Zheng Qinwen renverse Madison Keys à l’US Open
Madison Keys menait 5-0, balle de match en poche, le public de New York debout, déjà prêt à saluer une qualification tranquille de la 22e tête de série. En face, Zheng Qinwen, championne olympique passée par les qualifications, semblait condamnée à une sortie logique.
Et puis tout a basculé. Brutalement. Spectaculairement.
La Chinoise a sauvé cette balle de match, s’est accrochée à son service, puis à chaque échange, et a enchaîné sept jeux d’affilée pour s’offrir une victoire insensée : 1-6, 7-6 (7-3), 7-5. Une remontée qui a coupé net l’élan de Keys et glacé le Arthur Ashe, partagé entre la stupeur et le respect.
Du cauchemar au miracle
Pendant 23 minutes, le match a ressemblé à une formalité. Keys a balayé le premier set 6-1, frappant fort, tôt, juste. Zheng, débordée, sans repères, subissait. On retrouvait là la joueuse en quête de sensations depuis son retour de blessure, plus que la championne olympique qui avait illuminé 2024.
Mais Zheng a tenu. D’abord au mental, puis en ajustant peu à peu ses trajectoires, ses prises de balle, son engagement au retour. Le deuxième set s’est tendu, point après point. La Chinoise a résisté, arraché le tie-break, 7-3, pour ramener la rencontre à un set partout.
La dynamique semblait rééquilibrée. Elle s’est pourtant effondrée à nouveau. Dans le troisième set, Keys a repris le contrôle, a creusé l’écart jusqu’à mener 5-0. À ce stade, le scénario paraissait écrit.
C’est là que Zheng a refusé la sortie.
Jeu après jeu, elle a grignoté son retard. Les frappes de Keys ont perdu en tranchant, les fautes directes ont augmenté, la tension s’est invitée dans son bras. Zheng, elle, a joué libéré. Plus agressive, plus précise, elle a transformé chaque échange en bras de fer. À 5-5, le stade n’y croyait plus vraiment. Zheng, si. Et c’est elle qui a conclu, 7-5, avant de s’effondrer sur le ciment, allongée, vidée, soulagée.
« Enfin, un peu de chance est de mon côté », a soufflé la joueuse de 23 ans après ce marathon émotionnel.
Une année de doutes, un soir de réponses
Si Zheng a célébré cette victoire comme un titre, c’est parce qu’elle arrive au bout d’une année tourmentée. Il y a encore trois mois, elle quittait Roland-Garros en larmes après une élimination au premier tour. Premier Grand Chelem depuis une opération du coude subie en juillet 2025 pour retirer de petits fragments d’os flottant dans l’articulation, conséquence d’une douleur chronique qui l’avait stoppée net.
Cette blessure avait coupé en plein vol une ascension fulgurante. En 2024, Zheng avait atteint la finale de l’Open d’Australie, décroché l’or olympique et atteint les quarts de finale à l’US Open. En 2025, avant de passer sur la table d’opération, elle avait encore signé un quart de finale à Roland-Garros et grimpé jusqu’à la 4e place mondiale, son meilleur classement.
Puis le trou noir. Neuf mois loin des courts, une reprise compliquée, un retour à Paris soldé par une défaite d’entrée face à Maja Chwalinska, future finaliste. Le classement qui plonge, jusqu’à la 160e place mondiale. Et, pour la première fois depuis quatre ans, l’obligation de disputer les qualifications en Grand Chelem.
« Après être revenue de blessure, j’ai senti que j’avais perdu l’énergie et oublié comment concurrencer », a-t-elle reconnu.
À New York, elle a dû se battre dès les tours préliminaires pour gagner le droit d’entrer dans le tableau principal. Ce troisième tour face à Keys, porté par le public américain, avait tout du piège. Il s’est transformé en manifeste.
Dans les pas d’Emma Raducanu
Avec ce succès, Zheng devient la première qualifiée à atteindre les huitièmes de finale du simple dames à l’US Open depuis Emma Raducanu en 2021. La Britannique avait, elle, poursuivi sa route jusqu’au titre. La comparaison s’impose, le destin, lui, reste à écrire.
Ce qui est certain, c’est que Zheng a retrouvé quelque chose de fondamental : la capacité à se battre jusqu’au bout, même quand le score hurle l’inverse. « Je me disais simplement de ne jamais abandonner. D’une manière ou d’une autre, petit à petit, c’est arrivé », a-t-elle expliqué.
Sur le court, ce credo s’est vu. À 0-5, balle de match contre elle, elle a continué à frapper, à courir, à y croire. Le tennis, a-t-elle résumé, ressemble parfois à des montagnes russes. Les joueurs dominent, se retrouvent balle de match, et se font finalement renverser. Cette fois, c’est elle qui a incarné la remontée folle.
De qualifiée à tombeuse d’une championne de l’Open d’Australie 2025, en passant par un 0-5 presque rédhibitoire, Zheng a compressé en une soirée tout ce qu’une carrière peut contenir de doutes, de douleur et de résilience.
La question n’est plus de savoir si elle retrouvera un jour son meilleur niveau. Elle vient de montrer, balle après balle, qu’elle sait encore comment gagner un combat qu’elle semblait avoir déjà perdu. Et à Flushing Meadows, ce genre de révélation change souvent le cours d’une saison.




