à 3-0 dans la troisième manche, revient par séquences, montre quelques éclairs, mais ne parvient jamais à reprendre le contrôle.
Sweeny, lui, ne regarde pas l’adversaire, seulement la ligne de fond. Il maintient la pression, frappe, court, recommence. Il avait déjà profité d’un premier coup de pouce du destin : initialement programmé pour jouer les qualifications, il récupère la wild-card australienne dans le tableau principal après une série de forfaits qui permettent à Alexei Popyrin d’entrer directement dans le cut. Il transforme ce billet inespéré en première victoire en Grand Chelem hors Melbourne, quand Corentin Moutet abandonne blessé alors qu’il est mené 7-6, 6-4, 3-0.
Contre Musetti, il ne doit rien à personne. Il se fait breaker deux fois, mais reprend immédiatement son service. Ses frappes restent lourdes, son activité ne faiblit jamais. Le quatrième set suit le même scénario : l’Italien offre un break d’entrée, et se retrouve encore à courir derrière.
« Je suis tellement reconnaissant de pouvoir simplement jouer les Grands Chelems », a confié Sweeny. « Le parcours dans le tennis est une telle montagne russe, je suis incroyablement reconnaissant de jouer devant un public pareil et de profiter de ce moment. Gagner, et enchaîner quelques victoires, c’est génial. »
Il y a deux ans à peine, il avait pourtant lâché la raquette pendant plusieurs mois, épuisé par une série de mauvais résultats alors qu’il pensait approcher du niveau requis pour se mêler aux meilleurs. Il a choisi de revenir. Il récolte aujourd’hui.
« C’est ça, la beauté de poursuivre quelque chose avec autant d’acharnement », explique-t-il. « Le tennis peut basculer en un instant. Il faut juste continuer à persévérer. Je ne gagnais pas pendant longtemps, mais il y a une loi des probabilités. Je savais que ça finirait par tourner si je continuais. Maintenant je suis là, et revenir après ces deux mois, c’est la meilleure décision que j’aie prise. »
Le voilà assuré de plus de 400 000 dollars de prize money et d’un classement virtuel à la 109e place mondiale, le meilleur de sa carrière, avant un nouveau duel avec un Italien tête de série, Luciano Darderi.
Kyrgios suspendu, Tsitsipas pas surpris
En marge des courts, une autre onde de choc a touché le tennis australien. L’International Tennis Integrity Agency a annoncé que Nick Kyrgios avait accepté une suspension d’un mois pour usage de cocaïne hors compétition, une sanction initialement fixée à trois mois mais réduite en échange de son engagement dans un programme de traitement.
Le joueur avait présenté des excuses publiques à sa famille, ses amis et ses fans après la révélation de sa suspension provisoire, parlant d’une « énorme erreur ». Il a reconnu auprès de l’ITIA avoir consommé de la cocaïne lors d’une soirée, avant de jouer à Majorque.
Sa suspension a officiellement pris fin jeudi, sous réserve qu’il mène à bien son programme de soins. Il perd toutefois les points et le prize money gagnés à Majorque.
Son ancien partenaire de double Stefanos Tsitsipas, avec qui les relations ont souvent été électriques, a expliqué après sa victoire au premier tour à l’US Open que cette nouvelle ne le surprenait pas et qu’il était au courant de la situation.
Une journée contrastée pour les Australiens
La journée aurait pu virer au conte de fées collectif. Un deuxième outsider australien, Tristan Schoolkate, a mené la fronde contre un autre Italien de premier plan, Flavio Cobolli, finaliste à Roland-Garros. Qualifié, Schoolkate empoche le premier set, mais finit par céder 3-6, 6-3, 6-4, 7-5 face à la tête de série numéro 5.
Alexei Popyrin, lui, a disparu après un départ prometteur. Il emporte la première manche 6-2 face au gaucher chilien Alejandro Tabilo, 25e tête de série, puis s’éteint dans deux tie-breaks, 7-6 (7-4), 7-6 (7-3), avant de lâcher complètement dans le quatrième set, 6-2. Un match qui résume ses montagnes russes actuelles.
Pendant ce temps, le tournoi a connu d’autres secousses : le troisième favori Felix Auger-Aliassime est tombé en quatre manches contre Karen Khachanov, tandis que Coco Gauff, Iga Swiatek, Taylor Fritz et Naomi Osaka ont tenu leur rang.
Au bout de cette journée new-yorkaise, l’Australie se retrouve avec un tableau renversé : le top 10 s’effrite, l’icône la plus médiatique traverse une suspension, et le dernier homme debout en simple est un battant de 25 ans, longtemps resté dans l’ombre, qui découvre enfin les projecteurs.
La question est désormais simple : la chute de de Minaur n’est-elle qu’un accident dans une saison longue, ou le début d’un vrai glissement au sommet, au moment même où Dane Sweeny frappe, lui, à la porte de l’élite ?




