US Open 2023 : Zverev et Shelton, deux parcours vers la finale
À New York, deux histoires pour un même sommet. Dimanche, la finale de l’US Open opposera Alexander Zverev à Ben Shelton, et quoi qu’il arrive, leur saison en Grand Chelem restera déjà comme un tournant majeur de leur carrière.
Le premier a enfin brisé le plafond de verre que beaucoup pensaient infranchissable. Le second a prouvé qu’il appartient bel et bien au cercle des très grands.
Zverev, enfin l’ère des certitudes
Pendant des années, Alexander Zverev a porté l’étiquette encombrante de « futur grand » sans jamais valider la prophétie dans les tournois majeurs. Trois finales de Grand Chelem perdues, une cicatrice profonde laissée par cette finale de l’US Open 2020 contre Dominic Thiem, où il avait mené deux sets à rien avant de s’effondrer. Depuis, son langage corporel en deuxième semaine de Grand Chelem racontait souvent la même chose : le doute.
2026 a tout changé.
Sacré à Roland-Garros en battant Flavio Cobolli en finale, finaliste à Wimbledon contre Jannik Sinner, le numéro un mondial allemand dispute à New York sa troisième finale majeure consécutive. Le joueur qui semblait condamné à regarder Jannik Sinner et Carlos Alcaraz se partager les grands titres a enfin forcé la porte.
Pendant deux saisons, le circuit a vécu sous le règne du duo rebaptisé « Sincaraz », maître absolu des Grands Chelems en 2024 et 2025. Zverev, lui, paraissait relégué dans l’ombre. Mais les blessures d’Alcaraz – absent à Roland-Garros et Wimbledon – puis de Sinner – forfait à l’US Open – ont rouvert le champ. Encore fallait-il en profiter. Zverev n’a pas laissé passer l’occasion.
Interrogé sur la possibilité de terminer l’année avec plus de titres majeurs que Sinner et Alcaraz, l’Allemand n’a pas tremblé : il y croyait. Il l’a dit simplement. Là où beaucoup voyaient un scénario verrouillé par les deux prodiges, lui se voyait encore bousculer la hiérarchie.
À Flushing Meadows, son parcours n’a pas toujours été brillant. Des matchs tirés en longueur, des fins de soirée à rallonge, un niveau parfois en-dessous de ses standards. Mais il a tenu, tour après tour, sans affronter le moindre joueur du top 20. Une route plus dégagée que prévu, certes. Un piège aussi : arriver en finale sans avoir été réellement bousculé peut se payer cher face à un adversaire qui, lui, a déjà traversé la tempête.
Dimanche, Zverev sera légèrement favori. Champion de Roland-Garros, numéro un mondial, déjà rompu à la pression d’une finale de l’US Open. Il sait ce qui l’attend. Il sait surtout ce que représente cette occasion : doubler son total de titres du Grand Chelem sur une seule saison, et réécrire enfin son histoire dans les grands rendez-vous.
Shelton, le frisson américain
En face, Ben Shelton arrive sans le bagage des grandes finales, mais avec une dynamique qui emporte tout sur son passage. Huitième tête de série, 23 ans, un sourire permanent et un bras gauche qui fait trembler les radars. Sa quinzaine à New York a pris des airs de montée en puissance irrésistible.
« Pour moi, tout ce tournoi, c’est un territoire inconnu », a-t-il reconnu. Il a parlé de nouvelles positions, de nouveaux adversaires enfin battus. Et ce n’est pas qu’une formule : Shelton n’avait jamais atteint de finale majeure. Il n’avait jamais dominé un joueur du top 3. Il vient de cocher ces cases dans un même tournoi.
Son succès en quart de finale contre Carlos Alcaraz, sept fois titré en Grand Chelem, a marqué un tournant. Un match épique, conclu à 3 h 34 du matin, face à un champion qui disputait son premier tournoi depuis près de cinq mois. Shelton a tenu la cadence, résisté à la pression, assumé les échanges quand son service tonitruant ne suffisait plus. Sa mise en jeu a encore dépassé les 140 mph ces dernières semaines, mais la différence se fait désormais ailleurs.
Son père et entraîneur, Bryan Shelton, l’a résumé simplement : son fils accepte désormais de « souffrir un peu plus dans les échanges », d’aller plus loin dans les rallyes, d’exploiter pleinement son athlétisme. Sa défense s’est densifiée, son revers – longtemps point faible – s’est raffermi. Résultat : quatre titres cette saison, sur toutes les surfaces ou presque. Dallas en salle, Munich sur terre battue, Stuttgart sur gazon, Canadian Open sur dur extérieur. Un CV qui, en quelques mois, a pris une tout autre dimension.
À New York, Shelton ne joue pas seulement pour un trophée. Il porte aussi une part d’histoire. Il vise le statut de premier vainqueur américain de l’US Open en simple messieurs depuis Andy Roddick en 2003. Et plus encore : il peut devenir le premier joueur noir américain à remporter un titre majeur en simple depuis Arthur Ashe en 1975.
Quand un journaliste lui a rappelé, après sa demi-finale remportée face à Frances Tiafoe, qu’« il y a beaucoup d’histoire en jeu », Shelton a répondu dans un sourire : « Ah oui ? » La réplique était légère, mais le contexte ne l’est pas.
James Blake, ancien numéro 4 mondial, l’a dit sans détour : une victoire de Shelton serait un signal immense pour la représentation afro-américaine dans le tennis. Voir un joueur noir américain en finale de l’US Open, capable de battre les meilleurs, peut changer le regard de milliers d’enfants – et d’adultes – sur un sport longtemps perçu comme réservé à un certain milieu.
Dimanche, Shelton entrera sur le court Arthur-Ashe avec le soutien massif des 24 000 spectateurs. Une foule acquise à sa cause, prête à exploser au moindre ace, à la moindre gifle de coup droit. Mais il lui reste une montagne à gravir : battre Zverev pour la première fois. Cinq confrontations, cinq défaites jusqu’ici.
Une finale pour changer de dimension
Tout oppose presque ces deux finalistes. Zverev, 29 ans, installé au sommet, enfin libéré de ses démons, qui joue pour consolider son nouveau statut de champion de Grand Chelem. Shelton, 23 ans, encore en phase d’exploration, qui transforme chaque marche franchie en révélation.
L’Allemand a déjà vécu le poids d’une finale de l’US Open, l’attente, le silence entre deux points, l’écho des regrets. L’Américain, lui, découvre. Il peut s’en nourrir, porté par l’adrénaline d’un premier grand rendez-vous, ou se laisser submerger par l’ampleur de l’instant.
Zverev n’a pas encore croisé un joueur du calibre de Shelton dans ce tournoi. Shelton, lui, sort d’un succès fondateur contre Alcaraz et d’une gestion parfaite de la pression face à Tiafoe. L’un arrive avec la continuité, l’autre avec l’élan.
Il reste une question, une seule : ce dimanche, la logique du palmarès parlera-t-elle, ou la vague américaine emportera-t-elle tout sur son passage à Flushing Meadows ?




