Sabalenka continue son parcours à l'US Open malgré les distractions
À New York, l’air sentait le cannabis. Aryna Sabalenka, elle, sentait surtout la deuxième semaine.
Sur le court, la double tenante du titre a plié mais jamais rompu face à Kamilla Rakhimova, pour s’imposer 6-3, 6-4 et filer en huitièmes de finale de l’US Open sans avoir lâché un set depuis le début du tournoi. En tribunes, un autre combat se jouait, plus inattendu : celui contre une odeur tenace venue des gradins… ou d’ailleurs.
Sabalenka interrompt, puis déroule
Menée par aucun break, portée par un service impérial – 10 aces, aucune balle de break concédée –, la Biélorusse a livré son match le plus solide de la quinzaine. Pourtant, dès le début de la rencontre, un détail a brisé la routine.
À 3-0 pour elle, Sabalenka s’avance vers la chaise d’Eva Asderaki-Moore, sourire en coin. Elle se plaint d’une odeur de cannabis « très forte » qui flotte sur le court. La scène amuse le public, la joueuse aussi. Après coup, elle raconte avoir lancé, en substance, un message aux amateurs de détente : faites ce que vous voulez, mais pas autour des courts, le parfum est un peu compliqué à gérer quand on essaie de jouer son meilleur tennis.
À New York, où le cannabis est légal, l’odeur fait désormais partie du décor, y compris sur les installations de l’US Open. Sabalenka, qui connaît les lieux par cœur, assure toutefois n’avoir jamais été autant incommodée. Elle explique ne pas savoir si la fumée venait des tribunes ou de l’extérieur, portée par le vent jusque dans le stade, mais demande simplement que l’on soit « un peu plus attentif » à ce genre de situation.
Une fois l’incident refermé, le bras de fer reprend. Rakhimova résiste, tente d’allonger les échanges, mais Sabalenka verrouille ses jeux de service et impose sa cadence. Sans éclat spectaculaire, mais avec une autorité froide, elle rejoint les huitièmes en retrouvant enfin du rythme après des mois compliqués.
Numéro 1 menacée, nerfs à vif
Derrière ce tableau clinique se cache une pression lourde. Sabalenka joue gros à New York. Pour conserver sa place de numéro 1 mondiale, qu’elle occupe depuis 97 semaines, elle doit remporter un troisième titre consécutif à l’US Open et espérer qu’Elena Rybakina, actuelle numéro 2, s’arrête avant les demi-finales.
Son printemps avait été flamboyant, avec le doublé Indian Wells–Miami. Depuis, plus rien : aucune finale disputée, des doutes qui s’installent. À Flushing Meadows, ses prestations rassurent, mais la tension affleure ailleurs.
Après son succès expéditif du deuxième tour contre Polina Iatcenko, la Biélorusse s’est ainsi accrochée avec un journaliste en conférence de presse. L’homme évoque alors une semaine d’« soirées et de fun » avant le tournoi. Sabalenka explose. Elle dénonce la manière dont certains interprètent ses apparitions pour des marques, transformées en supposées virées festives au détriment de l’entraînement. Elle finit par couper court à l’échange en invitant le journaliste à « réfléchir avant de dire des choses ».
Sur le court, elle maîtrise. Devant les micros, elle ne laisse plus rien passer. Le contraste est frappant. Et dit beaucoup de la charge mentale qui accompagne désormais chacune de ses apparitions à New York.
Townsend en embuscade
La suite ne s’annonce pas plus paisible. En huitièmes de finale, Sabalenka affrontera Taylor Townsend, véritable chouchoute du public américain, déjà huitième de finaliste l’an dernier. L’Américaine reste sur un succès solide face à la tête de série numéro 15, Diana Shnaider, 6-2, 6-7 (3), 6-3, au terme d’un match ouvert et offensif.
Avec son jeu porté vers l’avant, son toucher et son lien avec les tribunes, Townsend promet un duel de styles et d’ambiances. Sabalenka, elle, sait qu’elle entrera sur le court avec le public contre elle et un classement à défendre. Dans cette atmosphère, la moindre distraction – qu’elle vienne d’un nuage de fumée ou d’une question de conférence de presse – pourrait compter.
Medvedev et Alcaraz montent en régime
Sur le tableau masculin, la journée a aussi confirmé le réveil des grands noms.
Daniil Medvedev, titré ici en 2021, avance sans éclat mais sans accrocs. Le Russe a écarté Arthur Rinderknech, tête de série numéro 29, 6-4, 6-4, 6-4. Un score linéaire, à l’image d’un match maîtrisé, où son mur du fond de court a suffi pour étouffer les velléités du Français. Medvedev n’a pas encore eu à puiser dans ses réserves, mais il s’installe, patiemment, dans le tableau.
Carlos Alcaraz, lui, revient de loin. Quatre mois et demi sans compétition, un poignet droit fragilisé depuis le début avril, et une question : jusqu’où peut-il aller dès ce premier grand rendez-vous de son retour ?
Face au Chinois Wu Yibing, le tenant du titre a apporté des éléments de réponse convaincants : victoire 6-3, 6-4, 6-1, avec un niveau en nette hausse au fil de la rencontre. Les deux premiers sets ont offert quelques frayeurs, des jeux serrés, des situations à débloquer. Alcaraz a alors montré ce qui fait déjà sa marque : la capacité à élever brutalement son niveau dans les moments clés.
Physiquement, il se dit « mieux qu’il ne le pensait ». Il s’attendait à souffrir après son premier match, mais explique bien récupérer et retrouver le « rythme de la compétition ». Surtout, il assure donner tout ce qu’il a à chaque entrée sur le court. Le message est clair : même en rodage, il reste un obstacle majeur.
Son prochain test s’appelle Tommy Paul, tête de série numéro 20, qui sort d’un marathon en cinq sets contre Alexander Bublik, tête de série numéro 15 : 6-4, 3-6, 6-7 (4), 6-1, 6-3. Un Américain en forme, porté par le public, face à un champion qui remonte en puissance. Le genre de rendez-vous qui façonne un retour.
À Flushing Meadows, les favoris prennent leurs marques, les histoires s’entremêlent, et les nerfs se tendent déjà. Sabalenka, elle, devra désormais composer avec tout : le vent, les odeurs, les micros, le classement. Et surtout, un tableau qui ne pardonnera plus rien.




