Zverev remporte l'US Open 2023 face à Shelton
Vingt-trois ans de plus. Le tennis masculin américain devra encore patienter.
Au bout d’une finale tendue à Arthur Ashe Stadium, Alexander Zverev a étouffé l’élan de Ben Shelton et soulevé son premier trophée à l’US Open, lundi, grâce à un succès en quatre manches : 6-3, 7-6, 5-7, 6-2. L’Allemand, tête de série n°1, s’offre ainsi un deuxième titre du Grand Chelem en trois mois, après Roland-Garros, et confirme une saison qui bascule dans une autre dimension.
Zverev impose sa loi, Shelton bute sur le mur
Face au service tonitruant de Shelton, 23 ans, New York espérait revivre un scénario qu’il n’a plus connu depuis Andy Roddick en 2003 : un Américain sacré en Grand Chelem. Roddick, devenu figure majeure des plateaux télé, était d’ailleurs en tribune, témoin d’une soirée où le rêve local s’est heurté à un joueur tout simplement plus mûr, plus complet, plus solide.
Shelton avait déjà fait tomber le tenant du titre Carlos Alcaraz et ouvert en grand le tableau. Jannik Sinner, n°1 mondial, manquait à l’appel, blessé au genou. La voie s’éclaircissait. Zverev n’a pas laissé passer l’occasion.
L’Allemand a pris le contrôle dès le premier set, 6-3, en imposant son rythme en fond de court. Le bras gauche de Shelton faisait des ravages au service, mais chaque fois que l’échange s’installait, l’expérience penchait lourdement du côté du champion olympique.
Le deuxième set a offert le bras de fer attendu. Tiebreak. Le genre de moment où un public américain peut renverser l’électricité d’un match. Mais la “bulle” de Zverev a tenu. Comme l’a résumé Jelena Dokic sur Nine : la foule hurlait, lui restait verrouillé, imperturbable.
Un trou d’air… vite refermé
Mené deux sets à rien, Shelton semblait condamné. Pourtant, l’Allemand a connu un vrai passage à vide dans la troisième manche. Une hésitation, quelques fautes, un soupçon de nervosité. Le public s’est enflammé, sentant la brèche. Le 5-7 relançait totalement la finale et rallumait l’espoir d’un miracle américain.
Mais l’illusion a été brève. Dès le premier jeu de service du quatrième set, Shelton craquait. Break immédiat. Momentum rendu. À ce niveau, ce genre de cadeau ne pardonne pas. À partir de là, le match a filé dans un seul sens. 6-2, net, sans bavure. Zverev, désormais à 6-0 dans ses confrontations face à Shelton, a refermé la porte avec une froideur clinique.
Ironie de la soirée : au moment de la balle de match, il ne réalise même pas qu’il vient de gagner le tournoi. Il lève les yeux, se fige, comprend enfin. Les bras se dressent, mélange de soulagement et d’incrédulité. Todd Woodbridge, médusé, lâche sur Nine qu’il ne savait tout simplement pas que c’était terminé. Preuve d’un état de concentration presque irréel.
De la survie au titre
Ce titre, Zverev est allé le chercher au forceps dès la première semaine. Lorenzo Sonego l’a poussé au bord du gouffre au premier tour : l’Allemand n’était qu’à deux points de la sortie. Quentin Halys l’a traîné en cinq sets au deuxième tour. La campagne de Flushing Meadows aurait pu s’arrêter dans l’anonymat des premiers jours. Elle se termine avec un trophée majeur dans les mains.
Quatre ans après la finale perdue face à Dominic Thiem, alors qu’il menait deux sets à rien, le cercle se referme. Cette fois, pas de naufrage mental. Pas de regrets éternels. Juste un tableau de scores et une coupe.
Une carrière marquée par les tempêtes
La trajectoire de Zverev ne se résume pas à ses résultats. Son nom reste lié à des accusations de violences domestiques formulées par ses anciennes compagnes Olya Sharypova et Brenda Patea. En Allemagne, le procès lié à l’affaire Patea s’est conclu en 2024 par un accord, l’abandon des poursuites et l’absence de verdict comme de reconnaissance de culpabilité.
Sur le court comme en dehors, Zverev a traversé des zones de turbulence. Todd Woodbridge l’a rappelé à l’antenne : il a mené des combats sur tous les fronts, et cette année ressemble à un tournant, presque à une parenthèse enchantée dans un parcours cabossé.
« Cette maladie ne nous définira pas »
Au moment de la remise des trophées, Zverev a pris le temps de parler de ceux qui l’entourent. De son équipe, d’abord, avec une phrase forte : l’Allemagne a attendu près de trente ans pour un titre du Grand Chelem, elle en compte désormais deux en trois mois. Pour lui, ces succès sont le fruit de la douleur, du travail, des années de frustration accumulées.
Puis il a rendu un hommage vibrant à sa mère, Irina, ancienne joueuse professionnelle, en revenant sur son enfance marquée par le diabète diagnostiqué à l’âge de quatre ans. Les médecins, raconte-t-il, annonçaient une vie et une pratique sportive très limitées. Sa mère a refusé ce destin tracé. Son fils ferait ce qu’il voudrait. Tennis ou autre chose, mais pas une existence dictée par la maladie. Zverev l’a décrite comme la personne la plus forte qu’il connaisse. Sans emphase superflue, juste une reconnaissance brute.
Shelton, battu mais lucide
De son côté, Ben Shelton a accepté le verdict avec une maturité qui en dit long sur son potentiel. L’Américain a salué son bourreau du soir, le plaçant parmi les tous meilleurs joueurs du monde, voire le meilleur cette saison. Difficile de lui donner tort au regard des derniers mois.
Shelton n’a pas encore brisé le plafond de verre. Il n’a pas encore vaincu Zverev, ni mis fin à la disette américaine en Grand Chelem. Mais il a déjà fait vibrer New York, renversé un champion sortant, et posé son nom tout près de la ligne d’arrivée.
Zverev, lui, a franchi cette ligne une nouvelle fois. Deux Grands Chelems en poche, une saison qui prend des airs de consécration, et une question qui s’impose déjà : jusqu’où peut-il pousser cette métamorphose, dans un circuit qui attend justement une nouvelle figure dominante ?




