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Thomas Frank : l'ombre sur le prochain banc libre

Arrivé en Angleterre en octobre 2018, Thomas Frank a d’abord construit patiemment sa réputation, loin des projecteurs braqués sur les géants du pays. Sept ans ou presque à Brentford, 317 matchs sur le banc, et un club installé durablement en Premier League. Une performance qui, à l’échelle des Bees, tient du petit miracle organisé.

Le Danois a façonné une équipe à son image : maligne sur le marché des transferts, cohérente dans le jeu, redoutable dans la gestion des hommes. Son travail a fini par attirer les regards les plus lourds du championnat. L’été 2025, c’est Tottenham qui décroche le téléphone. Un SOS plus qu’une simple proposition.

Frank traverse Londres pour succéder à Ange Postecoglou, auréolé d’un titre en Europa League. Sur le papier, le pas paraît logique. Dans la réalité, il plonge au cœur d’un club en plein tourbillon.

Tottenham, la mission impossible

Les Spurs sont alors englués dans une spirale négative. Le projet tangue, le vestiaire doute, l’enthousiasme s’évapore. Frank tente de remettre de l’ordre, de redonner du sens. Huit mois plus tard, en février 2026, l’aventure est déjà terminée.

Tottenham change encore. Igor Tudor, puis Roberto De Zerbi se succèdent. Le club finit par arracher une nouvelle 17e place, au terme d’une saison passée à flirter dangereusement avec la relégation. Une survie plus subie que maîtrisée.

Accuser Frank serait trop facile. Presque malhonnête. Même un Pep Guardiola, glisse-t-on, aurait peiné à faire chanter ce groupe-là. L’ancien attaquant de Brentford, Clinton Morrison, ne dit pas autre chose. Interrogé par GOAL, il ne touche pas à la légitimité du Danois.

À ses yeux, l’échec de Tottenham ne définit pas la carrière de Frank. Il la suspend. Il la met sur pause.

“Thomas Frank sera de retour”

Morrison ne tourne pas autour du pot. Pour lui, le Danois n’a pas dit son dernier mot sur un banc de Premier League.

Il rappelle d’abord l’essentiel : le travail accompli à Brentford. “Exceptionnel”, juge-t-il. Le club a recruté juste, souvent mieux que des concurrents bien plus riches. Le tout articulé autour d’un entraîneur capable de faire progresser ses joueurs, de les tirer vers le haut.

Tottenham ? Un contexte toxique, une mission piégée. “Il n’a pas réussi à tirer quelque chose de ce groupe de joueurs. C’était super dur pour lui”, résume Morrison. L’histoire n’a pas pris, mais elle ne l’empêchera pas, selon lui, de rebondir. Il imagine même déjà la suite : Frank patientant, observant, attendant que la première place vacante intéressante s’ouvre. Un club qui démarre mal, un président qui s’impatiente, et la porte s’entrouvre.

Avant que Crystal Palace ne nomme Pierre Sage, Morrison voyait d’ailleurs bien Frank dans le sud de Londres. Une sorte de Brentford bis : club aux moyens limités, recrutement intelligent, environnement propice à un bâtisseur.

Fulham, le prochain domino ?

Reste une question qui commence à trotter dans quelques têtes : et si le prochain banc pour Frank se trouvait à l’ouest de Londres, encore une fois ?

Fulham vit un début de saison cauchemardesque en 2026-27. Zéro point après trois journées de Premier League, et déjà des regards qui se tournent vers Alvaro Arbeloa. L’ancien défenseur de Liverpool et du Real Madrid débarque après le travail remarquable de Marco Silva. Un héritage lourd. Trop lourd ?

Morrison ne condamne pas Arbeloa. Il rappelle la difficulté de passer derrière Silva, auteur d’un “travail fantastique” à Craven Cottage. Les chaussures à enfiler sont immenses. Le groupe, lui, reste de qualité. Suffisamment, selon lui, pour sortir de la zone rouge.

Mais Fulham doit vite apprendre à gagner à nouveau. L’équipe attaque bien, se projette, propose du jeu. Elle encaisse aussi beaucoup trop. Arbeloa veut un football ouvert, expansif. Pour l’instant, la facture défensive est salée.

Et le calendrier ne fait aucun cadeau. Prochain arrêt : Anfield, face à Liverpool. Un déplacement qui ne pardonne rien aux doutes.

Brentford invaincu, Frank en retrait… pour combien de temps ?

Pendant que Fulham regarde derrière, Brentford avance sans perdre. Les Bees se rendent à Bournemouth avec une série à préserver. Sans Frank, mais avec son empreinte encore visible dans la structure du club, dans cette manière de recruter malin et de rester compétitif sans exploser les compteurs.

Le Danois, lui, observe. Il a goûté au rôle de consultant pendant la Coupe du monde 2026. Une parenthèse médiatique, confortable, qui ne remplace pas l’adrénaline du banc. À 52 ans, il n’est pas à l’heure de la retraite. Juste à celle du choix.

Son passage à Tottenham l’a bousculé, mais il ne l’a pas brisé. Il a sans doute affûté sa lucidité, clarifié ce qu’il veut – et ce qu’il refuse – pour la suite. Reste à savoir quel club osera lui confier les clés d’un projet en crise, en transition, ou en construction.

Fulham survivra-t-il à son mauvais départ sans changer de cap ? Un autre président craquera-t-il avant ? Une chose semble acquise : quelque part, sur un siège encore occupé, plane déjà le nom de Thomas Frank.