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US Open 2023 : Demi-finales historiques avec Gauff, Sabalenka, Pegula et Rybakina

« Oh, wow. »

La réaction de Coco Gauff a claqué comme un service gagnant. Un mélange de surprise et de lucidité au moment où elle découvre qu’elle fait partie d’un carré final que le tennis n’avait plus vu depuis plus d’un demi-siècle.

Pour la première fois depuis 1975, les quatre premières têtes de série du tableau féminin atteignent les demi-finales de l’US Open. Aryna Sabalenka, Elena Rybakina, Jessica Pegula et Gauff ont toutes survécu à des combats en trois sets pour dessiner un dernier carré presque irréel. Un casting de n°1, taillé pour l’histoire.

« C’est incroyable, on ne peut pas rêver mieux, non ? », s’enthousiasme l’ancienne numéro un britannique Annabel Croft sur BBC Radio 5 Live. Elle résume un sentiment largement partagé : ce tournoi respire le très haut niveau, les affiches attendues, les chocs de styles et de caractères.

Depuis des années, le circuit féminin vit au rythme des surprises. Depuis 2020, treize joueuses différentes ont remporté un titre du Grand Chelem, contre seulement sept chez les hommes. New York offre un décor radicalement différent : les hiérarchies tiennent, les têtes d’affiche assument. Le paysage semble se stabiliser, sans perdre en intensité.

« On a aujourd’hui de grands noms, de grandes personnalités qui s’affrontent, et c’est vraiment excitant, poursuit Croft. On est gâtés par le nombre de matchs intrigants. On voit de vraies guerrières sur le court. »

Sabalenka – Pegula, une rivalité qui s’installe

Jeudi, la première demi-finale mettra aux prises la tête de série numéro un et double tenante du titre, Aryna Sabalenka, à l’Américaine Jessica Pegula. Un duel qui sent la poudre et l’habitude : les deux femmes se connaissent par cœur. Treize confrontations, dont les deux dernières éditions de l’US Open.

L’histoire récente penche du côté de Sabalenka. L’an passé, elle avait renversé Pegula en demi-finales. Cette année, elle l’a privée d’un premier sacre majeur en finale à Flushing Meadows. La Biélorusse chasse désormais un exploit rarissime : devenir la première joueuse depuis Serena Williams en 2014 à soulever trois fois de suite le trophée à New York.

Face à elle, Pegula est la dernière du tableau à courir encore derrière un premier titre du Grand Chelem. Elle ne se cache pas derrière les chiffres : quatre victoires sur Sabalenka sur le circuit WTA, mais jamais dans un grand rendez-vous majeur. Le blocage est là, identifié. Elle le nomme elle-même un « obstacle » à franchir.

« C’est amusant de voir ça comme une rivalité. C’est ce qui me motive, explique l’Américaine. Je sais qu’elle m’a poussée à devenir une meilleure joueuse, et je respecte énormément cet aspect de notre duel. »

Sabalenka, elle, se nourrit de ce bras de fer permanent. « Je suis super excitée de la jouer, confie-t-elle. J’adore l’affronter parce que c’est une bataille, un combat. J’aime être sous pression, traverser des défis difficiles. » Elle arrive pourtant à New York avec moins de repères estivaux que Pegula, finaliste à Washington et Cincinnati, mais toujours avec cette rage de championne qui la porte depuis près de deux ans.

Pegula, lucide, ne se laisse pas tromper par les apparences : « Elle n’a peut-être pas eu les meilleurs résultats cet été, mais elle a énormément de confiance ici. Et elle joue pour un triplé. » Le décor est planté. Entre les deux, ce n’est plus seulement une opposition de styles, c’est une ligne narrative de ce Grand Chelem.

Rybakina, n°1 mondiale annoncée, face au défi Gauff

Dans l’autre demi-finale, l’histoire s’écrit déjà avant même le toss. En se hissant dans le dernier carré, Elena Rybakina s’est assurée de devenir la nouvelle numéro un mondiale lundi, mettant fin à 99 semaines de règne de Sabalenka au sommet.

Un basculement symbolique. Une couronne qui change de tête. Rybakina refuse pourtant de s’y attarder. Pour elle, ce classement n’est « qu’un chiffre ». Son regard ne quitte pas l’objectif principal : un troisième titre du Grand Chelem.

Comme le rappelle le correspondant tennis Russell Fuller sur BBC Radio 5 Live, le scénario idéal est clair : « Ce n’est jamais tout à fait la même chose de devenir numéro un après avoir perdu une finale ou une demi-finale de Grand Chelem. Elle voudra boucler deux semaines parfaites en gagnant le titre. »

Sur son chemin, une muraille sonore et sportive : Coco Gauff, portée par le public américain sur l’Arthur Ashe Stadium. La joueuse de 22 ans connaît déjà le goût du triomphe à Flushing Meadows, sacrée en 2023, avant deux sorties prématurées en huitièmes de finale les années suivantes. Cette fois, elle insiste : son regard sur le tournoi a changé.

« Parfois, on est tellement focalisée sur le maintenant, parce qu’on veut tout, tout de suite, explique-t-elle. Dans l’ensemble, je suis assise ici avec un état d’esprit très différent de celui de l’an passé. Ça m’inspire encore plus à continuer de travailler, en voyant à quel point j’ai progressé en un an. »

Le face-à-face penche légèrement du côté de Gauff, qui mène 2-1. Mais le dernier mot, récemment, est revenu à Rybakina, titrée après une remontée en trois sets en demi-finales du Canadian Open le mois dernier. La Kazakhe a rappelé ce jour-là qu’elle pouvait briser l’élan de l’Américaine, même lorsque celle-ci semble en contrôle.

Gauff sait exactement ce qui l’attend : des aces, des coups gagnants qui fusent, des jeux de service parfois intouchables. Elle ne se fait aucune illusion et choisit le registre de la combativité pure : « Je vais prendre des aces, des winners, mais je vais continuer à me battre et donner tout ce que j’ai. C’est tout ce que je peux faire. »

Un dernier carré qui peut rebattre les cartes du circuit

Sabalenka en quête de triplé, Pegula à la poursuite de son premier grand titre, Rybakina déjà assurée de s’asseoir sur le trône mondial, Gauff portée par un stade et par l’idée de confirmer son statut de championne à domicile : l’US Open tient un carré d’as.

Pendant des années, on a reproché au tennis féminin son imprévisibilité, son absence de dynasties durables. New York offre une autre image : celle d’un sommet où les meilleures tiennent leur rang, s’affrontent, se poussent mutuellement vers un niveau supérieur.

Reste une question, simple et brutale : dans ce tableau où chaque match ressemble à une finale, qui osera vraiment s’emparer du centre de la scène et imposer son règne sur les saisons à venir ?