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Kimi Antonelli remporte un Grand Prix d'Italie spectaculaire

Kimi Antonelli a pris le départ 19e. Il a vu la grille s’étirer devant lui, la mer rouge des tifosi attendre un miracle rouge. Il est allé leur en offrir un… au volant d’une Mercedes.

À l’arrivée, l’Italien coupait la ligne en vainqueur d’un Grand Prix d’Italie renversant, au terme d’une remontée d’anthologie qui le fait entrer dans l’histoire. Seul John Watson avait fait mieux, en s’imposant depuis la 22e place à Long Beach en 1983. Quarante-trois ans plus tard, Monza a trouvé un nouveau héros.

De la pénalité au chef‑d’œuvre

La journée d’Antonelli avait commencé avec une mission bien plus modeste : limiter la casse. Une pénalité pour dépassement du quota de pièces moteur l’envoyait au fond de la grille, tandis que son équipier George Russell s’élançait deuxième avec une occasion rêvée de réduire l’écart au championnat.

Dès les premiers tours, Antonelli attaque sans excès, propre, méthodique. Au troisième passage, il pointe déjà 12e lorsque Charles Leclerc perd l’arrière à la Parabolica en défendant face à Oscar Piastri, finit dans les barrières et provoque un drapeau rouge. Le Monégasque est indemne, mais la Ferrari est détruite. Le décor du drame est planté pour la Scuderia.

Au moment de l’interruption, Russell a pris les commandes à Pierre Gasly, poleman surprise avec l’Alpine. Tout semble sous contrôle pour le Britannique. La relance va tout bouleverser.

Le train de tête, puis la fusée Antonelli

Au restart, le peloton se compacte, les leaders se suivent pare-chocs contre pare-chocs. C’est là qu’Antonelli se met en marche. Tour après tour, il remonte, sans geste brusque mais avec une détermination glaciale.

Quatre boucles après la reprise, Russell mène un train de six voitures. Tout au bout, Antonelli. Gasly commence à reculer, l’Italien le dépose, puis s’occupe de Lewis Hamilton et enfin de Piastri. En quelques manœuvres chirurgicales, il se retrouve dans un trio de tête incandescent avec Max Verstappen et Russell.

Le Néerlandais s’empare brièvement du commandement au 11e tour. Trois boucles plus tard, Russell reprend l’avantage, tandis qu’Antonelli dépasse la Red Bull au deuxième freinage. Les Mercedes se retrouvent seules devant, Verstappen dans leurs échappements, spectateur privilégié de ce duel interne.

Du 17e au 24e tour, les deux flèches d’argent se livrent à un corps à corps à haute vitesse, se dépassent, se répondent, jouent avec les modes de puissance et les systèmes de dépassement de leurs blocs hybrides. Derrière, Verstappen attend la moindre erreur.

À la radio, le ton monte. On demande à Russell d’augmenter le rythme pour se donner de l’air sur la Red Bull. Antonelli entend, comprend le sous‑texte. Sa réponse trahit la tension : doit‑il vraiment rester sagement derrière et renoncer à la victoire ?

Le pari stratégique qui change tout

La course bascule quelques minutes plus tard. Lance Stroll gare son Aston Martin au premier virage, la direction de course déclenche une voiture de sécurité virtuelle. C’est le moment que choisit le mur des stands d’Antonelli pour tout oser : arrêt pour chausser des pneus neufs. Russell, lui, reste en piste, condamné à gérer ses gommes jusqu’au bout. Verstappen imite Antonelli.

L’Italien ressort sixième, à 15 secondes de son équipier. Sur le papier, l’écart semble colossal. Sur le bitume, il fond à vue d’œil.

Gasly, Lando Norris, Hamilton, Piastri : tous y passent. Chaque dépassement rapproche un peu plus Antonelli de la Mercedes de tête. Russell commence à souffrir, ses pneus se dégradent, les temps au tour s’effritent. À cinq tours de l’arrivée, au 48e passage, les deux flèches sont de nouveau l’une derrière l’autre.

La première offensive a lieu au 50e tour. Antonelli plonge au premier freinage, mais se retrouve sur les marbles, ces billes de gomme traîtresses, à l’entrée de la deuxième partie de la chicane. Il glisse dans les graviers, perd du temps, retombe à 1,7 seconde.

