India reprend le trône asiatique après une victoire éclatante contre Sri Lanka
À Dubaï, la soirée avait tout d’un règlement de comptes. Deux ans après avoir laissé filer le trophée face à Sri Lanka en finale, India est revenue avec une idée fixe : reprendre ce qui lui appartenait. Smriti Mandhana et Shafali Verma ont posé le décor. Deepti Sharma et Kranti Gaud ont éteint tout espoir adverse. Au bout, un succès autoritaire, bâti sur 183/5, puis sur une défense sans panique qui a rapidement étouffé la poursuite sri-lankaise.
Mandhana–Shafali, ouverture de luxe
Harmanpreet Kaur avait prévenu au toss : “match important, on veut des runs au tableau”. Son duo d’ouvreuses a appliqué le plan à la lettre. Sur la première over de Mithali Ayodhya, Smriti Mandhana ouvre le bal avec un coup ciselé derrière point. Trois balles plus tard, le ton est donné : India ne compte pas subir.
Kavisha Dilhari entre, et Shafali Verma se met en marche. Coup de poing sur la back foot dans les couvertures, slog sweep sur mid-wicket : deux frontières d’entrée, les épaules se détendent. Les premières overs passent, la pression supposée d’une finale glisse sur les batteuses indiennes.
La cinquième over, signée Chamari Athapaththu, fait basculer l’atmosphère. Shafali la salue d’un quatre, puis déclenche le premier six, plein champ, au-dessus de long on. Elle file déjà vers la trentaine. Dans le même temps, un coup dur pour Sri Lanka : Vishmi Gunaratne se tord la cheville en tentant une intervention dans le champ et doit quitter le terrain sur civière. Un symbole cruel pour une équipe déjà sous le feu.
À la fin du powerplay, India est à 57/0. Les chiffres sont solides, mais le plus impressionnant, c’est l’aisance. Les deux gauches droites de l’ordre supérieur jouent sans forcer, choisissent leurs zones, étirent le champ.
Shafali enchaîne, Mandhana accélère
Chamudi Praboda tente d’enrayer la machine avec son bras gauche. Elle n’y parvient pas. Shafali la vise tout de suite : inside-out au-dessus des cordes, puis frappe entre deep mid-wicket et square leg. Douze runs dans l’over, la frappeuse atteint 47.
Dilhari revient, et Shafali franchit la barre symbolique. Un nouveau quatre, et voilà sa 21e demi-centre dans ce format, sa troisième dans cette édition. Le timing est parfait, la gestuelle simple, la confiance évidente.
Smriti, elle, monte tranquillement en puissance. Athapaththu subit à son tour : inside-out lumineux pour quatre, puis sweep majestueux pour six face à Nilakshi. La centaine tombe, puis le cinquantième de Smriti, célébré par un coup tranchant derrière square. Après 12 overs, India est à 121/0, la finale semble déjà pencher lourdement.
Deux coups d’arrêt, mais le banc répond
C’est justement au moment où le partenariat paraît intouchable que Sri Lanka trouve enfin une ouverture. Athapaththu, revenue au lancer, provoque une incompréhension fatale : Harmanpreet coupe vers le point et appelle un single qui n’existe pas. Smriti se sacrifie, run out pour 59 sur 39 balles. Les deux ouvreuses, qui avaient posé des fondations de rêve, se séparent dans la confusion.
Peu après, Shafali a déjà quitté la scène (son départ est intervenu plus tôt dans l’innings), et India doit se réorganiser autour de sa capitaine et de Richa Ghosh. Le rythme retombe un instant. Sugandika Kumari enchaîne une over sans frontière, la première depuis longtemps. Le stade se calme, Sri Lanka sent une brèche.
La réaction vient de Richa. Face à Mithali, elle déclenche un énorme heave pour six au-dessus de deep mid-wicket, puis enchaîne par un quatre cinglant côté off. En quelques balles, elle relance la machine. Harmanpreet, plus discrète, grappille, trouve enfin une faille avec un quatre derrière square, mais ne parvient pas à s’installer durablement. Elle finit par se trouer sur une tentative de gros coup, captée à deep mid-wicket pour 14.
Sri Lanka finit bien l’over suivante : Mithali trouve d’abord la capitaine indienne, puis provoque un run out précieux. Sur une tentative de double, Deepti Sharma est surprise, courte de quelques centimètres. Deux wickets en deux balles, et India vacille brièvement à 167/5.
