Pierre Sage et la nouvelle ère de Crystal Palace
Pierre Sage, le nouveau visage de Crystal Palace, savait exactement où il mettait les pieds. Avant de poser ses valises à Selhurst Park en juin, le technicien français s’est renseigné, a décortiqué le club, son histoire récente, ses habitudes de marché. Il le devait. Prendre la suite d’Oliver Glasner, artisan de la période la plus faste de Palace, n’a rien d’un poste d’intérim tranquille.
Deux défaites pour commencer la saison, contre Everton puis Manchester City, un vestiaire encore bousculé par les échos du triomphe en Conference League, des cadres courtisés jusqu’aux dernières heures du mercato : le décor est planté. Transition délicate, calendrier ingrat, et une question en toile de fond avant le déplacement à Fulham : à quoi ressemble vraiment le Palace de Sage ?
Un mercato sous tension, mais assumé
Ismaïla Sarr et Jean-Philippe Mateta sont finalement restés. Le premier, suivi de près par Liverpool. Le second, dans le viseur d’Aston Villa. Deux dossiers brûlants, deux attaquants majeurs, et au bout du compte, aucun départ. Entre-temps, Palace a tout de même fait venir quatre recrues, après avoir vu Malick Fofana filer à Sunderland lors d’un dernier jour de marché particulièrement agité.
Pour Sage, ce tumulte n’a rien d’une surprise. « Je savais et j’ai dû faire avec et m’adapter », explique-t-il, lucide sur la réputation du club, adepte des coups tardifs. Dix joueurs signés le dernier jour des trois derniers mercatos estivaux : c’est presque une marque de fabrique dans le sud de Londres. Le Français ne s’en plaint pas. Il insiste sur l’essentiel : « À la fin, le plus important, c’est d’avoir le joueur ou le profil qu’on a choisi, et c’est le cas. On est en ligne avec ce dont on a besoin. »
L’allusion à son prédécesseur est évidente. Oliver Glasner, désormais à Nottingham Forest avec Daniel Muñoz, n’avait jamais caché son agacement face à ces renforts obtenus au dernier moment. Sage, lui, ne monte pas au créneau, même si la frustration a existé, surtout au moment de remplacer Maxence Lacroix, vendu à Chelsea en juillet.
Ganiou, l’obsession manquée
Dans l’esprit de Sage, le successeur idéal de Lacroix avait un nom : Ismaëlo Ganiou. Le défenseur de 21 ans, pilier du Lens qui a remporté la Coupe de France et terminé deuxième de Ligue 1 sous ses ordres la saison passée, cochait toutes les cases. Mais Lens a fermé la porte. Ganiou a prolongé début août, et Palace a dû revoir ses plans.
Les pistes se sont enchaînées. Joel Ordóñez (Club Brugge), finalement jugé trop risqué en raison d’une fracture du pied dont il se remet encore. Chrislain Matsima (Augsburg) et Raphaël Le Guen (Brest), approchés sans qu’un accord ne soit trouvé. À la place, Palace a accueilli Axel Disasi et le jeune Honest Ahanor en prêt. De quoi combler les trous, pas forcément remplacer l’aura de Lacroix. La question demeure : qui prendra réellement le leadership de cette défense ?
Fofana, le coup de fil qui n’a pas suffi
Au milieu de ces manœuvres défensives, Sage a aussi tenté un gros coup offensif. Après l’échec du dossier Mamadou Sangaré, parti de Lens pour rejoindre Brentford, l’entraîneur français s’est jeté à corps perdu dans le dossier Malick Fofana, qu’il connaît bien depuis Lyon.
Le dernier jour du mercato, le téléphone a chauffé. Appels répétés, argumentaire construit, insistance maximale. Rien n’y a fait. Fofana a échappé à Palace. « Je suis vraiment fier et content de ce que le club a fait pour ça, assure Sage. On s’est beaucoup battus et parfois on ne peut pas faire plus. On a donné notre maximum. À la fin, c’est le joueur qui choisit. »
Pour compenser, Palace a arraché la signature de Dario Osorio, ailier chilien de Midtjylland, arrivé en prêt avec obligation d’achat l’été prochain pour 26 millions de livres. Un investissement lourd, mais un profil qui évolue principalement côté droit. De quoi laisser un parfum d’inachevé à ceux qui rêvaient de Fofana.
Attaque fournie, milieu verrouillé
Sur le papier, Palace ne manque pourtant pas d’arguments offensifs. Dwight McNeil est arrivé, Evann Guessand aussi – même si ce dernier n’a pas été retenu dans la liste pour la Europa League – et Sarr est resté. La ligne d’attaque est dense, variée, compétitive.
Au milieu, les retours et ajustements ont également compté. Ben Chilwell revient, Quinten Timber arrive en renfort dans l’entrejeu. Deux ajouts qui donnent de la profondeur et répondent en partie aux attentes de Sage. Autre signal fort : Adam Wharton n’a pas bougé. Palace a repoussé des offres venues de clubs non identifiés, avec Manchester City et Chelsea cités parmi les intéressés. « Le club a été fort dans cette situation, et le joueur est complètement en phase avec ça », souligne l’entraîneur.
Sur le plan financier, la stratégie intrigue. Après avoir battu deux fois son record de transfert en janvier avec Jørgen Strand Larsen et Brennan Johnson – finalement échangé avec McNeil à Everton – Palace a terminé l’été avec un bénéfice net d’environ 40 millions de livres, deuxième plus faible dépense nette de la division derrière Aston Villa. Sur les cinq dernières saisons, Hull et Coventry ont davantage investi que les 90 millions de Palace, alors qu’ils évoluaient en Championship. Un paradoxe pour un club européen, mais une réalité que Sage accepte.
« On n’est pas une banque »
Là où d’autres crieraient à l’ambition limitée, le Français répond avec une image simple, héritée de son enfance à Belley, dans l’Ain. Ses parents tenaient une brasserie. Les jours de salle pleine alternaient avec ceux de tables vides. On faisait avec.
« Je ne suis pas frustré, dit-il. On n’est pas une banque. On fait avec ce qu’on a. Mes parents avaient un restaurant, je préférais quand il y avait beaucoup de clients, mais ce n’était pas toujours le cas et il fallait gérer ça tous les jours. Dans le football, c’est pareil. »
Cette philosophie colle à son début de mandat : pragmatique, sans plainte publique, mais exigeant sur les profils et l’équilibre de l’effectif. Il sait qu’il n’aura pas tout, tout de suite. Il veut surtout que ce qu’il a soit cohérent.
Avant Fulham, des absences qui pèsent
Pourtant, au moment d’aborder le déplacement à Fulham, les ennuis sportifs s’accumulent. Ismaïla Sarr est touché à l’aine, Jean-Philippe Mateta soigne une blessure aux ischio-jambiers qui a aussi mis fin à ses espoirs de départ. L’attaquant français sera absent encore trois semaines. Deux armes offensives en moins, au pire moment.
Sarr, lui, devrait revenir pour la rencontre face à Ipswich samedi prochain. Mais Sage prévient : le Sénégalais a été secoué par l’intérêt de Liverpool, au point que son agent a publié un communiqué pour dénoncer le traitement réservé au joueur. « Il a besoin de temps », glisse l’entraîneur.
Temps pour se remettre physiquement. Temps pour digérer un été agité. Temps, surtout, pour que ce nouveau Palace, remodelé sans excès mais avec conviction, trouve enfin son rythme. La Premier League, elle, n’attendra pas.




