Pakistan en difficulté : Débuts catastrophiques en Angleterre
Un naufrage statistique, quelques éclairs de classe, et l’Angleterre qui déroule
On voit parfois des débuts de série catastrophiques. Mais ce que vit le Pakistan en Angleterre frôle désormais le cas d’école. À Edgbaston, la première matinée a tourné au supplice chiffré, au point d’entrer dans l’histoire pour de très mauvaises raisons.
Un record dont personne ne veut
Les cinq premiers batteurs pakistanais tous renvoyés avec des scores à un chiffre : cela n’était jamais arrivé en Angleterre lors d’une première manche de Test. Jamais. Les statisticiens confirment : ce n’est que la 12e fois dans l’histoire qu’un top 5 s’écroule ainsi, mais jusque-là, ces effondrements n’avaient surgi qu’en deuxième manche, sous la pression d’un match déjà avancé. Là, c’est d’entrée.
À 60-5, le tableau d’affichage raconte une histoire de domination totale des quilleurs anglais, mais aussi de faillite technique et mentale d’un ordre supérieur pakistanais qui ne trouve aucune réponse.
Le mal est plus profond que cette seule matinée. Depuis le début de la série, le Pakistan démarre ses manches comme on entre dans un orage sans parapluie. Les deuxièmes guichets sont tombés pour 6 et 13 à Leeds, 16 et 7 à Lord’s, puis 14 ici. Total : 56 runs au moment de la perte du deuxième guichet sur l’ensemble de la série, soit une moyenne famélique de 11,2 pour le deuxième partenariat, après un premier guichet lui-même en miettes (5,6 de moyenne). Ils s’apprêtent à faire tomber un record qui tenait depuis 1888, celui de l’Australie, qui n’avait « réussi » que 16 de moyenne pour la chute du deuxième guichet sur une série en Angleterre.
Plus d’un siècle plus tard, le Pakistan s’invite dans ce panthéon des débuts de manches les plus désastreux.
Josh Tongue frappe au cœur
Dans ce contexte, chaque balle pleine, chaque ligne agressive prend des allures de verdict. Josh Tongue l’a bien compris. Entré dans l’attaque, il ne met pas longtemps à imposer sa griffe. Son premier over se termine par un coup de massue : Babar Azam, capitaine et repère technique de cette équipe, est proprement nettoyé pour 7.
Balle pleine, rapide, qui rentre et vient fracasser le haut du off stump. Babar joue en retrait, en retard, battu en vitesse, loin de la trajectoire idéale. Il se retrouve désemparé, son bois projeté, son équipe à 48-5. Une scène qui résume la matinée : l’Angleterre avance, le Pakistan recule.
Le commentaire est sans appel : les batteurs pakistanais n’ont aucune réponse à offrir à ce que propose l’attaque anglaise. La manche prend des airs de procession.
Saud Shakeel, la beauté dans le chaos
Au milieu des débris, un homme tente malgré tout de redonner une forme à cette manche : Saud Shakeel. Ses drives dans le couvert sont un démenti visuel à la catastrophe collective. Sur une surface qui se révèle « plutôt correcte », il enchaîne les coups de grande classe.
Un premier cover drive, fluide, parfaitement temporisé, file entre cover et extra-cover. Puis il y retourne, un peu plus lâche cette fois : l’intérieur de la batte frôle le leg stump, la balle passe tout près du désastre… et termine tout de même en bordure pour quatre runs de plus. Il insiste, trouve une troisième limite dans la même zone, cette fois parfaitement centrée. Le geste est pur, presque cruel pour ses partenaires déjà repartis au pavillon.
Ces éclats rappellent que le pitch n’est pas une mine piégée. Ce sont bien les batteurs pakistanais qui se sont enfermés dans leurs propres failles.
Atkinson mal payé, Duckett tremble aux slips
Le sort n’est pas plus tendre avec Gus Atkinson. Remplaçant Jofra Archer, le quilleur a, jusque-là, une série paradoxale : une seule victime pour 125 runs concédés, alors que son bowling mérite bien mieux. Les lignes sont bonnes, le rythme aussi, mais la réussite le fuit.
Il croit la tenir lorsque Saud Shakeel, encore lui, se jette sur une balle légèrement large et la détourne nettement. La balle fuse et monte vers le premier slip. Ben Duckett s’élance, touche, mais ne garde pas. Deuxième chance manquée pour lui dans la matinée, même si celle-ci, plus rapide et plus haute, relevait du réflexe acrobatique.
Pour Atkinson, la frustration continue. Pour Shakeel, c’est une nouvelle vie dans un contexte où chaque erreur de l’Angleterre semble la seule bouée de sauvetage pakistanaise.
Robinson au cordeau, la pluie en contretemps
Ollie Robinson, lui, s’en tient à un plan clair. Une rare courte balle est facilement tirée par Saud Shakeel vers le square leg, la balle freinée par une bonne intervention dans le profond. Robinson revient aussitôt à ce qui fonctionne : des balles plus pleines, qui s’éloignent du batteur, testent l’extérieur de la batte et grignotent la confiance.
Quelques byes, sur une erreur de ligne vers le leg side, glissent derrière Jamie Smith et offrent quatre runs supplémentaires au Pakistan, qui se rapproche malgré lui de ses plus bas totaux en Test. Un épais bord de Shakeel ajoute encore quelques unités alors qu’une pluie fine commence à tomber sur Edgbaston.
Pendant la pause boissons, les couvre-sols avancent à moitié, la pluie s’intensifie un instant, puis s’arrête net. Les arbitres renvoient les équipes sur le terrain. Le ciel hésite, mais le jeu, lui, ne faiblit pas.
L’Angleterre maintient son emprise, le Pakistan s’accroche à un seul homme en forme et à quelques chiffres déjà historiques pour de mauvaises raisons. Reste une question, brutale : jusqu’où cette série peut-elle encore abîmer la confiance d’un top order pakistanais déjà au bord de la rupture ?




