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Le grand pari manqué du Bayern : Barcola et Gordon

Le Bayern Munich a regardé droit dans les yeux le marché des ailiers cet été. Il a aimé ce qu’il a vu. Puis il a reculé devant l’addition.

Bradley Barcola et Anthony Gordon figuraient tout en haut de la liste de Vincent Kompany pour dynamiter les couloirs bavarois. Deux profils explosifs, deux joueurs déjà courtisés dans toute l’Europe. Deux transferts que le Bayern a finalement laissé filer, écrasé par des montants jugés déraisonnables.

Barcola, de Leipzig à Liverpool en passant par Munich

Max Eberl ne s’en cache pas : Bradley Barcola est une vieille obsession. Le directeur sportif du Bayern l’a raconté dans les colonnes de Sport Bild : il suivait déjà l’ailier français à l’époque où il dirigeait le RB Leipzig. Il avait même tenté de l’y faire venir.

« Je le connais déjà de mon temps à Leipzig. Je voulais le faire venir là-bas », a-t-il expliqué.

Les premières discussions datent de cette période. Des entretiens, des échanges, une relation qui se tisse.

« Nous nous étions assis ensemble et nous en avions parlé à l’époque. C’est comme ça que j’ai développé une relation plus étroite avec Bradley. L’intérêt a toujours été là. Bien sûr, nous nous sommes aussi penchés sur lui au Bayern. »


Le décor est planté : Barcola n’était pas un coup de tête, mais une cible mûrement réfléchie. Sauf que le marché, lui, ne réfléchit plus vraiment. Il flambe.

Liverpool a fini par dégainer une offre vertigineuse : 123 millions de livres pour faire de Barcola l’héritier de Mohamed Salah, parti après neuf saisons lumineuses sur les bords de la Mersey. Une somme que le Bayern n’a pas voulu suivre.

Eberl l’a reconnu sans détour. Quand il entend ce chiffre, la ligne rouge est franchie.

« Quand vous entendez des sommes comme ça, c’était trop pour nous », a-t-il admis.


Le Bayern venait déjà de consentir un gros effort pour Luis Diaz, un investissement lourd, mais « d’une autre dimension » que celui exigé pour Barcola.

Résultat : Barcola file à Anfield, pas à l’Allianz Arena.

Liverpool, Salah s’en va, Barcola arrive

À Liverpool, le plan était clair. Il fallait combler le vide laissé par Salah, buteur, icône, repère offensif. Les dirigeants ont désigné Barcola comme priorité. L’ailier, double vainqueur de la Champions League avec le Paris Saint-Germain, voulait lui aussi franchir le pas.

Arsenal était là, en embuscade. Mais la volonté du joueur et la puissance financière des Reds ont fait la différence. Le transfert, colossal, place le Français au deuxième rang des arrivées les plus chères de l’histoire du club, juste derrière Alexander Isak, record d’investissement du club.

Sous les ordres d’Andoni Iraola, Barcola commence déjà à écrire sa nouvelle histoire. Entré en jeu à la 60e minute à la place d’un autre nouveau venu, Victor Munoz, lors d’une victoire 2-0 sur la pelouse d’Ipswich, il a rapidement enchaîné avec une première titularisation.

Face à l’Atletico Madrid de Diego Simeone, en Champions League, il a montré des éclairs de ce qui justifiait un tel prix : prise de balle tranchante, volonté de provoquer, influence croissante au fil des minutes. Liverpool s’est imposé 2-1, Alexis Mac Allister a inscrit le but décisif en seconde période, et Barcola a dû céder sa place, victime de crampes. Rien d’alarmant, mais un signal : Iraola devra gérer avec soin la montée en puissance physique de son nouveau joyau.

Gordon, autre cible trop chère pour Munich

L’histoire se répète sur l’autre aile. Anthony Gordon, dynamiteur de Newcastle, était l’autre grand objectif du Bayern pour le côté gauche. Là encore, l’intérêt n’avait rien de secret.

« Ce n’est un secret pour personne que nous étions intéressés par Anthony Gordon pour le côté gauche », a reconnu Eberl.

Mais la conclusion a été la même que pour Barcola :

« Nous avons décidé de ne pas le faire parce qu’il était tout simplement trop cher. »


Le montant ? 69 millions de livres, payés par Barcelone pour arracher l’ailier anglais à Newcastle. Le Bayern, lui, s’est arrêté au bord du gouffre financier. Deux fois.

Un Bayern qui renonce… et se réinvente

Ces renoncements n’ont pas été sans conséquence sur la construction de l’effectif. Privé de Barcola et de Gordon, le Bayern a pris une autre direction. Le club a recruté Ismael Saibari et Nathaniel Brown pour étoffer l’effectif, tout en déclenchant une véritable vague de départs pour équilibrer les comptes.

  • Joao Palhinha
  • Alexander Nubel
  • Daniel Peretz
  • Noel Aseko
  • Jonah Kusi-Asare
  • Maurice Krattenmacher
  • Lovro Zvornarek

Ont tous quitté l’Allianz Arena. Une forme de reset discret, loin du grand coup d’éclat offensif imaginé au départ.

Kompany devra donc composer avec un groupe remodelé mais sans les deux ailiers qui devaient incarner le nouveau visage de son Bayern. La ligne directrice est claire : l’ambition sportive reste élevée, mais elle ne passera pas au-dessus de certains seuils financiers.

Un marché qui ne pardonne plus les hésitations

Pendant que le Bayern calcule, Liverpool et Barcelone assument des paris massifs. Barcola découvre la Premier League et la pression d’un vestiaire orphelin de Salah. Gordon débarque au Camp Nou avec l’étiquette de transfert majeur, dans un club qui n’a plus le droit à l’erreur sur le marché.

À Munich, le choix est différent : refuser la surenchère, même au prix de voir filer des profils ciblés depuis longtemps. La saison dira si cette prudence ressemble à de la sagesse… ou à une occasion manquée dans une ère où les grands clubs n’attendent plus personne.