On pourrait croire le moment manqué. En réalité, ce n’était qu’un contretemps.

Avec un rythme d’un autre monde, Antonelli efface le retard en quelques virages. Entre les Lesmo et Ascari, il se décale, profite de son adhérence supérieure et dépasse Russell sans résistance réelle. Le Britannique sait que la bataille est perdue, ses pneus à l’agonie ne peuvent plus répondre.

Russell résigné, Antonelli acclamé

À la radio, Russell sonne presque fataliste. Il explique qu’en voyant le nom d’Antonelli déjà en cinquième ou sixième position quelques tours après le restart, il a compris que son équipier serait dans le coup pour la victoire. Il admet sa difficulté à gérer ses gommes en fin de course. Une journée qui aurait pu relancer le championnat se transforme en claque psychologique.

Devant, Antonelli file vers un succès monumental. Les tribunes de Monza, habituées à vibrer pour Ferrari, se lèvent pour un pilote Mercedes. Les drapeaux rouges se mêlent aux bannières argentées, les applaudissements couvrent le hurlement des V6. Au drapeau à damier, l’ovation est totale. L’Italie a trouvé un nouveau chouchou, même si sa monoplace n’est pas rouge.

« Je ne m’y attendais pas. Incroyable. Je suis tellement heureux, je n’aurais jamais imaginé être ici aujourd’hui », lâche-t-il. Quelques mots simples pour un exploit qui ne l’est pas.

Avec cette victoire, Antonelli porte son avance au championnat à 66 points. Un gouffre.

Verstappen solide, McLaren en réaction

Dans l’ombre de ce numéro solo, Max Verstappen signe pourtant une prestation solide. Parti sixième, il remonte jusqu’au podium et se bat longtemps à armes égales avec les Mercedes. À la fin, il doit céder face au rythme des voitures argentées et sa stratégie d’arrêt le replace derrière Piastri, Hamilton et Norris.

Ses pneus plus frais lui permettent de remonter jusqu’à la troisième place, mais pas davantage. La marche vers les Mercedes est trop haute.

Derrière, Norris construit patiemment sa course. Il dépasse Hamilton, puis fond sur un petit train emmené par Verstappen et Piastri. Dans les derniers tours, il tente une attaque sur l’Australien à la sortie de la Curva Grande, se retrouve poussé vers l’herbe à l’extérieur en approchant de la deuxième chicane. Il se plaint à la radio, le muret rappelle Piastri à l’ordre : on lui demande de rester dans les limites.

La pression finit par payer. Norris trouve l’ouverture dans le dernier tour et s’offre une belle remontée, symbole d’un week‑end de réaction pour McLaren après un début de course compliqué.

Ferrari manque son rendez‑vous, Alpine sauve les meubles

Pour Ferrari, ce Grand Prix d’Italie tourne au rendez‑vous manqué. Leclerc dans le mur dès les premiers tours, Hamilton seulement sixième à l’arrivée : le temple de la vitesse n’a pas offert la fête attendue aux tifosi.

À l’inverse, Alpine peut souffler. Gasly, auteur d’une pole sensationnelle grâce à un tour parfait et quelques compromis techniques, ne pouvait espérer tenir la tête face aux cadors. Le rythme de course de l’A523 ne permettait pas de défendre longtemps. Mais une septième place reste un excellent résultat dans la bataille pour la cinquième position du championnat constructeurs, face aux Racing Bulls.

Objectif atteint : Gasly termine devant les voitures de Faenza. Derrière lui, Arvid Lindblad se hisse huitième, devant la deuxième Alpine de Franco Colapinto, tandis que Yuki Tsunoda complète le top 10 pour Racing Bulls.

Un tournant dans la saison ?

Monza n’oubliera pas cette course. Une remontée depuis la 19e place, une victoire conquise à la force du poignet, un équipier dominé à domicile devant un public acquis à la cause du vainqueur. C’est plus qu’un succès, c’est une démonstration.

Antonelli a signé la plus belle performance de sa saison déjà étincelante. Russell, lui, sait qu’il vient de laisser passer une chance rare. Le championnat semble désormais pencher lourdement d’un côté.

Reste une question, simple et brutale : après un tel coup de force au temple de la vitesse, qui peut encore empêcher Kimi Antonelli de transformer cette année en couronnement ?