Kamalini conclut, 183 comme déclaration
Il reste une over à jouer, signée Sugandika Kumari. Gunalan Kamalini, préférée à Pratika Rawal dans le onze, a peu de temps pour s’exprimer mais le fait avec sang-froid. Elle fouette à travers la ligne pour deux, prend ce que le terrain lui offre, puis profite d’un inside edge chanceux pour une frontière. La dernière balle est la plus importante : elle part en six, plein champ. India boucle son innings sur 183/5, un total imposant dans le contexte d’une finale.
Sur ce terrain, sous cette pression, Sri Lanka sait qu’il faudra un début parfait. Elle ne l’aura pas.
Kranti frappe d’entrée, Athapaththu résiste
La poursuite commence avec un mélange d’audace et de nervosité. Imesha Dulani ouvre par un scoop pour quatre sur la première balle de Kranti Gaud. Sur la suivante, elle tente exactement le même coup. Mauvaise idée. La pacer indienne vise le bloc, touche le leg stump et renvoie l’ouvreuse pour 4. Kranti accompagne son succès d’un send-off appuyé, qui fera peut-être parler plus tard, mais sur le moment, India s’en nourrit.
Sri Lanka se tourne alors vers son duo clé : Athapaththu et Vishmi Gunaratne, revenue malgré sa cheville malmenée. Nandani Sharma et Kranti tiennent pourtant la bride courte. Les dot balls s’enchaînent – quatorze sur les 23 premières balles – et le tableau affiche 21/1 après quatre overs. Athapaththu finit par lever la balle au-dessus des couvertures pour un premier quatre, puis claque à travers point, mais India garde le contrôle.
Shafali, déjà héroïne au bâton, prend le ballon. Athapaththu la vise immédiatement : premier swing dans le vide, puis un missile plat pour six au-dessus de square leg. Un quatre suit, levé au-dessus de mid-on. La capitaine sri-lankaise refuse de lâcher, remonte à 36 sur 32 balles, et maintient un mince espoir.
Deepti ferme la porte
Ce mince espoir, Deepti Sharma va le refermer en deux overs. Introduite pour casser le rythme, elle concède un bord extérieur pour quatre à Athapaththu, mais ne s’affole pas. Quand la capitaine sri-lankaise décide de danser sur la piste, de sortir pour frapper long, Deepti la bat en vol. La balle passe, Richa Ghosh garde les nerfs, enlève les bails : stumping net, Athapaththu s’en va pour 36. Un silence lourd tombe sur le camp sri-lankais.
Harshitha Samarawickrama arrive, mais Deepti ne relâche pas. Gunaratne, déjà touchée physiquement, insiste avec le sweep. Mauvais choix. Cette fois, la jambe est découverte, la balle heurte le leg stump. Deuxième wicket dans l’over, Vishmi repart pour 20 sur 22. La colonne vertébrale de la poursuite est brisée.
Sri Lanka glisse à 63/3 au bout de 10 overs. La mission devient presque théorique.
Une fin sans frisson
Harshitha et Nilakshi Silva tentent de reconstruire, de grappiller, de jouer les angles. Quelques revers sweeps, quelques courses bien jugées, mais rien qui menace réellement le total indien. Les spinners – Deepti, Shafali, Charani – varient les vitesses, les trajectoires, et grignotent les overs comme on éteint une mèche.
Les singles succèdent aux dots, un deux discret ici ou là, une limite isolée, mais le tableau d’affichage n’accélère jamais assez. India, elle, joue avec la sérénité d’une équipe qui a appris de ses cicatrices de 2024. Pas de panique, pas de surenchère, simplement une exécution froide.
Quand le douzième over s’achève sur un simple sweep de Harshitha, India est déjà “bien et véritablement aux commandes”, comme on dit. Le reste n’est qu’une longue confirmation.
La revanche est prise. Le titre asiatique revient dans le vestiaire bleu, porté par une ouverture de rêve, une profondeur au bâton retrouvée, et une maîtrise au lancer incarnée par Deepti Sharma. Une question demeure désormais : avec cette génération qui s’affirme et ce banc qui répond présent, jusqu’où cette équipe peut-elle pousser son ascension sur la scène mondiale ?




