Milan et Amorim : entre critiques et promesses de jeu
À Milanello, Ruben Amorim n’a pas haussé le ton. Il a haussé les épaules. Les critiques après le nul contre la Juventus ? Déjà vues, déjà vécues.
« La critique est normale. Je l’ai déjà connue dans mon ancien club [Manchester United]. Plus que ça, c’est impossible », lâche l’entraîneur du Milan avec un demi-sourire.
Le décor est posé : le Portugais sait où il a mis les pieds, sait ce qu’on attend de lui, et ne compte pas dévier.
La veille d’un déplacement piégeux sur le terrain de la Lazio, Amorim a déroulé sa vision : une équipe d’abord, des principes ensuite, et au centre de tout cela, un vestiaire sous tension, entre stars impatientes et jeunes en pleine ascension.
Un Milan critiqué, un entraîneur lucide
Le bilan brut est flatteur : deux victoires, un nul. Pourtant, le Milan d’Amorim s’est fait secouer pour son approche jugée trop défensive face à la Juventus. Le coach ne se dérobe pas.
« Le dernier match n’a pas été seulement statique, on a manqué d’énergie. On a bien contrôlé le ballon, surtout en première période, mais ensuite on a manqué d’agressivité dans le dernier tiers et dans la surface », analyse-t-il.
Il pointe les détails qui fâchent : des ballons perdus sans pression, des passes négligées qui ont offert des situations à la Juve. « J’ai montré aux joueurs que beaucoup d’occasions de la Juventus venaient de nos pertes de balle, parfois même sans pression. Juste une passe négligée. Ces détails peuvent changer le match et le momentum. On a travaillé là-dessus, on doit faire mieux. »
Au milieu de ce procès tactique, un nom est revenu : Gonçalo Ramos, en difficulté à Turin après avoir brillé contre Torino et Venezia.
Amorim refuse de transformer un match moyen en affaire d’État : « On doit s’améliorer en tant qu’équipe. Ramos a été tellement bon contre Torino et Venezia que, dans un match où il est moins bien, ça se voit tout de suite. C’est surtout une question de compréhension du jeu pour tous les joueurs. »
Pulisic frustré, mais attendu
Dans ce Milan en construction, certains rongent leur frein. Christian Pulisic, star de la sélection américaine, n’a pas encore joué une seule minute cette saison. Une anomalie à ce niveau, que l’entraîneur ne cache pas.
Amorim a confirmé que l’attaquant aura enfin du temps de jeu lors de cette saison 2026-27, tout en admettant que le joueur est « contrarié » par son manque de minutes sur les trois premières journées. Un état d’esprit logique pour un cadre attendu, mais qui ne change rien à la hiérarchie actuelle ni au tempo que le Portugais veut imposer à son groupe.
Cissé, déjà prêt pour l’Italie, pas encore pour San Siro
À l’inverse, un autre nom grimpe à toute vitesse : Aphadjo Cissé. Deux buts en trois matches de Serie A, une fraîcheur qui saute aux yeux, et déjà, en Italie, les rumeurs d’une première convocation avec la Nazionale lors de la prochaine trêve internationale.
Amorim ne freine pas l’enthousiasme. Il le canalise.
« Si tu mets Cissé sur le terrain, il va jouer. Peu importe si c’est avec l’équipe nationale, avec Bastoni ou avec ces gars-là. Il va jouer, libre. Pour ça, il est prêt », affirme-t-il.
Puis il nuance, presque protecteur : « Il a besoin de temps pour grandir. J’ai vu une différence entre ses matches à l’extérieur et ceux à San Siro. San Siro est dur, il doit s’ajuster à tous ces petits détails. Laissons du temps à Cissé. »
Le message est clair : le talent est mûr pour le niveau international, pas encore pour porter chaque semaine le poids d’un stade qui juge tout, tout de suite.
« Si tu le mets à l’entraînement avec l’équipe nationale et en match avec l’équipe nationale, il ne sera pas timide, il va demander le ballon. Donc il est prêt, mais il a besoin de temps pour devenir le joueur qu’il peut être. Il a beaucoup à apprendre. »
Identité de jeu, pression italienne et promesse aux tifosi
Sous le feu des critiques, Amorim ne se réfugie pas derrière les chiffres. Il parle d’intentions, de structure, de travail. Et de la difficulté d’arriver de l’étranger pour « expliquer » le football à un pays qui vit pour ce jeu.
« Quand tu vois un gars venir de l’étranger pour dire comment jouer ton football, c’est très dur, et au début tu attends juste le moment pour me le dire en face », concède-t-il, lucide sur la méfiance ambiante.
Il insiste pourtant sur un point : rien n’est laissé au hasard.
« Si tu regardes notre équipe, on a toujours une intention, tu ne peux rien voir de vraiment aléatoire. Parfois, on veut certains schémas qui sont difficiles pour les joueurs. Je comprends la pression. Mais ce que je peux promettre, c’est que l’équipe sera toujours en premier. »
Dominer, oui. Mais pas à n’importe quel prix, ni contre n’importe qui. Le Portugais cite Luciano Spalletti, Cesc Fabregas, ces entraîneurs qui, selon lui, ont su imposer leurs idées et parfois repousser son propre Milan en arrière, même quand les Rossoneri avaient davantage le ballon que la Juventus.
« Parfois, même si j’ai le ballon, l’autre est meilleur que moi, mais ça ne change pas l’intention. Mon intention est toujours d’être meilleur que l’adversaire d’une certaine manière. Je vais essayer. Mais ensuite tu as les adversaires ; Spalletti a été meilleur que moi, et ça ne change pas. »
Et il glisse un détail qui en dit long sur sa manière de penser : l’importance des derniers coups de pied arrêtés. « Ce qui est vraiment important, c’est d’être bon sur les derniers coups de pied arrêtés du match, parce que si on gagne, certains devront garder leurs questions dans leur poche une semaine de plus. »
Como, Fabregas et le modèle… qui n’en est pas un
Pendant que Milan cherche encore son rythme, un autre club italien fait parler de lui en Europe : Como. Le club de Cesc Fabregas a été la seule équipe de Serie A à s’imposer lors de la première journée de la phase de ligue de la Champions League, en dominant RB Leipzig.
Alors, Como, modèle pour le projet milanais ? Amorim coupe court.
« Je pense qu’on est des entraîneurs différents, avec des parcours différents, et on travaille pour des clubs différents », répond-il, presque amusé. « Mister Cardinale ne m’a jamais dit que Como était l’inspiration, donc c’est toi qui me l’apprends. »
Le Portugais revendique son style, son identité, et rappelle que le temps reste le facteur le plus précieux dans la construction d’une équipe. Il cite les progrès aperçus contre Torino et lors du match amical face à United, comme des signaux que le chantier avance.
Puis il lâche une phrase qui résume sa position : « Si tu veux une équipe qui joue comme Como, tu dois acheter l’entraîneur de Como. Moi, je suis complètement différent. J’ai mon style de jeu, mon identité. »
Coacher Milan, répète-t-il, est « vraiment dur ». Coacher Como et réussir ce qu’ils font en Champions League l’est tout autant. Mais il refuse de se perdre dans les comparaisons : « Je ne me concentre pas sur la façon dont Como joue, je me concentre sur la façon dont Milan doit jouer pour gagner des matches. »
La route est tracée. Les débats continueront, les questions aussi. Les réponses, elles, passeront par le terrain – et par ce que Milan fera de ses critiques, de ses talents impatients et de son nouveau visage dans une Serie A qui ne pardonne rien.




