Zverev remporte l'US Open et prolonge l'attente des Américains
À New York, Alexander Zverev ne s’arrête plus. Et la disette des hommes américains en Grand Chelem, elle, continue.
L’Allemand a décroché son deuxième titre majeur en battant Ben Shelton 6-3, 7-6 (2), 5-7, 6-2 en finale de l’US Open, refroidissant un Arthur Ashe Stadium prêt à exploser pour célébrer le premier sacre masculin américain depuis 2003.
Zverev, la revanche de 2020
Il l’attendait depuis longtemps, ce trophée new-yorkais. En 2020, il l’avait touché du bout des doigts avant de s’écrouler face à Dominic Thiem après avoir mené deux sets à rien. Une défaite restée comme une cicatrice ouverte. Elle ne l’est plus.
Sacré pour la première fois en Grand Chelem cette année à Roland-Garros, Zverev a confirmé à Flushing Meadows. Tête de série n°1 pour la première fois dans un majeur, promu à ce rang après le forfait de Jannik Sinner sur blessure au genou, il a tenu son rang, sans trembler dans les moments clés.
Face à un Shelton en pleine découverte des sommets – première finale de Grand Chelem pour l’Américain –, Zverev a immédiatement pris le contrôle. D’entrée, le public se lève, hurle, espère. Mais le premier jeu de service de Shelton tourne au cauchemar. Deux premiers points abandonnés, puis un double faute pour offrir le break. L’ambiance retombe d’un cran. Zverev, lui, ne rendra plus cet avantage dans un premier set conclu… sur une nouvelle double faute de Shelton.
Un tie-break maîtrisé, un stade étouffé
Shelton, tête de série n°8, arrivait pourtant lancé. Il venait de sortir le tenant du titre Carlos Alcaraz au terme d’un quart de finale épique en cinq sets, terminé à 3 h 33 du matin, l’heure la plus tardive de l’histoire du tournoi. Mais ce dimanche, le scénario rêvé du public américain s’est heurté à la froide efficacité de Zverev.
L’Allemand a imposé son tempo. Son rituel au service, interminable pour certains, a contribué à anesthésier les tribunes. Dix rebonds de balle, parfois plus, parfois presque vingt, sans logique apparente, mais avec un effet clair : de longs silences forcés, un public coupé dans son élan. Quand quelques spectateurs ont tenté de perturber la mécanique en exultant sur ses premières balles manquées, l’arbitre de chaise a dû rappeler les règles. Zverev, qui avait prévenu qu’il appréciait les ambiances hostiles, n’a pas bronché.
Le moment charnière est venu dans le deuxième set, au tie-break. Shelton a une ouverture pour revenir dans le match. Zverev la referme brutalement. Retour trop long de l’Américain sur le premier point, passing gagnant sur le suivant, puis un échange de 16 frappes conclu par l’Allemand. 3-0. Derrière, il dégaine deux services à 147 mph et 124 mph, intouchables. Shelton réduit l’écart à 5-2, parvient enfin à remettre un retour en jeu, mais Zverev gagne encore le point et claque un dernier service à 139 mph pour plier le jeu décisif. Froid, clinique, implacable.
Shelton rallume la flamme, trop tard
Mené deux sets à rien, Shelton refuse pourtant de disparaître. À 23 ans, l’Américain n’a ni le passé, ni les fantômes de son adversaire. Il joue, il tente, il s’accroche. Il arrache le troisième set 7-5 et, un instant, l’US Open se remet à y croire. L’idée folle d’un renversement total flotte dans l’air, comme celui qu’avait subi Zverev en 2020.
Mais cette fois, l’histoire ne se répète pas. Les « ghosts » de cette finale perdue semblent bel et bien enterrés. L’Allemand coupe court à toute comparaison. Il reprend immédiatement le contrôle dans la quatrième manche, brise l’élan de Shelton et s’envole 6-2, sans laisser le moindre doute sur l’issue.
Shelton, lui, s’incline pour la sixième fois en six confrontations face à Zverev. Il a tout de même pris un set pour la deuxième fois seulement contre l’Allemand. Insuffisant pour soulever le trophée, mais assez pour laisser entrevoir l’avenir. À 23 ans, il aura d’autres occasions. Le problème, pour le public américain, c’est qu’il veut ce titre depuis trop longtemps déjà.
Une attente qui devient pesante
Depuis Andy Roddick en 2003, aucun joueur américain n’a remporté un tournoi du Grand Chelem. À New York, la frustration est palpable. Shelton pouvait briser cette malédiction et entrer dans l’histoire par une autre porte encore : devenir le premier joueur noir à remporter le titre masculin à l’US Open depuis Arthur Ashe en 1968.
La symbolique était immense. Le décor parfait. Mais la marche restait trop haute face à un Zverev qui vit, statistiquement et mentalement, la meilleure saison de sa carrière. Finaliste à Wimbledon, battu par Jannik Sinner, vainqueur à Roland-Garros, désormais champion à New York, il s’impose comme l’homme de l’année sur le circuit.
Shelton avait aussi une autre opportunité historique : devenir le premier joueur à battre les têtes de série n°1 et n°2 sur la route du titre à l’US Open depuis 1975. Il avait déjà fait tomber Alcaraz, mais Zverev a fermé la porte.
L’Allemand quitte Flushing Meadows avec un deuxième trophée majeur, une saison déjà monumentale et le sentiment d’avoir, enfin, dompté les démons de 2020. Shelton, lui, sort sous une ovation, sans coupe mais avec une promesse : s’il continue à frapper à cette porte-là, combien de temps encore New York acceptera-t-elle d’attendre son nouveau champion américain ?




