Lewis Hamilton et Ferrari : Trop Tard pour des Ordres à Monza
Lewis Hamilton a quitté Monza avec un sentiment tenace : le train est passé. Pas celui des tifosi, déchaînés malgré une journée à oublier pour Ferrari, mais celui du championnat. Et, à l’écouter, il est désormais « beaucoup trop tard » pour que l’équipe fasse de lui la priorité face à Charles Leclerc.
Parti quatrième, arrivé seulement sixième, le septuple champion du monde a vécu un Grand Prix d’Italie à rebours, marqué dès le premier tour par un duel fratricide avec son équipier. À la sortie de la première chicane, les deux Ferrari se retrouvent roue contre roue, Leclerc pousse Hamilton dans l’herbe, et le Britannique dégringole au dixième rang. Monza venait à peine de respirer que la tension interne montait déjà.
Quelques virages plus tard, la Scuderia bascule dans le cauchemar. Leclerc perd sa voiture à très haute vitesse à la Parabolica, tape fort et termine sa course dans les barrières. Drapeau rouge. Silence inquiet dans les tribunes avant que le Monégasque ne sorte, indemne, de sa monoplace. Sportivement, en revanche, Ferrari se retrouve soudain avec une seule voiture en piste… et un seul espoir de podium : Hamilton.
Le problème, c’est que cet espoir ne prendra jamais forme.
Une relance sans relief pour Hamilton
Au restart, Hamilton ne parvient pas à recoller au groupe de tête. Devant, Mercedes déroule et signe un doublé clinique à Monza. Derrière, la Ferrari n°44 reste coincée dans le ventre mou de la course, sans jamais réellement menacer les leaders. Au bout du compte, le Britannique coupe la ligne à la sixième place, loin des ambitions affichées au départ.
Le classement général, lui, ne pardonne pas. À 41 ans, Hamilton se présentait à Monza à égalité de points avec George Russell, deuxième du championnat. Il en ressort avec 10 unités de retard sur son ancien équipier chez Mercedes, et surtout à 76 longueurs du leader, Andrea Kimi Antonelli, vainqueur du jour.
« Je pense qu’aujourd’hui, on a perdu énormément de terrain sur [Mercedes] au championnat », lâche Hamilton. Puis tombe la phrase qui résume son état d’esprit : « C’est beaucoup trop tard pour prendre ce genre de décisions. C’est trop tard. Tout ce que je peux faire, c’est continuer à venir, me lever demain matin et donner le maximum. »
Il ne se fait d’ailleurs aucune illusion sur l’ampleur de la tâche qui l’attend : « Ce n’est jamais fini tant que ce n’est pas fini. Je ne sais pas combien de points c’est maintenant, mais je suis sûr que c’est 60, 70. Avec le rythme qu’ils ont, c’est un écart très, très difficile à combler. »
Zandvoort, premier avertissement ignoré
Le débat sur la hiérarchie interne chez Ferrari ne naît pas à Monza. Il couve depuis Zandvoort. Aux Pays-Bas, Hamilton, mieux placé que Leclerc au championnat, avait déjà quitté le paddock avec un goût amer. Sur une stratégie différente, Leclerc occupait alors la troisième place, avec des pneus plus usés. Hamilton, plus rapide avec des gommes fraîches, estimait que l’équipe tardait à libérer la voie pour lui permettre d’attaquer le podium.
Quand Ferrari finit par rappeler Leclerc aux stands, le Britannique crache sa frustration à la radio : « Super manière de perdre du temps, bien joué. » Il présentera ensuite ses excuses, mais le message est passé : Hamilton réclame une gestion plus tranchée, plus assumée, de la part du mur des stands.
À Monza, au lieu de s’apaiser, la situation s’enflamme dès le premier tour. Leclerc parle d’un duel « beaucoup trop proche » au virage 1 avec son équipier. Il explique avoir mordu largement sur le vibreur intérieur en tentant de tourner, sans être certain qu’il y ait eu contact entre les deux Ferrari.
« J’étais beaucoup sur le vibreur intérieur et j’ai essayé de faire le virage, mais je ne l’ai pas refermé assez serré, raconte le Monégasque. Ensuite, je n’ai vu que dans les rétros ce qui se passait, ce qui n’est jamais ce que vous voulez entre deux voitures de la même équipe. »
Hamilton, lui, voit les choses autrement : « J’étais devant au virage 2, selon l’éthique, j’étais devant. Il n’y avait pas de “nous” dans cette histoire. »
Feu sous la cendre entre équipiers ?
À la question de savoir si les tifosi doivent craindre une guerre ouverte entre les deux pilotes Ferrari, Hamilton coupe court : il se pose en garant d’un certain code de conduite.
« Je ne cours pas de manière sale. J’ai toujours couru proprement, équitablement, en laissant de la place. Ils ne devraient pas s’inquiéter à mon sujet, assure-t-il. Je suis arrivé dans l’équipe en essayant d’être respectueux de l’espace de chacun et de ne certainement pas mettre l’équipe en danger. Je maintiens cela et c’est tout ce dont je peux parler. »
Le message est clair : s’il y a un problème, il ne vient pas de lui. Reste que la tension existe, et qu’elle se voit. Et dans une saison où chaque point arraché à Mercedes compte double, Ferrari ne peut plus se permettre de laisser ses deux pilotes se neutraliser.
Le patron, Frédéric Vasseur, ne se cache pas derrière son pupitre. L’incident du premier tour ? « Pas bon », tranche-t-il. Mais le Français tient à rappeler que toutes les grandes équipes doivent gérer ce type de bras de fer interne.
Il glisse au passage un exemple parlant : « L’an dernier, Oscar Piastri menait McLaren à ce stade de la saison, et si McLaren avait tout misé sur Piastri, Max Verstappen aurait quand même été champion. » Sous-entendu : verrouiller trop tôt la hiérarchie ne garantit rien, surtout face à une machine à gagner comme Red Bull… ou aujourd’hui Mercedes.
« À un moment, il faut prendre une décision, reconnaît Vasseur. Mais je pense qu’il était trop tôt pour le faire avant Monza. Maintenant, nous avons le temps de discuter avec les gars. »
« Si on continue sur la même voie, on aura le même résultat »
Hamilton, lui, cible un autre chantier : la communication interne. Pour lui, Ferrari tourne en rond.
« Si on continue à voyager sur le même chemin, on obtient le même résultat, insiste-t-il. Et c’est ce qui se passe : on obtient toujours le même résultat. Il faut changer des choses, parce que ça ne nous aide pas à aller de l’avant. Je pense qu’ils sont réceptifs à ça et on en parlera en interne. »
La phrase claque comme un avertissement. Pas une menace, pas un coup de sang, mais le constat d’un champion qui voit les points s’envoler pendant que son ancienne équipe, Mercedes, s’enfonce un peu plus le couteau dans la plaie de Ferrari, et ce, à Monza, devant son propre peuple.
Le décor est planté : un Hamilton encore capable de se battre pour les premières places, un Leclerc décidé à ne pas s’effacer, une équipe qui hésite à trancher. La saison, elle, ne ralentit pas. Et chaque week-end où Ferrari tarde à choisir sa voie rapproche un peu plus le titre d’un autre garage.




