US Open 2023 : Sabalenka et Alcaraz lancent leur défense de titre
Sous les projecteurs d’Arthur Ashe, la nuit a eu des airs de cour royale. Les deux tenants du titre en simple du US Open ont défilé l’un après l’autre, chacun avec une mission claire : prouver qu’ils règnent encore sur New York.
Sabalenka, 53 minutes de pure domination et des nerfs à vif
La soirée s’est ouverte avec Aryna Sabalenka, numéro 1 mondiale, en quête d’un troisième sacre consécutif à Flushing Meadows. L’affiche promettait une curiosité : une reine installée face à une débutante, Polina Iatcenko, 22 ans, propulsée du tableau des qualifications à la plus grande scène du tennis.
La curiosité n’a pas duré longtemps. Le suspense, encore moins.
Sabalenka a écrasé la Russe 6-1, 6-1 en 53 minutes, un passage éclair qui a laissé le public new-yorkais plus admiratif que véritablement électrisé. Six breaks de service au total, trois par set. En face, Iatcenko n’a trouvé qu’une minuscule éclaircie, un break dans le quatrième jeu de la deuxième manche, vite étouffé par la déferlante adverse.
Baptême du feu, choc frontal avec le très haut niveau, et le genre de leçon qui marque. Iatcenko repart avec une expérience brutale, mais aussi un cap franchi : premier tableau principal en Grand Chelem, première deuxième manche, et un parcours en qualifications prometteur. Ce n’est pas rien.
Pour Sabalenka, ce score sec ne suffit pourtant pas à effacer la tension qui l’entoure. Sa place tout en haut du classement est en réel danger. Pour conserver ce trône qu’elle occupe depuis 99 semaines, elle doit remporter le titre à New York et espérer qu’Elena Rybakina s’arrête avant les demi-finales. Le calcul est simple, la pression immense.
Cette pression s’ajoute à une période déjà compliquée. Après un début de saison tonitruant – trois titres, une finale à l’Open d’Australie perdue de justesse – la machine s’est enrayée. Sorties précoces en Grand Chelem, défaites surprenantes dès les premiers tours, et un gouffre de 3000 points d’avance sur Rybakina fin mars réduit aujourd’hui à 434 unités. L’écart s’est évaporé, le filet s’est resserré.
Ce climat a semblé déborder jusque dans la salle de presse. Après sa victoire, Sabalenka a vécu un échange tendu avec un journaliste, visiblement agacée par une question suggérant un manque de concentration avant le tournoi, en référence à plusieurs événements promotionnels auxquels elle avait participé.
« Quelle sorte de question est-ce ? » a-t-elle lancé. « Juste parce que j’ai posté des activités avec des marques, vous pensez que j’ai fait la fête et que je ne me suis pas entraînée ? »
Relancée pour savoir si elle se « mettait enfin sérieusement » au tournoi maintenant qu’il avait commencé, elle a répondu, cinglante et ironique : « Oh oui, je n’étais pas sérieuse avant ça. Question suivante. »
Le ton a claqué, mais sur le court, tout est resté parfaitement sous contrôle. Deux matches, deux victoires nettes, une défense de titre lancée sans accroc. Et un piège évité : elle ne croisera pas Barbora Krejcikova au troisième tour, double championne en Grand Chelem, éliminée plus tôt. À la place, ce sera Kamilla Rakhimova vendredi, tombeuse de la Tchèque.
Sabalenka avance, vite, fort, mais avec la sensation que chaque point joué pèse double : un titre à défendre, un rang mondial à sauver, et un regard médiatique qui ne lui laisse rien passer.
Alcaraz vacille un set, puis remet New York à ses pieds
Après la démonstration expéditive de Sabalenka, le scénario a semblé basculer du côté du danger pour l’autre tenant du titre. Carlos Alcaraz a entamé son match face au 72e mondial, Jaime Faria, avec la rouille visible d’un joueur qui n’a disputé que son deuxième simple en plus de quatre mois.
Le Portugais a flairé l’opportunité. Il a cassé le rythme, pris le break dans le septième jeu, et empoché le premier set. Mérité. Alcaraz paraissait en retard, hésitant, encore en train de chercher ses repères.
Puis la bascule.
Au début de la deuxième manche, Faria obtient des balles de break qui auraient pu tout changer. Alcaraz les sauve. Ce jeu-là pèse lourd. Derrière, le champion en titre se redresse d’un coup, retrouve sa cadence, lâche enfin son bras. Résultat : 6-0 pour l’Espagnol. Une réponse brutale, presque vexée.
Le troisième set démarre sur un échange de breaks, Faria recolle, Alcaraz frappe à nouveau. Cette fois, l’Espagnol ne lâche plus. Il verrouille la manche 6-3, puis déroule dans la quatrième, 6-2, pour boucler l’affaire 4-6, 6-0, 6-3, 6-2.
Son poignet, qui l’a tenu éloigné du circuit pendant quatre longs mois, n’a pas semblé le freiner. Sa fameuse gifle de coup droit, signature de son jeu, est repartie de plus belle, sans retenue apparente. Après son premier tour gagné contre Roman Safiullin, il avait assuré qu’il ne voulait pas jouer avec la peur, qu’il devait frapper « comme avant la blessure ». Face à Faria, il a tenu parole.
Il a reconnu toutefois la difficulté du départ : il s’est senti bien dans le premier set, mais n’a pas pris le temps nécessaire sur les points importants, ce qui lui a coûté la manche. Ensuite, il a choisi de se recentrer, de rester calme, convaincu que les bonnes choses finiraient par arriver. Elles sont arrivées très vite.
Sur le plan physique, aucun signal d’alarme. Deux victoires, un tennis encore loin de son apogée mais déjà suffisamment solide pour imposer sa loi. De quoi laisser planer l’idée d’un conte new-yorkais improbable : revenir d’une longue blessure, se présenter sans véritable repère, et tenter malgré tout de conserver sa couronne.
La route, pourtant, reste longue et piégée. Alcaraz n’a pas encore affronté d’adversaire du calibre qui l’attend peut-être plus loin. Wu Yibing se dresse sur sa route au prochain tour, avec en toile de fond la perspective d’un huitième de finale contre la tête de série n°20, Tommy Paul. Et surtout, cinq matches potentiels à disputer encore, avec la menace d’un marathon en cinq sets et la question qui plane : comment ce poignet tiendra-t-il face à l’accumulation, la tension, la fatigue ?
Pour l’instant, la mission est remplie des deux côtés. Sabalenka et Alcaraz ont posé les premières pierres de leur défense de titre. La suite sera moins indulgente, plus rude, plus lourde de conséquences.
C’est précisément là que commence vraiment un US Open de champions.




