Kimi Antonelli brille à Interlagos après son titre de champion
Cinq jours seulement après avoir été sacré plus jeune champion du monde de l’histoire au Mexique, Kimi Antonelli a repris la piste comme si rien n’avait changé. En réalité, tout a changé. Délesté du poids du titre, l’Italien a survolé la deuxième séance d’essais libres du Grand Prix de Sao Paulo, comme un pilote libéré.
Sur le toboggan d’Interlagos, il a été le seul à descendre sous la barre des 71 secondes. Son 1’10’’763 a laissé Lando Norris et Max Verstappen à deux dixièmes. Une référence nette, sèche, qui dit beaucoup de son état de forme et du niveau de cette Mercedes en configuration de course.
Karun Chandhok, au micro de Sky Sports F1, résumait l’impression générale : Antonelli a « trouvé un meilleur rythme que tout le monde » et roule « sans le bagage du championnat ». Sur la piste, cela se voit. Sa journée : deuxième temps en EL1, meilleur temps en EL2. Propre, maîtrisé, sans forcer le trait.
Norris répond avec la McLaren revue
Face à lui, Lando Norris n’a pourtant pas passé un mauvais vendredi, loin de là. Le champion du monde sortant, vainqueur ici même l’an dernier, avait dominé la première séance avant de signer le deuxième temps en EL2. Surtout, McLaren a dégainé un nouveau package sur la MCL40, et les premiers signaux sont encourageants.
Norris l’a reconnu : la voiture a gagné en performance. Le Britannique a semblé solide aussi sur les relais plus longs, une donnée clé pour dimanche. McLaren arrive à Sao Paulo après une séquence frustrante : deux victoires autour de la trêve estivale, une autre envolée sur une Virtual Safety Car à Madrid, puis une série de courses plus compliquées. L’écurie pointe à 17 points seulement de Red Bull au classement, et ce vendredi laisse entrevoir une riposte possible.
« Nous avons semblé facilement dans le rythme en EL1, un peu plus en difficulté face aux Mercedes en EL2, mais c’est un bon début de week-end », a-t-il expliqué. Les évolutions fonctionnent, assure-t-il. La voiture reste exigeante, mais le gain en temps au tour est bien là. Message clair : McLaren ne vient pas ici pour gérer.
Oscar Piastri a complété ce tableau solide avec le cinquième temps, confirmant que la MCL40 révisée a trouvé des appuis sur ce circuit court, nerveux, qui ne pardonne pas les approximations.
Mercedes en embuscade, Russell pénalisé
Derrière Antonelli, l’autre Mercedes a également pointé aux avant-postes. George Russell a signé le quatrième temps, très proche du duo Norris-Verstappen. De quoi rassurer Brackley sur le rythme global de la W15. Seul bémol : le Britannique traîne une pénalité de cinq places sur la grille pour un changement de moteur.
Dans la lutte pour le titre constructeurs, chaque détail compte. Mercedes sait qu’elle peut viser gros ce week-end, mais devra composer avec cette sanction qui complique la stratégie de course de Russell.
Antonelli, lui, a confirmé qu’il pouvait maintenant rouler « en essayant de profiter davantage », sans penser au championnat. Le ton est posé, mais la performance brute, elle, reste implacable. Il parle de conditions « difficiles », de grip faible, de dégradation élevée sur les longs relais. Rien de surprenant à Interlagos, mais la façon dont Mercedes a progressé entre EL1 et EL2 laisse penser que l’écurie a déjà une bonne base pour la suite.
Ferrari en retrait, Hamilton devant Leclerc
Pour Ferrari, en revanche, ce premier jour a eu un goût plus amer. Sur les relais courts, la Scuderia a semblé à la peine. Lewis Hamilton a signé le sixième temps, Charles Leclerc le septième. Des positions honorables, mais loin des standards espérés en qualification, là où Ferrari parvient souvent à trouver un supplément de performance.
Le contexte n’a rien arrangé. L’écurie sort d’un premier tour catastrophique au Mexique, où un accrochage interne lui a probablement coûté la victoire. Un débriefing appuyé avec Frédéric Vasseur et les pilotes jeudi soir devait remettre les choses à plat. Sur la piste, on attend encore la réponse.
