Liam Lawson et la stratégie perdante au Grand Prix
« C’est dommage. Je pense qu’on serait passé. » Liam Lawson sort du paddock avec cette phrase en travers de la gorge. Un week-end sacrifié au nom de la stratégie, une course passée à remonter un peloton qui ne l’a jamais vraiment attendu.
Lawson, pari technique et course à contretemps
Red Bull a joué son coup avant même le départ : changement de moteur pour Lawson, opportunité « gratuite » avec Isack Hadjar toujours blessé. Sur le papier, un investissement pour la suite. Sur la piste, un calvaire chronométré.
Parti des stands, le Néo-Zélandais se retrouve à chasser le temps dès les essais, puis en qualifications, sans jamais pouvoir se battre à armes égales. Le dimanche, le scénario se complique encore sur 53 tours qui auraient pu, avec un peu plus de réussite, raconter une tout autre histoire.
Son départ depuis la voie des stands l’épargne du chaos potentiel vers la chicane du premier virage. Il en profite immédiatement : deux places gagnées dans le premier tour, 15e au bout du troisième. Le rythme est là, la remontée s’amorce. Puis Charles Leclerc tape le mur au virage 11. Drapeau rouge. Silence. Et une demi-heure de pause qui casse l’élan de Lawson.
Au restart, une nouvelle fenêtre s’ouvre. Lawson attaque, mais le duel tourne mal : contact avec Nico Hülkenberg au virage 4. Aileron endommagé, arrêt forcé au 13e tour. Il ressort 21e. Dernier. Avec tout à refaire.
Son rythme supérieur face aux voitures de fond de grille ne suffit pas à gommer le temps perdu. Il lui faut attendre le 20e tour pour recoller au groupe devant lui. Sa chasse aux points commence vraiment là, bien trop loin, bien trop tard.
Il enchaîne pourtant les dépassements, notamment sur les deux Cadillac, tandis que Fernando Alonso abandonne avec son Aston Martin. Lawson remonte 17e à l’approche de la mi-course. L’écart avec le peloton suivant dépasse alors les 20 secondes. Une éternité.
La course se rouvre brièvement avec une voiture de sécurité virtuelle au 29e tour, déclenchée par l’abandon de Lance Stroll, l’autre Aston Martin. L’écart fond, mais la situation se retourne encore contre lui : ses rivaux ont des pneus plus frais après leurs arrêts, lui continue sur une stratégie à l’usure.
Malgré tout, Lawson s’accroche. Il rattrape et dépasse les deux Haas d’Esteban Ocon et Ollie Bearman. Alex Albon s’arrête tard avec la Williams, offrant une place de plus au pilote Red Bull. Lawson voit l’arrivée avec un train de pneus usés depuis 41 tours, symbole d’une course courue à la limite, sans récompense au classement.
Les points, eux, restent hors de portée. La frustration aussi.
Antonelli, remontée de furie et coup de massue au championnat
Devant, un autre récit se construit. Kimi Antonelli transforme un pari similaire en chef-d’œuvre. Lui aussi a changé de moteur. Lui aussi a reculé sur la grille. Mais l’Italien de Mercedes part 19e et termine… premier.
Septième victoire de la saison. Sans doute la plus marquante.
Tour après tour, Antonelli remonte, gère, attend son moment. George Russell, son coéquipier, mène la danse pendant l’essentiel de la course. Le Britannique contrôle, tient la tête, voit la victoire se rapprocher à chaque passage sur la ligne.
Puis la course bascule avec une voiture de sécurité tardive. Russell reste en piste. Antonelli, lui, plonge aux stands. Pneus plus frais, arme fatale dans les derniers tours. La différence se fait sans pitié dans la lutte pour le drapeau à damier. Russell, deuxième à l’arrivée, a toutes les raisons de se sentir floué par les circonstances, mais le résultat est implacable : Antonelli frappe fort.
Au championnat, l’Italien s’envole. Son avance grimpe à 66 points. Une marge qui commence à ressembler à un mur.
Derrière le duo Mercedes, Max Verstappen sauve un podium pour Red Bull avec la troisième place. Devant lui, la course de Pierre Gasly s’effrite. Parti en pole avec Alpine, le Français retombe à la septième place. Sa monoplace, brillante sur un tour la veille, ne tient pas la comparaison sur la durée de la course.
Racing Bulls sauve les meubles, Madrid en ligne de mire
Sans Lawson, Racing Bulls s’en remet à Arvid Lindblad et Yuki Tsunoda. Les deux ramènent des points précieux : Lindblad termine huitième, Tsunoda dixième. Double arrivée dans le top 10, mais avantage grignoté dans la lutte pour la cinquième place du championnat constructeurs, désormais réduit à 13 points.
Pendant ce temps, Lawson, lui, espère que ce week-end de souffrance lui vaudra au moins une nouvelle chance. Le calendrier lui tend la main : Grand Prix d’Espagne, première édition à Madrid, dès la semaine prochaine, deuxième manche d’un double rendez-vous pour clôturer la saison européenne.
Un autre circuit, une autre opportunité. Pour Antonelli, pour Russell, pour Red Bull. Et pour Lawson, surtout, une question simple : combien de temps encore avant que ses week-ends ne se jouent enfin à armes égales ?




