Alexander Zverev remporte l'US Open et confirme sa transformation
Au moment de s’avancer pour servir, Alexander Zverev aurait pu sentir le passé lui écraser les épaules. Le même stade, le même trophée au bout du bras, la même ligne de fond. Et ce souvenir qui ne s’efface pas : une finale de l’US Open, un avantage de deux sets, puis un titre envolé face à Dominic Thiem après avoir servi pour le match dans le cinquième set.
Cette fois, le scénario a basculé. Et avec lui, peut‑être, une carrière.
Un champion qui ne regarde plus derrière lui
Face à Ben Shelton et à un Arthur Ashe Stadium largement acquis à la cause de l’Américain, Zverev n’a pas vacillé. Le contexte appelait au doute, au tremblement. Il a répondu par une victoire nette, construite, 6-3, 7-6 (7-2), 5-7, 6-2, pour s’offrir son deuxième titre du Grand Chelem de la saison après Roland-Garros.
La différence saute aux yeux. Il y a six ans, Zverev était un prodige encore fragile, submergé par l’enjeu au moment de conclure. En 2026, il arrive à New York en champion établi, numéro deux mondial, déjà sacré à Paris en juin. Et surtout, armé d’une solidité mentale qu’on ne lui connaissait pas à ce niveau.
La scène qui suit la balle de match en dit long. Il lâche un nouveau service gagnant, imparable. Le stade explose. Lui, non. Zverev se replace tranquillement sur la ligne de fond, prêt à jouer le point suivant. Il faut que son clan lui fasse signe : c’est fini, le titre est à lui.
« À ce moment‑là, j’étais complètement dans ma bulle. Je n’entendais plus rien », raconte-t-il. Il sourit en expliquant que les professeurs de tennis répètent toute une vie de “jouer le point suivant et d’oublier le score”. Il l’a fait au pied de la lettre. Au point d’oublier qu’il venait de gagner l’US Open.
Quand la réalité le rattrape, le masque se fissure. Large sourire, presque incrédule, bras levés vers le ciel de New York. Le contraste avec 2020 est brutal. Ce jour‑là, en larmes au moment de la remise des trophées, il lâchait : « J’espère qu’un jour je pourrai ramener ce trophée à la maison. »
Ce jour est arrivé.
Trente ans d’attente, deux titres en trois mois
Zverev sait ce que ce doublé représente pour le tennis allemand. « Nous avons passé 30 ans sans gagner de titre du Grand Chelem et maintenant nous en avons gagné deux en trois mois », souligne-t-il. Une phrase qui résonne comme la conclusion d’un long cycle, et le début d’un autre.
« 2026 est le résultat de toutes les années qui ont précédé », ajoute-t-il. Rien d’instantané, rien de miraculeux. Juste une lente construction, parfois cassée par les blessures, parfois parasitée par la pression, mais qui trouve enfin sa pleine expression.
Cette fois, sa famille est là au complet. Son père et entraîneur, Alexander Zverev Sr, suit chaque point au bord du court. Ses parents n’avaient pas pu assister à sa précédente finale à Flushing Meadows. L’image du père, tendu puis submergé, accompagne celle du fils, enfin accompli.
Zverev n’oublie pas non plus l’autre pilier de sa trajectoire : sa mère. Il évoque son enfance, son diagnostic de diabète de type 1, et cette phrase des médecins annonçant une vie et un sport « très limités ».
« Il faut une mère très forte pour répondre : “Mon fils sera ce qu’il veut être” », dit-il. « Ma mère est la personne la plus importante et la plus forte que je connaisse. »
Une saison au sommet, portée par le corps et la tête
Le classement le dit, les résultats le confirment : Zverev vit la meilleure saison de sa carrière. Demi-finaliste à l’Open d’Australie, finaliste à Wimbledon, vainqueur à Roland-Garros et désormais à l’US Open. Une ligne de résultats digne des plus grands.
Le contexte lui a ouvert une brèche. Les blessures de Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, dominateurs sur les deux dernières saisons de Grand Chelem, ont légèrement dégagé le tableau. Zverev s’y est engouffré, mais pas par hasard. Sa transformation physique et mentale saute aux yeux.
« Il n’y a personne d’aussi fit que Zverev, il est tout en haut », juge Marion Bartoli sur BBC Radio 5 Live. Elle le place au niveau des références absolues que sont Alcaraz, Sinner, Novak Djokovic ou Rafael Nadal à leur apogée physique, parlant de lui comme de l’un des meilleurs athlètes que le tennis ait connus.
Ce n’est pas qu’une impression. Son parcours à New York le prouve. Bousculé d’entrée, il doit aller cinq sets lors de ses deux premiers tours, avec des fins de matches au cœur de la nuit new-yorkaise. Au premier tour, il se retrouve à deux points de la sortie. Il s’en sort, se remet en route, gagne en confiance. À partir du troisième tour, il ne perd plus un set… jusqu’à la finale.
Shelton, le public, et un calme déroutant
Face à Ben Shelton, c’est un autre type d’orage qui se présente. Un gaucher explosif, porté par un public chauffé à blanc, décidé à pousser son joueur vers un premier sacre à domicile. Ambiance de Coupe Davis, drapeaux, cris, chaque point de l’Américain transformé en déflagration.
Zverev ne s’y perd pas. Il verrouille ses émotions, reste dans sa routine. Il prend le premier set 6-3, arrache le deuxième au tie-break 7-2. Shelton s’accroche, arrache le troisième set, relance le match. Mais l’Allemand ne lâche jamais vraiment la bride. Il garde le contrôle, reprend l’ascendant, plie l’affaire 6-2 dans le quatrième.
Annabel Croft, ancienne numéro un britannique, salue cette maîtrise : elle dit son admiration pour la force de caractère du numéro deux mondial, pour cet état presque zen qu’il affiche « depuis le tout début du match ».
Ce qui la frappe le plus, c’est ce moment irréel où Zverev ne réalise pas qu’il a gagné. « C’était tellement étrange, comme s’il était en transe », résume-t-elle.
Cette transe, c’est peut‑être ce qui lui manquait en 2020. La capacité à se couper du bruit, du passé, de la peur de tout gâcher. Six ans plus tard, Alexander Zverev a servi pour le titre à l’US Open une nouvelle fois. Cette fois, il ne s’est pas effondré. Il s’est élevé.
La question, désormais, n’est plus de savoir s’il peut enfin gagner un Grand Chelem. Elle est de mesurer jusqu’où ce nouveau Zverev peut pousser la porte qu’il vient d’ouvrir.




