Zheng Qinwen : La loi du 5-0 à l'US Open
À New York, une nouvelle loi non écrite vient de naître : ne jamais mener 5-0 contre Zheng Qinwen. Jamais.
Madison Keys l’a découvert dans la douleur. Menant 5-0 dans le troisième set face à la championne olympique, l’Américaine a vu Zheng lui passer dessus, jeu après jeu, jusqu’à enchaîner sept jeux consécutifs et retourner un match qui semblait scellé.
Deux jours plus tard, même scénario, adversaire d’un tout autre calibre. En huitièmes de finale, face à Iga Swiatek, six titres du Grand Chelem au compteur et l’une des grandes favorites du tournoi, Zheng replonge dans le même gouffre… pour mieux en sortir. Menée 5-0 dans le premier set, elle resserre son jeu, verrouille chaque échange, efface son retard et arrache la manche 7-5 en remportant, encore, sept jeux d’affilée. Elle finira par s’imposer 7-5, 6-3 et par décrocher son billet pour les quarts de finale de l’US Open.
Une remontée qui défie les codes
Remonter de 0-5 à 7-5 est déjà un événement à ce niveau. Le faire dans deux sets consécutifs, contre deux adversaires différentes, toutes deux lauréates en Grand Chelem, relève de l’inédit. C’est le genre de séquence qui marque une carrière, parfois même une époque.
Zheng, elle, parle de concentration. Elle raconte avoir oublié le score à 4-5 dans le premier set, signe, selon elle, d’un focus total sur le point suivant plutôt que sur l’ampleur du retard. Pas de miracle, pas de hasard, insiste-t-elle : cette capacité à revenir de nulle part, elle la revendique comme le produit de son jeu et de son mental.
De l’autre côté du filet, Swiatek, fraîche lauréate du tournoi de Toronto et en quête de continuité après un début de saison heurté, s’effrite dès que le contrôle lui échappe. Une fois le premier set relancé, son tennis se délite : fautes directes en rafale, balles faciles expédiées dehors, tempo perdu. Elle évoque moins la pression ou l’anxiété, qui l’ont déjà freinée ces derniers mois, que la sensation de ne plus « sentir » la balle, pendant que Zheng, elle, cesse tout simplement de rater.
De l’or olympique au fond du classement, puis la renaissance
Ce succès change la donne pour l’une des plus grandes promesses du circuit. Avant ce huitième de finale, Zheng n’avait battu Swiatek qu’une seule fois en huit confrontations. Mais ce précédent pesait lourd : c’était en demi-finale des Jeux olympiques de Paris 2024, à Roland-Garros, quelques semaines après le troisième sacre consécutif de la Polonaise à Roland.
Ce titre olympique a fait d’elle une star en Chine. Dans la foulée, elle avait atteint la finale de l’Open d’Australie 2024 et grimpé jusqu’au 4e rang mondial. Puis tout s’est enrayé. Opération au coude, longue absence, rythme perdu, confiance abîmée. En juin, son classement s’effondre jusqu’à la 160e place. Avant l’US Open, son bilan 2026 affiche 11 victoires pour 13 défaites. Rien qui annonce une traversée triomphale à New York.
Elle débarque donc à Flushing Meadows sans statut, obligée de passer par les qualifications. Une mise à l’épreuve de l’ego, pour une joueuse récemment installée dans le top 5. Sept matches plus tard, dont cette victoire monumentale sur Swiatek, la voilà de retour dans la conversation des prétendantes sérieuses. Son parcours à New York rappelle à quelle vitesse une saison peut basculer en tennis.
Rybakina en mode rouleau compresseur, Osaka trop diminuée
En quarts de finale, Zheng retrouvera Elena Rybakina, tête de série n°2, qui se rapproche à une victoire de la place de n°1 mondiale. Sur le Louis Armstrong Stadium, la Kazakhe a surclassé Naomi Osaka 6-1, 6-4 en 66 minutes maîtrisées de bout en bout.
Rybakina frappe 29 coups gagnants pour seulement 17 fautes directes, ne concède qu’une seule balle de break, non convertie, et impose une cadence que même la double championne de l’US Open ne parvient pas à suivre. Osaka, gênée par une douleur au tendon d’Achille, manque de puissance et de précision au service, son arme principale. À ce niveau, face à une Rybakina aussi clinique, c’est rédhibitoire.
Ce duel Zheng–Rybakina promet un choc de styles et de trajectoires : l’une qui revient du fond du trou, l’autre au bord du trône mondial.
Andreeva poursuit sa montée, Blockx découvre les sommets
Sur le tableau féminin, Mirra Andreeva, tête de série n°5 et récente championne de Roland-Garros, continue d’avancer dans l’ombre du vacarme médiatique. À 17 ans, la Russe atteint pour la première fois les quarts de finale à Flushing Meadows, au terme d’un combat en trois sets contre Anastasia Potapova : 5-7, 6-4, 6-3. Une victoire construite dans la durée, en ajustant progressivement son plan de jeu, en durcissant l’échange au moment juste.
Chez les hommes, Alexander Blockx signe une première majeure. Le Belge, tête de série n°28, se qualifie pour son tout premier quart de finale en Grand Chelem en dominant Francisco Cerundolo (n°24) 6-3, 4-6, 7-5, 7-5. Un match accroché, deux derniers sets arrachés au forceps, et un nouveau visage qui s’installe sur la grande scène.
Mais à New York, ces jours-ci, une vérité domine toutes les autres : mener 5-0 contre Zheng Qinwen n’est plus une avance, c’est un piège. Qui osera encore s’y croire à l’abri ?




