Orage sur Interlagos : tensions et pénalités au Grand Prix du Brésil
Le week-end du Grand Prix du Brésil a pris des allures de lessiveuse à Interlagos. Sur la piste, dans les stands et jusque dans le ciel de São Paulo, tout gronde.
Leclerc, Hamilton et Vasseur vident leur sac
Chez Ferrari, il fallait d’abord régler les comptes. Charles Leclerc a reconnu qu’une réunion à trois, jeudi, avec Lewis Hamilton et le patron Frederic Vasseur, était devenue indispensable après les tensions de Mexico.
« Je pense que discuter de ce qu’il restait, ou de la frustration qui restait, était nécessaire. Maintenant je sens que tout est complètement réglé, et je ne pense pas qu’on doive en parler beaucoup plus à l’avenir », a expliqué le Monégasque après les deux premières séances d’essais libres.
Les mots ont été posés, les nerfs apaisés. Reste la piste. Et là, le scénario se complique.
Verstappen en pole des temps… et dernier sur la grille
En FP3, Max Verstappen a encore rappelé qui dominait le jeu. Meilleur temps de la séance, le Néerlandais a placé sa Red Bull au sommet de la feuille des temps, devant un impressionnant Kimi Antonelli et Lando Norris.
Top 10 de la FP3 :
- 1. Verstappen
- 2. Antonelli
- 3. Norris
- 4. Russell
- 5. Leclerc
- 6. Piastri
- 7. Lindblad
- 8. Lawson
- 9. Hadjar
- 10. Bortoleto
Mais ce meilleur tour ne lui offrira aucun avantage dimanche. Verstappen partira du fond de grille après un changement de composants moteur. Laurent Mekies l’a confirmé sur Sky Sports : le quadruple champion du monde « partira du fond », une position qu’il connaît bien ici. Il a déjà gagné à Interlagos en partant 17e il y a deux ans. Le message est clair : pénalité ou pas, Red Bull ne renonce à rien.
Le Néerlandais n’a pas seulement fait parler le chrono. Vendredi, il a aussi laissé éclater sa colère à la radio contre Lance Stroll. Après le drapeau à damier, Verstappen travaillait ses départs quand l’Aston Martin a déboulé sur la droite de sa Red Bull.
« What is that Aston doing? He’s just overtaking », a-t-il lâché à la radio, furieux de voir une sorte de « gentlemen’s rule » non écrite bafouée. Son ingénieur Tom Hart a confirmé avoir tout vu, sans comprendre non plus les intentions du Canadien.
Ferrari et Mercedes frappées : Hamilton et Leclerc reculés
La sanction ne s’abat pas uniquement sur Verstappen. Lewis Hamilton et Charles Leclerc écopent eux aussi d’une pénalité de grille de 10 places pour avoir monté un nouveau moteur thermique au-delà de leur allocation annuelle. George Russell est lui rétrogradé de cinq places pour un sixième moteur thermique.
Quatre pilotes majeurs sont donc punis avant même le départ. Un Grand Prix déjà explosif sur le papier se transforme en casse-tête stratégique. Les remontées promises de Verstappen, Hamilton, Leclerc et Russell donnent un parfum de chaos organisé à la course de dimanche.
Et pourtant, l’histoire récente d’Interlagos incite ces hommes à l’optimisme. Verstappen y a triomphé en partant 17e, Hamilton est remonté de la 20e à la 5e place lors de la course sprint 2021. À São Paulo, le fond de grille n’est pas toujours une condamnation. Parfois, c’est le début d’un spectacle.
Interlagos se couvre, le ciel menace
La piste, elle aussi, a changé de visage. À la fin de la FP3, la température de l’asphalte a chuté de huit degrés en une dizaine de minutes. Le circuit José Carlos Pace s’est retrouvé noyé dans des nappes de brouillard, les nuages bas ont avalé l’horizon. Une alerte météo orange est en vigueur dans la région.
D’abord, la pluie s’est fait attendre. Puis « les cieux se sont ouverts », comme l’a décrit un journaliste sur place. Le tracé ressemble soudain à ces deux lacs entre lesquels il est construit. Les commissaires scrutent le ciel, la direction de course la météo : la qualification est programmée dans la soirée, mais le souvenir de 2022 plane, quand la pluie avait repoussé la séance au dimanche matin.
