Scandale à Lord's : Les fils d’Imran Khan attaquent le président du PCB
Au Lord’s Cricket Ground, la deuxième Test entre l’Angleterre et le Pakistan aurait dû tourner uniquement autour de la balle neuve, des conditions nuageuses et de la précision des lanceurs. Elle s’est transformée en affaire politique explosive, avec au centre une interview télévisée et la figure toujours brûlante d’Imran Khan.
Les fils de l’ancien capitaine du Pakistan et ex-Premier ministre, Sulaiman et Kasim Khan, ont accusé frontalement le président du Pakistan Cricket Board (PCB), Mohsin Naqvi, après les informations selon lesquelles le board aurait menacé de ne pas renvoyer l’équipe sur le terrain à la reprise post-déjeuner si une interview les concernant n’était pas retirée de l’antenne.
Une interview à Lord’s qui met le feu aux poudres
Tout part d’un entretien diffusé par Sky Sports pendant la deuxième Test à Lord’s. Michael Atherton, ancienne légende anglaise, interroge Sulaiman et Kasim. Les deux fils y parlent de la santé de leur père, de ses conditions de détention et de ce qu’ils décrivent comme une volonté des autorités pakistanaises de le réduire au silence.
L’écho est immédiat. Des rapports émergent ensuite : le PCB aurait menacé de retenir l’équipe dans les vestiaires au moment de la session de l’après-midi, à moins que l’interview ne soit coupée. Une pression directe sur un diffuseur, en plein cœur du temple du cricket.
Pour Sulaiman et Kasim, la réaction du board dépasse l’entendement. Elle trahit, selon eux, une nervosité politique autant qu’une erreur de jugement sportive.
« Ils espèrent clairement le tuer là-dedans »
Kasim ne se contente pas de critiquer le PCB. Il va beaucoup plus loin, en mettant en cause la sécurité même de son père, détenu à l’isolement.
« Ils espèrent clairement le tuer là-dedans. Ils veulent le faire taire le plus discrètement possible et le laisser peu à peu disparaître », accuse-t-il, décrivant une stratégie de lente asphyxie politique visant, selon lui, « la personne la plus populaire du Pakistan en ce moment ».
Il raconte un schéma répétitif : chaque fois que la famille s’exprime, les autorités laisseraient le tumulte médiatique retomber, avant d’imposer de nouvelles restrictions encore plus dures, rendant « encore plus difficile pour lui de survivre ».
Ces mots, lancés depuis les tribunes d’un stade qui a vu Imran Khan soulever la Coupe du monde 1992, résonnent comme un contrechamp brutal à l’image du champion triomphant.
« Ils se sont rendus complètement ridicules »
Sur le volet purement cricket, les fils d’Imran Khan ne mâchent pas leurs mots à l’égard du PCB. Kasim, interrogé par The Telegraph, estime que la réaction supposée de l’instance a gravement entaché son image.
« Ils se sont rendus complètement ridicules », lâche-t-il, visant directement Mohsin Naqvi et son équipe dirigeante.
Sulaiman, lui, dit avoir anticipé une forme de riposte, mais pas à ce niveau.
Il s’étonne qu’un board national puisse s’immiscer à ce point dans le contenu éditorial d’une chaîne étrangère, pour une interview portant, insiste-t-il, non pas sur un programme politique, mais sur « une situation humanitaire » et sur la santé d’un ancien joueur, qui a vécu 22 ans en Angleterre.
À ses yeux, exiger la suppression de cet entretien dépasse le mandat sportif du PCB. Cela brouille la frontière entre gouvernance du cricket et gestion politique d’une figure devenue symbole d’opposition.
Les autorités démentent, la famille ne croit pas aux assurances
Du côté des autorités pakistanaises, le discours reste ferme : pas de mauvais traitements, pas de négligence, des soins médicaux « appropriés » pour l’ancien Premier ministre. La ligne officielle ne bouge pas.
Sulaiman, lui, ne s’en contente pas. Il parle d’un « goutte-à-goutte » d’informations alarmantes sur la santé de son père, soigneusement orchestré, selon lui, pour préparer l’opinion à un possible drame tout en offrant aux autorités une porte de sortie narrative : un homme âgé, malade, mort « naturellement », sans responsabilité directe de l’État.
La famille, affirme-t-il, n’a reçu aucune preuve tangible des soins annoncés. Pas de transparence, pas d’accès indépendant, seulement des déclarations venues de sources gouvernementales. La dernière information vérifiable remonterait à six mois, lorsque Khan lui-même avait évoqué des problèmes à l’œil, qu’il disait négligés.
Entre un match à Lord’s et une cellule de prison au Pakistan, un fil s’est tendu. D’un côté, un board accusé de mélanger cricket et contrôle politique de l’image. De l’autre, les fils d’un ancien capitaine qui utilisent la plus grande vitrine du sport pour alerter sur ce qu’ils considèrent comme une mise en danger programmée.
Le débat a quitté la pelouse. Il se joue désormais sur un terrain bien plus sombre, où la prochaine décision du PCB, comme celle des autorités pakistanaises, pèsera bien au-delà du résultat d’une série de Tests.




