US Open : Zverev met fin au rêve de Shelton en finale
Alexander Zverev a fait taire Arthur Ashe Stadium et refroidi tout un pays. L’Allemand a dominé Ben Shelton en finale de l’US Open, s’offrant son deuxième titre du Grand Chelem de l’année avec un succès maîtrisé : 6-3, 7-6 (2), 5-7, 6-2. Et il a fallu quelques secondes au vainqueur pour comprendre qu’il était… champion.
Sur balle de match, un retour de Shelton s’envole largement derrière la ligne. Zverev renvoie tranquillement les balles de l’autre côté du court, prêt à servir de nouveau. Puis il lève les yeux vers l’écran géant. Le score s’affiche. C’est fini. Il a gagné. Le numéro un mondial laisse alors tomber la raquette, un sourire incrédule accroché au visage.
« Je pensais qu’il y avait 5-1, a-t-il expliqué. Je savais que je l’avais breaké deux fois mais je croyais qu’il n’en avait gagné qu’un. Je me disais : ‘Je vais avoir un bon jeu de service et là je vais commencer à être tendu.’ Les professeurs te disent toujours d’oublier le score. Je l’ai fait. »
Une finale à sens unique… jusqu’au sursaut
Pour Ben Shelton, 23 ans, c’était la première finale majeure. Pour Zverev, la sixième. La différence d’expérience a sauté aux yeux dès les premiers échanges.
Shelton entre sur le court sous une ovation de 23 000 spectateurs acquis à sa cause, dans le stade qui porte le nom d’Arthur Ashe. L’ambiance est électrique, patriotique, presque bruyante à l’excès. Les caméras s’attardent sur une tribune remplie de célébrités, dont l’acteur irlandais Pierce Brosnan, image malicieusement associée au chronomètre du match : 0:07.
Mais le jeune Américain, lui, vacille. Double faute dès le premier jeu, break offert à Zverev. Double faute encore sur balle de set. Le favori du tournoi n’a même pas besoin de forcer : il prend les commandes, s’installe, verrouille.
Pendant deux manches, Shelton ne voit pas la moindre balle de break. Zverev, lui, fracasse ses mises en jeu, envoie des premières comme des obus et dicte l’échange dès le départ. L’Allemand, libéré depuis son sacre à Roland-Garros qui l’a débarrassé de l’étiquette de « meilleur joueur sans Grand Chelem », déroule son tennis dans le tie-break du deuxième set, qu’il survole.
Shelton avait pourtant des raisons d’y croire. Avant cette quinzaine, il n’avait jamais battu Zverev en cinq confrontations. Il n’avait jamais fait tomber Stefanos Tsitsipas ni, surtout, Carlos Alcaraz. Il a tout renversé à New York pour s’offrir cette finale. Mais là, face à un Zverev installé tout en haut du circuit, la marche paraît trop haute.
Le public se réveille, Shelton aussi
Au troisième set, la tension change de camp. Le service de Zverev se dérègle, les fautes se multiplient. Shelton s’accroche, refuse la résignation. Il arrache enfin trois balles de break, synonymes de balles de set. Le stade explose, rugit à chaque faute de l’Allemand. À la deuxième occasion, l’Américain conclut. Il arrache la manche, relance le match et rallume l’espoir d’un premier vainqueur américain en simple messieurs depuis Andy Roddick en 2003.
Arthur Ashe gronde, se remet à y croire. Shelton aussi. Mais l’illusion ne dure pas.
Zverev resserre le jeu dès l’entame du quatrième set. Il breake rapidement, reprend le contrôle, étouffe de nouveau l’élan adverse. Cette fois, Shelton ne reviendra plus. Le match, à ce moment-là, cesse d’être un bras de fer pour redevenir une démonstration de maîtrise.
Trois heures de rebonds, un titre et une piqûre d’insuline
Sur le court, un tic de Zverev intrigue depuis le début du tournoi : ce rituel interminable de rebonds de balle avant chaque service. Les chiffres sont tombés : sur plus de 23 heures passées sur le court pendant la quinzaine, près de trois heures se sont envolées en rebonds. L’arbitre finit par le sanctionner d’un avertissement pour dépassement de temps. Rien pour le déstabiliser.
À 29 ans, l’Allemand gère aussi une autre contrainte, bien plus lourde : le diabète de type 1, diagnostiqué dans son enfance. Au cours du quatrième set, il doit utiliser un stylo à insuline dans sa jambe. Le geste est devenu presque banal pour lui, mais il raconte ce que représente sa présence à ce niveau.
Il évoque alors une phrase, celle de sa mère, quand les médecins annonçaient un avenir limité à un enfant diabétique : « Quand ton fils de quatre ans est diagnostiqué diabétique et que les docteurs te disent que la vie et le sport seront très limités, il faut une mère très forte pour répondre : ‘Mon fils sera ce qu’il veut être’. »
Trois heures et 33 minutes après le premier échange, Zverev conclut. Deuxième Grand Chelem de l’année, premier sacre à New York. Le regard se perd un instant dans les tribunes. Cette fois, il sait exactement où il est.
Shelton tombe, mais ne se rend pas
Ben Shelton quitte le court déçu, mais pas abattu. Il s’empare du micro, parle à « son » tournoi, à « sa » ville.
« C’est mon endroit heureux et j’aimerais que ce tournoi ne se termine jamais », lâche-t-il. Il remercie New York, les spectateurs présents ce dimanche, ceux qui ont veillé jusqu’à quatre heures du matin au fil de ses matchs. « Vous m’avez amené là où je suis. Je ne fais que commencer et je reviendrai. »
Le rêve américain s’est brisé sur la raquette d’un Allemand sûr de sa force. Shelton, lui, vient de découvrir ce que c’est que de jouer une finale de Grand Chelem à domicile, porté par une nation entière. La prochaine fois, il ne découvrira plus. Il viendra pour la prendre.