Si la session a lieu sous l’averse, Interlagos promet un spectacle brut, fait d’adhérence précaire, de tours piégés et de gros noms relégués en fond de grille en quête de miracles.
Perez, une boîte et un doute
Sergio Perez, lui, a été « noté » par les commissaires pour avoir conduit en condition potentiellement dangereuse en fin de FP3. Les caméras l’ont montré en train de jeter quelque chose hors de son cockpit au virage 8.
Le Mexicain a clarifié la scène à la radio : « Je ne sais pas. Quelque chose est tombé. Je pense que quand tu branches les câbles radio – une petite boîte. » Un incident mineur, mais qui illustre l’étrange atmosphère de cette séance, où même les détails techniques deviennent sujets à enquête.
Tensions de paddock : Herta, Ocon, Lawson au cœur des débats
En coulisses, le paddock n’a pas été plus calme.
Ralf Schumacher a refroidi les ambitions de Colton Herta pour un éventuel baquet Cadillac aux côtés de Perez. Sur Sky Sport en Allemagne, l’ancien pilote a jugé la présence de l’Américain sans avenir, estimant qu’il « brûlait du carburant » pour rien et qu’il vaudrait mieux donner sa place à un jeune pilote.
Chez Haas, la décision de retirer Esteban Ocon de la voiture au Mexique continue de faire parler. Ayao Komatsu a raconté le moment où il a dû annoncer à son équipe, samedi matin, que Ryo allait remplacer le Français. « Bien sûr, tout le monde a été surpris », a-t-il admis, tout en soulignant qu’il ne pouvait pas tout expliquer en interne.
Toto Wolff a pris la défense du patron de Haas, estimant qu’Ayao Komatsu avait dû « représenter et protéger l’équipe » face à certaines déclarations d’Ocon. Pour le patron de Mercedes, c’est au directeur d’équipe de décider « quand ça suffit ».
Liam Lawson se retrouve aussi au centre des discussions. Martin Brundle a averti que ce serait « pathétique » de le voir écarté de Racing Bulls à cause de son incident en piste avec Verstappen au Mexique. Selon lui, si cet épisode pèse dans l’avenir du Néo-Zélandais, ce serait « enfantin » et relèverait d’un simple prétexte.
En parallèle, Alan Permane assure que Racing Bulls prendra son temps pour trancher sa future paire de pilotes. Il promet une décision « scientifique », longuement analysée, et affirme que « tout le monde sera content » lorsque le line-up sera enfin dévoilé.
Un paddock sous haute tension… avant la tempête
Autour de tout cela, la vie du paddock suit son cours, mais jamais dans le calme. Oliver Bearman a reconnu qu’il trouvait « étrange » de ne pas voir Esteban Ocon au Brésil, tout en se félicitant de la présence de Rafa Camara dans la voiture, une opportunité de préparer l’équipe pour 2025.
Kimi Antonelli, lui, savoure encore son titre mondial décroché au Mexique. Le jeune Italien a raconté avoir fait une entorse rare à sa discipline personnelle : il a « tout donné » en soirée, lui qui dit ne presque jamais boire, préférant d’ordinaire les pâtes au ragù de sa mère. Cette fois, il a prolongé la fête « jusqu’au bout ».
En toile de fond, d’autres sujets plus larges se dessinent. Toto Wolff a expliqué que la question d’un éventuel refus de certains membres de Mercedes de se rendre au Moyen-Orient pour les Grands Prix de Qatar et d’Abu Dhabi n’avait pas encore été soulevée, mais qu’il respecterait toute réticence individuelle, y voyant même une occasion de donner leur chance à d’autres.
Et pendant que les débats s’enchaînent, les chronos parlent. En FP1, Lando Norris avait signé le meilleur temps devant Antonelli et Verstappen, Hamilton plaçant sa Ferrari au quatrième rang, Russell cinquième, Hadjar sixième. Une hiérarchie mouvante, bousculée par les pénalités et menacée par la pluie.
Le décor est planté : des cadors relégués au fond de la grille, un ciel qui s’assombrit, des écuries en pleine recomposition et des jeunes affamés qui se glissent en haut des feuilles de temps. À Interlagos, tout est en place pour un dimanche où la moindre erreur coûtera cher et où une question s’impose déjà : qui saura transformer ce chaos annoncé en chef-d’œuvre de pilotage ?



