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Jobe Bellingham : Sa Propre Trajectoire en Sélection

Jobe Bellingham, l’ombre du frère et la lumière enfin pour lui

On pourrait croire à un conte éclair, une ascension soudaine. En réalité, la convocation de Jobe Bellingham en sélection A d’Angleterre est le dernier chapitre d’une trajectoire patiemment construite, presque calquée sur celle de son frère aîné Jude, mais avec sa propre signature.

Même origine, autre chemin

Les deux frères ont grandi dans le même décor : l’académie de Birmingham City, ce vivier devenu presque mythique depuis l’explosion de Jude. Jobe y a suivi la même route, les mêmes terrains, les mêmes vestiaires. Mais pas la même lumière.

Son baptême du feu avec l’équipe première de Birmingham arrive à 16 ans et 107 jours, soit 69 jours plus tard que Jude au moment de sa première apparition. Les comparaisons démarrent aussitôt. Elles ne le quitteront plus.

Plutôt que de se laisser avaler par le nom, Jobe choisit de l’apprivoiser. Sur son maillot, pas de « Bellingham ». Juste « Jobe ». Une idée soufflée par un ancien entraîneur, qu’il a tout de suite adoptée : afficher qu’il trace sa propre route, même si l’ADN familial ne trompe personne.

Après Birmingham, il file à Sunderland, s’installe au cœur du jeu, participe à la montée en Premier League. Une étape clé, loin des projecteurs madrilènes de Jude, mais déterminante pour se forger un caractère et un statut. Puis vient le grand saut vers l’Allemagne : Borussia Dortmund, à 19 ans, pour un transfert pouvant atteindre 31 millions de livres. Le même club qui avait servi de rampe de lancement à son frère, deux ans plus tôt.

Un profil différent, une même exigence

Ceux qui s’attendent à un clone de Jude se trompent de dossier. Jobe joue plus bas, plus ancré dans le cœur du milieu. Un relayeur profond, costaud, capable de tenir le ballon sous pression et d’imposer son physique dans les duels.

Il n’a pas le même registre créatif que son aîné, mais il dégage la même autorité naturelle. En équipe d’Angleterre U21, il porte le brassard. Capitaine des Young Lions, repère technique et mental. Thomas Tuchel, sélectionneur de l’Angleterre, rappelle que Lee Carsley, le coach des U21, milite depuis un moment pour qu’il soit récompensé au niveau supérieur.

« C’est le joueur qui se détache, c’est le capitaine », souligne Tuchel. Pour lui, la porte doit rester ouverte à ceux qui enchaînent les performances de haut niveau sur la durée. Jobe a coché ces cases. Il a trouvé son rythme à Dortmund, enchaîne les titularisations, pèse sur les matchs. Le mérite, pas l’héritage.

Tuchel insiste d’ailleurs sur ce point : la présence de Jude en sélection facilite l’intégration de son cadet, mais ne l’explique pas. Jobe est convoqué pour ce qu’il montre, pas pour ce qu’il s’appelle.

Une opportunité saisie au bon moment

Le timing joue aussi en sa faveur. Pour cette trêve internationale, l’Angleterre reçoit la Croatie à Wembley le 12 novembre, avant un déplacement à Madrid pour affronter l’Espagne le 15. Le milieu d’Arsenal Myles Lewis-Skelly est suspendu pour le premier match, Alex Scott, brillant lors du 7-0 contre la Croatie le mois dernier, est blessé.

Un créneau se libère. Tuchel parle d’« opportunité naturelle » pour Jobe. Une ouverture dans un secteur clé du jeu, où il rejoint un groupe de cinq milieux axiaux. Un groupe relevé, dans lequel il arrive avec un profil plus défensif que celui de Jude, mais avec des arguments clairs : puissance, conservation du ballon, volume de course, impact physique.

Le sélectionneur décrit un garçon ouvert, calme, souriant, impatient de marquer les esprits. L’état d’esprit idéal pour un premier rassemblement, sans promesse de temps de jeu, mais avec la perspective d’apprendre très vite.

De la timidité à l’affirmation à Dortmund

Ce visage sûr de lui, l’Allemagne ne l’a pas toujours vu. À son arrivée à Dortmund en provenance de Sunderland, l’hiver dernier, Jobe paraît sur la retenue. Timide dans ses prises de décision, presque obsédé par l’idée de ne pas commettre d’erreur. Ses passes restent sages, rarement tranchantes. Les défenses adverses ne tremblent pas encore.

Même Niko Kovac, son entraîneur, avoue sa surprise devant le temps nécessaire pour le voir vraiment à l’aise en Bundesliga. La marche semble haute. Trop haute ? Jobe répond à sa manière : travail au quotidien, surtout en salle de musculation, pour gagner en explosivité et en puissance. Et une chose essentielle : du temps de jeu. Dortmund lui offre des minutes, des titularisations, des responsabilités.

La fin de saison change tout. Son jeu s’accélère, sa lecture des espaces aussi. Il décide plus vite, joue plus fort, plus haut. L’intensité grimpe d’un cran. Malgré cela, Dortmund recrute Joey Veerman l’été dernier, spécialiste des passes qui cassent les lignes. Un message clair : rien n’est acquis. La place de Jobe dans le onze de départ n’a rien d’assuré.

Une nouvelle dimension, un match référence

La réponse arrive sur le terrain. Ces dernières semaines, Kovac l’utilise plus haut, dans un rôle de numéro 10, l’un des deux joueurs positionnés derrière l’attaquant. Là, Jobe se projette dans le dernier tiers, percute balle au pied, presse avec agressivité. On le voit plus souvent dans la surface, plus proche des zones décisives.

Son match nul 2-2 contre Bayern Munich, en Bundesliga samedi dernier, reste à ce jour sa prestation la plus aboutie depuis son arrivée en Allemagne. Volume, intensité, justesse dans les zones dangereuses : il ne se contente plus de participer, il influence.

C’est ce joueur-là que l’Angleterre accueille aujourd’hui. Pas seulement le « frère de », pas seulement le capitaine des U21, mais un milieu en pleine ascension, déjà remodelé par l’exigence de la Bundesliga.

La belle histoire de famille, Tuchel la revendique. Deux frères, mêmes racines, mêmes couleurs nationales, trajectoires entremêlées. Mais pour Jobe, l’enjeu dépasse largement la photo de famille. À Wembley, puis peut-être à Madrid, il a l’occasion de prouver que son prénom sur le dos n’est pas un geste symbolique. C’est une déclaration d’intention.

Jobe Bellingham : Sa Propre Trajectoire en Sélection