Racing Bulls face à l'horloge : la méthode Permane pour 2025
Dans le paddock étouffant d’Interlagos, Alan Permane joue la montre. Le patron de Racing Bulls assure vouloir « appliquer un peu de science » à son choix de pilotes pour 2025. Les deux baquets restent ouverts, les candidats s’échauffent, et la saison touche à sa fin.
Le décor est clair : l’écurie a le luxe du temps, ses pilotes beaucoup moins.
Permane prône la méthode, pas les réflexes
Face aux médias au Grand Prix de São Paulo, Permane a esquissé une critique à peine voilée de la façon dont Red Bull a parfois géré sa filière jeunes.
Red Bull a bâti une partie de son empire sur son programme junior, mais le prix à payer a souvent été une rotation brutale de talents à peine installés. Permane, lui, veut casser ce cycle. Il parle d’« analyser », d’« étudier », de prendre le temps, martelant que l’équipe « n’est pas pressée » et que « la bonne décision sera prise ».
Le message est constant depuis un mois. Déjà à Singapour, il promettait une annonce « dans les semaines à venir ». Un mois plus tard, rien n’a bougé sur le papier. Ni le siège de Liam Lawson, ni celui d’Arvid Lindblad n’est sécurisé, même si Permane assure que les discussions touchent à leur fin et qu’aucune combinaison n’est écartée. Le nom de Nikola Tsolov, engagé en Formula 2, figure aussi dans la short-list.
Au cœur de l’équation, il place toujours la même priorité : la vitesse pure. Mais pas seulement.
Racing Bulls reste, par essence, un laboratoire pour jeunes talents Red Bull. L’équipe doit développer, tester, exposer. En même temps, elle a besoin de repères expérimentés pour mesurer ces promesses. Permane le reconnaît : ce n’est « pas une décision facile ». L’équilibre entre formation et résultats immédiats n’a sans doute jamais été aussi délicat.
Lawson, neuvième du championnat et sans plan B
Pour Liam Lawson, cette prudence méthodique ressemble surtout à une menace silencieuse. Le Néo-Zélandais, neuvième du championnat pilotes avec 83 points, meilleur représentant hors du quatuor de tête, voit la porte se refermer à mesure que les autres équipes bouclent leurs line-up.
Ses chiffres plaident pour lui : 26 points sur les quatre dernières courses avant le Brésil, une régularité qui a largement contribué au cinquième rang de Racing Bulls au classement constructeurs. Pourtant, son avenir reste en suspens.
« Je ne sais pas ce qu’ils veulent que je fasse de plus », a-t-il lâché sur F1 TV avant le week-end brésilien. La phrase claque, simple, presque résignée. Il sait aussi que le timing joue contre lui : « Quand quelque chose est repoussé jusqu’à la fin de saison, il ne reste plus vraiment d’options. »
Pas de plan B, donc. Juste une attente qui s’allonge, alors que son patron, lui, est lié à Racing Bulls jusqu’en 2031. Deux horizons diamétralement opposés dans le même garage.
Le paddock se range derrière le Néo-Zélandais
Dans le paddock, la situation de Lawson ne laisse pas indifférent. Sur Sky Sports F1, Bernie Collins souligne son apport direct au classement de l’équipe. De l’extérieur, dit-elle, il « semble avoir fait assez ». Nuance importante : personne ne sait ce qui se dit dans les réunions d’ingénieurs, ni comment chaque erreur, chaque détail, pèse dans la balance.
Naomi Schiff va plus loin sur le fond. Selon elle, si Racing Bulls se gérait comme une entité totalement indépendante, avec ses propres objectifs sportifs, sans la perspective constante de nourrir Red Bull, le dossier Lawson serait peut-être déjà réglé. Dans un système classique, un pilote qui marque autant, aussi régulièrement, conserve son siège.
Mais Racing Bulls n’est pas une équipe classique. Elle reste une pièce d’un mécanisme plus vaste, pensé pour alimenter l’équipe mère en talents prêts à bondir au bon moment. Cela change tout.
L’ombre de Mexico et la politique de l’élite
La discussion a aussi glissé sur un épisode récent : le contact entre Lawson et Max Verstappen en essais libres à Mexico City. Incident mineur sur la piste, mais lourd de sous-entendus lorsque le triple champion du monde met publiquement en doute le jugement de son ancien coéquipier, tout en rappelant la précarité de sa situation.
Les deux hommes ont été pénalisés, Lawson a présenté ses excuses. L’affaire aurait pu s’arrêter là. Elle a pourtant alimenté les spéculations : cet accrochage pèsera-t-il dans le verdict final ?
Martin Brundle, au micro de Sky Sports F1, n’a pas mâché ses mots. Si le simple fait d’avoir osé se trouver sur la piste au même moment que Verstappen entrait en ligne de compte dans le sort de Lawson, ce serait « pathétique », « enfantin ». Il dit ne pas y croire, mais son agacement en dit long sur la perception extérieure.
L’ancien pilote sait de quoi il parle. Il a rappelé comment il avait perdu son volant Benetton après avoir commencé à battre Michael Schumacher. Dans ce milieu, les raisons d’un éviction dépassent souvent le simple tableau de bord : intérêts commerciaux, stratégies politiques, visions à long terme. Les pièces du puzzle s’assemblent parfois de façon totalement opaque pour ceux qui regardent de l’extérieur.
Et malgré ce constat amer, Brundle insiste : pour lui, Lawson a fait « un travail formidable ».
Entre frustration et performances en piste
Pendant que les discussions se nouent en coulisses, Lawson continue de livrer sa part sur l’asphalte. Dixième en première séance d’essais à São Paulo, treizième en deuxième. Rien de spectaculaire, mais la confirmation d’un niveau solide, constant, sans effondrement sous la pression.
Permane, de son côté, reconnaît la frustration de ses pilotes, celle des observateurs, peut-être même la sienne. Il assure que Lawson comme Lindblad « performent de manière excellente ». Il s’interroge à voix haute : cette tension les aide-t-elle ou les freine-t-elle ? Redeviendront-ils encore meilleurs une fois fixés sur leur sort ?
Il refuse toujours de donner une date. Il répète seulement que « ce ne sera plus très long ».
Le temps, pourtant, ne s’étire pas à l’infini. Pour Racing Bulls, l’attente est un luxe stratégique. Pour Liam Lawson, elle ressemble de plus en plus à une ligne d’arrivée qu’on recule sans cesse, alors que le reste du plateau a déjà rangé les voitures au garage et verrouillé ses choix pour 2025.



