Pedro Taduran, le champion qui relance la boxe philippine
Aux Philippines, les champions du monde se succèdent depuis des décennies, mais aujourd’hui, un seul porte officiellement la couronne : Pedro Taduran. Dans l’ombre immense de Manny Pacquiao, toujours icône absolue du pays, le minimumweight de l’IBF tente de tracer sa propre route. Et il ne compte pas rester discret bien longtemps.
Le champion de Paranaque City a repris son trône en 2024, en détrônant l’invaincu Ginjiro Shigeoka. Un coup de force dans une catégorie souvent négligée, alors qu’elle regorge de duels acharnés et de styles spectaculaires. Taduran le sait, et il le répète : les petites catégories livrent régulièrement les combats les plus intenses, mais les projecteurs tardent à suivre.
À ses yeux, le problème tient aussi aux préjugés. « La plus grande idée reçue nous concernant, c’est que parce que nous sommes petits, les gens ne vont pas apprécier de nous voir nous battre », explique-t-il. Une phrase simple, mais qui résume tout le combat parallèle de ces boxeurs : exister aux yeux du grand public.
Un champion en mission
Son bilan parle pourtant pour lui : 20 victoires, 4 défaites, 1 nul, dont 14 avant la limite. Taduran n’est pas seulement un technicien, c’est un cogneur pour sa catégorie. Samedi 7 novembre, il remettra sa ceinture IBF en jeu face à Brandon Moreno, invaincu (16-0, 5 KOs) et installé dans le top 10 mondial. L’affiche, programmée en tête d’affiche sur Wynn Records Network, se jouera au Nouveau-Mexique.
Moreno, boxeur méthodique venu de Madrid, représente un vrai danger. Mais Taduran voit déjà plus loin. Pour lui, ce combat doit être un tremplin, pas un aboutissement. Dans son viseur, un nom revient sans cesse : Oscar Collazo, la grande attraction de la division.
Le Philippin ne cache pas sa frustration de ne pas avoir encore obtenu ce choc majeur. L’affrontement aurait tout d’un sommet de catégorie, sportivement comme médiatiquement. Pour l’instant, le duel reste à l’état de désir, mais la tension est posée. Taduran veut ce combat, et il ne s’en cache plus.
Le « General » et sa loi
Son surnom, « General », vient de son deuxième prénom. Mais il lui colle à la peau pour une autre raison : sa façon d’aborder chaque combat comme une opération militaire. Camps d’entraînement millimétrés, discipline stricte, aucun détail laissé au hasard.
Dans le ring, il revendique un style autoritaire. « Je dicte le rythme qui me convient face à mon adversaire, et il finit par céder à ce que je veux faire dans le ring », affirme-t-il. Pas de faux-semblants : Taduran veut imposer sa loi, sa cadence, sa distance. Le reste suit.
Derrière cette assurance, il y a aussi une structure solide. Il ne manque jamais de citer son équipe de management, UKC/Elorde et Knuckleheads, qu’il considère comme l’un des piliers de sa résurrection au plus haut niveau. « Leur soutien est très important dans ma résurgence pour redevenir champion du monde et pouvoir déjà défendre mon titre plusieurs fois », souligne-t-il. Le message est clair : ce second règne n’est pas un accident, mais le fruit d’un projet construit.
L’héritage de Pacquiao comme moteur
Représenter les Philippines n’est pas un simple drapeau sur un short pour Taduran. C’est un poids, une fierté, une exigence. Avant lui, Manny Pacquiao, Nonito Donaire, Donnie Nietes ont porté le pays au sommet. Marcher dans leurs traces ne lui fait pas peur. Au contraire.
« La pression est toujours un privilège pour moi. C’est ce qui me pousse à m’entraîner plus dur et à accomplir ce que les grands ont accompli dans mon pays. Je veux mettre mon nom à côté du leur ; c’est pour cela que je dois continuer à gagner. »
Tout est dit. Taduran ne cherche pas seulement à empiler les défenses de titre. Il veut inscrire son nom dans la lignée des légendes. Pour y parvenir, il lui faudra des victoires, des combats marquants, et ces grandes affiches qui manquent encore à son palmarès.
Un seul champion… pour l’instant
Aujourd’hui, il est le seul champion du monde philippin en activité. Une anomalie pour un pays qui a tant donné à la boxe. Taduran, lui, est convaincu que cette situation ne durera pas. Il regarde déjà autour de lui, dans sa propre salle, et désigne un nom : Arvin Jhon Paciones, son coéquipier chez les poids mouches, qu’il présente comme un espoir à suivre pour les fans internationaux.
Le présent, pourtant, lui appartient encore. Samedi, au Nouveau-Mexique, Pedro Taduran défendra plus qu’une ceinture IBF. Il défendra une place dans l’histoire de son pays, une vision des petites catégories, et cette conviction farouche que les Philippines n’ont pas fini de produire des champions du monde.
La question est simple : jusqu’où le « General » peut-il mener cette nouvelle campagne philippine sur la scène mondiale ?




