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Pakistan secoué par une crise disciplinaire en Angleterre

Le décor était parfait, presque cruel : Lord's, son pavillon immaculé, ses souvenirs glorieux… et ses fantômes. Quatorze ans après le scandale de 2010, le mot qui glace le cricket pakistanais – trucage, corruption, soupçon – revient hanter une équipe déjà à genoux sportivement.

Battu par 194 runs lors du deuxième Test face à l’Angleterre, le Pakistan n’a pas seulement perdu un match. Il a explosé.

Une purge brutale après Lord's

Dans les heures qui ont suivi la déroute, le Pakistan Cricket Board (PCB) a déclenché une opération d’une rare ampleur. Sept joueurs ont été écartés du groupe : Mohammad Rizwan, Salman Ali Agha, Imam-ul-Haq, Ali Usman, Khurram Shahzad, Aamir Jamal et Muhammad Awais Zafar.

Le coup de balai ne s’est pas arrêté là. Le sélectionneur principal Sarfaraz Ahmed et l’entraîneur des lanceurs Umar Gul ont, eux aussi, été libérés de leurs fonctions. Un staff décapité, un vestiaire vidé, une série encore en cours : la rupture est totale.

Pour combler les brèches, le PCB a rappelé ou intégré sept joueurs, dont cinq n’ont encore jamais porté le maillot national. Deux seuls sont déjà capés : les batteurs Saim Ayub et Abdullah Fazal. Autour d’eux, une vague de novices : les all-rounders rapides Razaullah Khan et Mohammad Imran, le spinner gaucher Arafat Minhas, le wicketkeeper Saad Baig et le pacer gaucher Mohammad Imran Junior.

Sur le papier, une réaction sportive à une série ratée. Dans les coulisses, tout autre chose semble se jouer.

« Plus que du cricket »

Au Pakistan, plusieurs sources laissent entendre que ces changements relèvent de raisons « plus que du cricket ». Pas seulement une sanction de la faiblesse affichée à Lord's, mais le symptôme d’une inquiétude plus profonde autour de la discipline et de la conduite de certains éléments.

Les demandes de commentaires adressées au PCB et à l’England and Wales Cricket Board (ECB) sont restées sans réponse pendant plus de 72 heures. Silence lourd. Seul le directeur média et communication digitale du PCB, Amir Mir, a pris la parole, dans un communiqué mesuré mais révélateur.

« Le Pakistan Cricket Board a initié une enquête disciplinaire interne à la suite de reportages médiatiques concernant la discipline et la conduite, qui sont actuellement examinés en interne. Le PCB traite ce type de dossiers conformément à ses procédures standards. Le processus est mené sous les règlements du PCB, en veillant à ce que toutes les personnes concernées soient traitées avec considération. »

Pas de noms, pas de détails. Juste une enquête. Et un climat de suspicion.

Selon le média pakistanais 365 News, les appareils électroniques de certains joueurs ont été remis au PCB et resteront sous la garde de l’instance jusqu’à la fin du troisième Test. Le rapport ne précise pas quels joueurs sont concernés. Le PCB, lui, n’a donné aucune explication publique sur cette saisie.

Dans un pays où le cricket a déjà payé le prix fort des dérives, le moindre geste de ce type réveille les pires souvenirs.

Naqvi assume le coup de balai

Face à la tempête, le président du PCB, Mohsin Naqvi, ne recule pas. Il revendique même la brutalité de la décision.

« Chaque match d’une série est important pour nous et nous ne sommes pas laissés avec d’autre option, si un joueur ne performe pas, que de chercher son remplaçant. Le but derrière ces changements n’est pas de rayer des joueurs de la sélection, mais simplement de les remplacer », a-t-il déclaré à Geo Network.

Le message est clair : personne n’est intouchable. Le timing, lui, interpelle. Changer la moitié d’un groupe en plein milieu d’une tournée en Angleterre, alors que la pression est déjà maximale, dit quelque chose de l’ampleur du malaise.

L’affaire Imam-ul-Haq met le feu

Comme si cela ne suffisait pas, une autre polémique est venue ajouter du bruit au chaos. Quelques jours après cette vague de changements, le directeur du haut niveau du PCB, Aaqib Javed, a choisi de cibler publiquement Imam-ul-Haq.

L’ouvreur a souffert d’une déchirure légère au mollet à Lord's et n’a pas pris part au jeu dans aucune des deux manches du Test. Pour Aaqib, c’est inacceptable.

« La blessure d’Imam est un grand point d’interrogation, et une profonde déception. Les joueurs, par le passé, se blessaient, mais mettaient des plâtres et essayaient quand même de jouer. Nous prendrons des mesures à ce sujet. Comment est-il possible qu’un muscle tiré t’empêche de battre dans les deux manches ? Il aurait dû essayer et se battre. Il devra faire face à une enquête ; je ne peux pas dire qu’il a simulé, mais un muscle tiré comme ça ne peut pas t’empêcher complètement de battre », a-t-il lâché sur Geo.

Des propos durs, presque accusateurs, dirigés contre un joueur déjà écarté du groupe. L’affaire ne se limite plus au terrain : elle touche à l’honneur, à la volonté, à la confiance entre dirigeants et vestiaire.

Aaqib a aussi défendu le nombre élevé de changements en cours de série : « Le message que nous envoyons aux joueurs rappelés, c’est que vous devez élever votre niveau lors des tournées importantes et rivaliser, et nous devons voir des efforts. »

Le ton, lui, ne laisse aucun doute : le PCB veut reprendre la main, quitte à fracturer.

Lord's, encore et toujours

Que tout cela éclate à Lord's n’a rien d’anodin pour le cricket pakistanais. Le stade londonien reste le théâtre du plus grand scandale de son histoire récente. En 2010, le capitaine Salman Butt, ainsi que Mohammad Asif et Mohammad Amir, avaient été condamnés à des peines de prison et bannis pour avoir accepté des pots-de-vin d’un bookmaker afin de délivrer des no-balls à des moments précis d’un Test.

Le simple fait qu’une nouvelle enquête disciplinaire, avec saisie de téléphones et rumeurs insistantes, surgisse au même endroit, en pleine série, résonne comme une sinistre boucle.

Le Pakistan a tenté de tourner la page depuis cette nuit noire. Il a reconstruit, pardonné certains, reconvoqué d’autres. Aujourd’hui, pourtant, l’ombre revient se poser sur le maillot vert.

Reste une question, brûlante : cette fois, s’agit-il seulement d’un électrochoc sportif, ou le cricket pakistanais s’apprête-t-il encore à affronter un scandale dont il ne sortira pas indemne ?