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Marnus Labuschagne écarté en ODI : un avenir incertain en Test

La trajectoire de Marnus Labuschagne a rarement semblé aussi fragile. Il y a encore peu, le droitier australien était installé tout en haut du classement ICC des batteurs en Test. Aujourd’hui, il regarde la prochaine tournée en blanc depuis l’extérieur du groupe ODI, écarté d’un effectif pensé clairement pour la Coupe du monde de l’an prochain.

L’annonce est tombée avec la sélection de la tournée au Zimbabwe et en Afrique du Sud : Labuschagne ne figure pas dans le groupe de 17 joueurs retenus pour les six ODIs à venir. Un signal fort, presque brutal, pour un joueur qui faisait encore figure de pièce maîtresse dans la ligne de frappe australienne en format long.

Un pilier en Test, un poids mort en ODI ?

Labuschagne fait partie des cinq joueurs sortis de l’équipe qui avait affronté le Bangladesh lors du dernier ODI de l’Australie en juin. Le message est limpide : la sélection blanche se construit sans lui, au moins pour l’instant.

George Bailey, président des sélectionneurs, a toutefois tenu à compartimenter les dossiers. Le cas Labuschagne en ODI, d’un côté. Son avenir en Test, de l’autre.

« C’était une conversation de cricket à un jour », a expliqué Bailey. « C’est un outil très important pour nous. C’est difficile de faire le lien, mais le Zimbabwe et l’Afrique du Sud, c’est là que la Coupe du monde se jouera l’année prochaine. »

L’Australie disputera six ODIs sur ces deux tournées avant d’enchaîner, en octobre, une série de trois Tests très attendue contre les Proteas. Pour l’instant, seul le groupe ODI a été dévoilé. La liste pour les Tests doit tomber dans les prochaines semaines.

Dans cette construction vers le mondial, Labuschagne n’a pas trouvé sa place. « Marn a joué un cricket à un jour vraiment important pour nous quand il est à son meilleur. Ça ressemble à quelque chose de très précis. Mais avec la manière dont l’équipe et le groupe se structurent, il n’y avait tout simplement pas de place pour lui », a poursuivi Bailey.

Un déclin chiffré

Les chiffres racontent une histoire crue. En 2023, Labuschagne trônait au sommet du classement ICC des batteurs en Test. Depuis, sa moyenne en rouge a glissé sous la barre des 30. Il pointe désormais au 38e rang, loin de l’aura qui l’entourait lors de son explosion au plus haut niveau.

Son dernier été en Ashes n’a pas aidé : une moyenne de 25 seulement contre l’Angleterre, loin des standards qu’il avait lui-même fixés. Face au Bangladesh, ses scores en Test se sont limités à 1, 31 et 4. Une série de chiffres qui, mis bout à bout, pèsent lourd dans l’esprit des sélectionneurs.

Ce déclin statistique intervient au pire moment. La concurrence s’intensifie, des jeunes poussent derrière, et les fenêtres pour convaincre se réduisent.

Une sélection Test encore ouverte… mais sans filet

La situation se complique encore un peu plus pour Labuschagne : il ne disputera aucun match de Sheffield Shield avec le Queensland avant que le groupe de Test pour l’Afrique du Sud ne soit annoncé. L’an dernier, un début de saison solide en Shield lui avait permis de regagner sa place avant les Ashes. Cette fois, il n’aura pas cette rampe de lancement.

Bailey, lui, refuse de se précipiter. « Il s’agit simplement de ne pas prendre de décision avant le moment où vous devez la prendre », a-t-il résumé. Les sélectionneurs attendent davantage d’informations : nature des surfaces attendues en Afrique du Sud, conditions de jeu, état de forme et de santé de certains joueurs, répartition des rôles et du nombre d’éléments à emmener.

En clair, la porte n’est pas fermée. Mais elle ne s’ouvrira pas sur la base de nouveaux runs en domestique. Labuschagne joue sa place sur dossier, pas sur le terrain.

Une nouvelle génération frappe à la porte

Pendant que Labuschagne patine, d’autres avancent. Oliver Peake, gaucher de 19 ans venu du Victoria, déjà devenu cette année le plus jeune batteur spécialisé à débuter en ODI pour l’Australie, fait partie des grands gagnants de cette sélection. George Bailey l’a cité avec chaleur, au même titre que Joel Davies, allrounder de 22 ans de la Nouvelle-Galles du Sud, lancé en T20 international en juin contre le Bangladesh.

« Pour Ollie et Joel, que nous estimons énormément, c’est une nouvelle opportunité fantastique et une chance supplémentaire de poursuivre leur exposition et leur progression au sein de l’équipe d’Australie », a souligné Bailey.

Le message sous-jacent est évident : la sélection ne se contente plus de capitaliser sur les anciens cadres. Elle investit dans le futur, donne du temps de jeu à ceux qui représentent potentiellement le cœur de l’équipe dans deux, trois ou quatre ans.

Un tournant de carrière

Pour Labuschagne, la période qui s’ouvre ressemble à un tournant. Plus question de surfer sur son statut d’ex-numéro un mondial ou sur ses exploits passés. Sa place en ODI a disparu au moment où l’Australie commence à dessiner son plan pour la Coupe du monde. Son siège en Test n’est plus aussi solidement boulonné qu’avant. Et il ne dispose même pas de cricket domestique immédiat pour plaider sa cause.

Il lui reste son crédit en rouge, son expérience, et la mémoire encore fraîche de ce qu’il peut apporter quand il est au sommet de son art. Est-ce suffisant pour convaincre les sélectionneurs de l’embarquer en Afrique du Sud en octobre ?

La réponse, cette fois, ne viendra pas de son bâton, mais de la salle de réunion des sélectionneurs australiens.