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Jannik Sinner : le dilemme entre l'Asie et les tournois indoor

La dernière image de Jannik Sinner sur un court remonte au 12 juillet : le trophée de Wimbledon levé vers le ciel, le sourire d’un homme au sommet. Depuis, plus rien. Plus de deux mois sans compétition pour le n°1 mondial, alors que le circuit se prépare à basculer vers la tournée asiatique. Les fans guettent son retour. Certains, en Italie, espèrent même qu’il se fasse encore attendre.

Parmi eux, Stefano Pescosolido. L’ancien joueur du circuit, interrogé par Tuttosport, plaide pour une prudence maximale.

« Je pense qu’il est un peu plus attentif sur le plan physique. Il veut éviter les rechutes. Les Slams sont son objectif principal, et j’imagine qu’il veut être au top l’an prochain pour essayer d’en gagner le plus possible. Il a deux options : Pékin et Shanghai, ou commencer directement par les tournois en indoor », explique-t-il.

Derrière ce constat, une réalité que tout le monde a vue : le corps de Sinner a déjà tiré la sonnette d’alarme.

Un n°1 mondial qui craint la chaleur

Le problème n’est pas nouveau. L’Italien a souvent souffert sous la chaleur. L’Open d’Australie l’a rappelé ces deux dernières années, tout comme plusieurs rendez-vous européens. Mais le point de rupture s’est produit à Roland-Garros cette saison.

Sur la terre battue parisienne, Sinner, alors à un jeu de la victoire, s’est effondré physiquement face à Juan Manuel Cerundolo au deuxième tour. Crampes généralisées, énergie coupée net, incapacité à opposer la moindre résistance. Un n°1 mondial figé, vidé, spectateur de sa propre défaillance.

Le contexte n’a échappé à personne : Sinner avait enchaîné les cinq Masters 1000 précédant Paris. Cinq tournois, des titres à la clé, mais aussi une addition physique salée. Les jambes ont encaissé, le système a craqué.

Pescosolido n’invente donc rien lorsqu’il alerte sur la tournée asiatique. Pékin, Shanghai : chaleur lourde, humidité étouffante, conditions collantes où chaque échange pèse double. L’an dernier, au Shanghai Masters, Sinner avait déjà abandonné face à Tallon Griekspoor, malgré un match programmé en session nocturne.

Le décor est planté : l’Asie ne lui fait pas de cadeau.

Pékin et Shanghai dans la balance

Renoncer à la tournée asiatique ne serait pourtant pas une décision anodine pour Sinner. Pékin et Shanghai ne sont pas de simples étapes sur sa carte : ce sont des terres de succès. Deux titres à Pékin, un à Shanghai. Des souvenirs de domination, des points précieux, une zone du calendrier qu’il a apprise à maîtriser sur le plan tennistique, sinon physique.

Et pourtant, la tentation existe : couper, se préserver, et revenir directement sur dur indoor.

Sur ce terrain-là, l’Italien est un rouleau compresseur. Dix titres en douze finales disputées en salle. Une statistique brutale, qui explique pourquoi certains imaginent un retour directement à Vienne. La capitale autrichienne lui réussit : deux trophées déjà soulevés là-bas. Dans l’esprit de Pescosolido, Vienne pourrait devenir le tremplin parfait vers la fin de saison, et surtout vers les ATP Finals.

Car un autre paramètre pèse lourd : Turin.

Sinner est déjà qualifié pour le rendez-vous des maîtres. Jouer à domicile, devant un public italien en fusion, est une priorité émotionnelle autant que sportive. Adapter tout son calendrier pour arriver frais à Turin n’a rien d’illogique.

Mais ce choix a un prix.

Le trône en danger : Zverev à l’affût

Si Sinner renonce à l’Asie, le classement ATP s’enflamme. Le n°1 mondial se mettrait sous pression, et un homme en particulier verrait une fenêtre s’ouvrir : Alexander Zverev.

Le calcul est simple. Sinner est tenant du titre à Pékin. S’il n’y va pas, il abandonne d’office 500 points. Même si Zverev décidait lui aussi de zapper la Chine, l’écart se réduirait mécaniquement.

Le contexte favorise l’Allemand. Sa tournée asiatique 2023 n’a pas été brillante, il a peu de points à défendre. Sa forme actuelle, portée par deux titres du Grand Chelem cette saison, lui donne les moyens de frapper fort à Shanghai. Une demi-finale, une finale, un titre : chaque tour supplémentaire serait un coup de ciseau dans l’avance de Sinner.

Et ce n’est que le début du casse-tête.

Car la saison indoor ne laisse aucun répit au n°1 mondial. Sinner y traîne un trésor… et un fardeau. Des points à défendre partout : titre à Vienne, sacre à Bercy, triomphe aux ATP Finals l’an dernier. Chaque semaine sera un test, chaque match, un risque de voir le classement bouger.

Zverev, lui, n’est pas totalement libre de ses mouvements : finaliste à Vienne et demi-finaliste au Paris Masters en 2023, il devra lui aussi protéger un capital important. Mais l’élan est de son côté. Il sait que le sommet est à portée. Il sait surtout que Sinner, absent des Grands Chelems sur une partie de la saison, a laissé planer une ombre sur la valeur relative de ses propres titres majeurs.

Rien de tel qu’un n°1 repris à Sinner pour clore le débat.

Indoor ou Asie : le choix d’un champion

Le débat dépasse la simple arithmétique du classement. Il touche à la gestion de carrière d’un joueur qui vient d’entrer dans une nouvelle dimension.

Sinner veut des Slams. Il veut durer. Son entourage le pousse à écouter son corps, à ne plus forcer là où les signaux d’alerte se multiplient. La tournée asiatique coche toutes les cases du risque : chaleur, humidité, longs déplacements, gros enjeux de points.

La salle, elle, lui offre contrôle, repères, et un environnement qui gomme son talon d’Achille : la chaleur extrême.

Le dilemme est brutal : protéger son avenir ou défendre son présent. Préparer 2025 ou verrouiller 2024. Gérer son corps comme celui d’un marathonien… ou celui d’un sprinteur accroché à son maillot jaune.

Une chose est sûre : quelle que soit sa décision, le circuit s’ajustera à lui. Quand le n°1 mondial hésite, c’est tout le calendrier qui retient son souffle. Et une question qui s’impose déjà : jusqu’où Sinner est-il prêt à aller pour rester au sommet sans s’y brûler les ailes ?