Leclerc, lui, revenait tout juste d’un aller-retour express à Monaco pour la naissance de sa fille Bianca. Absent de la journée médias et des EL1, il a dû se remettre dans le bain directement en EL2. Son rythme est resté correct, mais l’ensemble Ferrari paraît encore trop hésitant pour viser la pole sur la seule base de ce vendredi.
Audi entre frustration et éclaircies
Chez Audi, la journée a viré au casse-tête. Nico Hülkenberg n’a tout simplement pas bouclé le moindre tour chronométré. Le vétéran avait laissé son baquet à un rookie en EL1, puis une série de soucis de fiabilité a ruiné tout espoir de roulage en EL2.
La journée avait déjà mal commencé pour Freddie Slater, stoppé après seulement sept tours par un problème technique en première séance. Malgré le travail des mécaniciens, une panne électrique a ensuite immobilisé la voiture pour le reste de la journée. Pour une équipe qui doit engranger des données, c’est une perte sèche.
Heureusement pour Audi, Gabriel Bortoleto a sauvé l’honneur. Avant son Grand Prix à domicile, le Brésilien a signé le huitième temps dans l’unique voiture opérationnelle de l’écurie. De quoi offrir au public local un premier motif de satisfaction, en attendant mieux.
Juste derrière, Isack Hadjar a placé sa Red Bull au neuvième rang, devant Oliver Bearman, dixième avec Haas. Trois jeunes pilotes dans le top 10 : un signe de plus que ce week-end peut servir de tremplin à une nouvelle génération.
Camara découvre la F1, le public brésilien se réveille
Le Brésil compte cette fois deux représentants sur la grille. Haas a décidé de se séparer d’Esteban Ocon, qui ne recourra plus pour l’équipe, pour lancer Rafael Camara, 21 ans, directement dans le grand bain à domicile.
Sa première journée ? Propre, sans excès, seizième temps à une demi-seconde de Bearman. Un début prudent, mais sérieux. Seule ombre au tableau : un incident avec Leclerc sur la montée rapide vers la ligne de départ-arrivée. Camara a gêné la Ferrari et a été convoqué chez les commissaires après la séance.
Reste que pour les tribunes brésiliennes, voir Bortoleto et Camara en piste à Interlagos change l’atmosphère. Le circuit a déjà vu naître des légendes. Les attentes ne sont pas les mêmes, mais l’enthousiasme, lui, ne faiblit jamais.
Une météo capricieuse en embuscade
Vendredi est resté sec malgré un ciel de plus en plus bas et brumeux. Interlagos, pourtant, aime les rebondissements météorologiques. Des averses soudaines, lourdes, souvent localisées. Le reste du week-end pourrait bien s’écrire sous la pluie.
Norris a prévenu : « Demain sera très, très humide », invitant presque les fans à sortir les imperméables et les casquettes. Antonelli, lui, parle d’incertitude totale et insiste sur la nécessité d’être « prêt à tout » et « dynamique » face à un ciel imprévisible.
Les équipes savent ce que cela signifie ici : fenêtres de tours lancés réduites, drapeaux jaunes fréquents, trafic, et une qualification qui peut basculer sur un seul tour propre au bon moment.
Une bataille à quatre pour la pole ?
Sur un tour, les écarts s’annoncent infimes. Antonelli l’a reconnu : McLaren est forte, Red Bull aussi, et Ferrari garde souvent une réserve pour la qualification. Mercedes, elle, a déjà montré la voie ce vendredi.
Si la pluie s’invite, la hiérarchie peut encore se brouiller. Si la piste reste sèche, on pourrait assister à un duel à haute intensité entre le nouveau champion du monde, un Norris en reconquête, un Verstappen toujours menaçant et une Ferrari qui cherche son déclic.
Antonelli a déjà posé un jalon. La question, maintenant, est simple : ce vendredi libéré n’était-il qu’un tour de chauffe, ou le début d’un nouveau règne sans pression sur le reste du plateau ?



