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Dunkley illumine Worcester et l’Angleterre conclut l’été en beauté

Sur la pelouse de New Road à Worcester, l’Angleterre a refermé son été international avec une signature nette, tranchante. Une victoire de 114 runs, un 3-0 sec dans la série, et au cœur du tableau, une joueuse : Sophia Dunkley.

Son 119 au rythme parfait – 119 balles, 119 runs – a donné le ton et presque tout dicté. Avec elle, l’Angleterre a bâti un 291 qui, dans ce duel à sens unique entre batteuses et lanceuses, ressemblait très vite à une montagne pour l’Irlande.

Un centenaire qui installe une nouvelle ouverture

Privée de Tammy Beaumont depuis sa retraite en début d’année, l’Angleterre cherchait une nouvelle paire d’ouverture crédible. À Worcester, la réponse a pris une forme limpide : Dunkley et Maia Bouchier.

Les deux droitières ont posé les bases avec une première association de 73 runs. Bouchier, encore une fois fluide et sûre d’elle, a ajouté 39 runs et confirmé sa série pleine. Pendant qu’elle monopolisait le strike au début, Dunkley s’installait, calme, presque en retrait. Son cinquantième run tombe après 63 balles, dans un tempo maîtrisé.

Puis tout s’accélère. Libérée, Dunkley change de registre et cogne son deuxième cinquante en seulement 37 balles. Longtemps cataloguée comme joueuse de côté jambe, elle a montré une palette bien plus large : coups puissants à travers le off-side, répartition des runs presque équilibrée des deux côtés du wicket. Un ajustement technique net, et une maturité de frappeuse qui saute aux yeux.

L’Irlande tente de la bousculer avec des balles courtes, des champs resserrés vers les sweeper. Dunkley gère, prend ses simples, choisit ses moments. Elle ne cède que sur un geste de classe adverse : une prise splendide de Orla Prendergast à deep square leg, dans la 36e over.

Entre-temps, Jodi Grewcock avait gâché une belle plateforme avec 35 runs avant un retour de balle malheureux dans les mains de la lanceuse, et Alice Capsey avait été victime d’un run out cruel en backing up pour 10. Mais l’ossature de l’innings, elle, portait un seul nom.

Un total qui promettait plus haut

À 260 pour 4, l’Angleterre regardait franchement vers les 300, voire davantage. Freya Kemp et Dani Gibson semblaient prêtes à faire exploser la fin d’innings. Kemp, agressive, ajoute 23 et vise la longue-on. Sa tentative finit dans les mains de la défense. Et tout bascule.

Son wicket déclenche un effondrement brutal : les six derniers wickets tombent pour seulement 31 runs. Une série de scores à un chiffre, une fin de manche gâchée, et sept balles encore inutilisées lorsque le dernier wicket tombe à 291.

Gibson sauve un peu les meubles au milieu de ce trou d’air, avec un meilleur score en ODI à 41, mais l’élan s’est évaporé. L’Angleterre ne frappe que sept boundaries après la sortie de Dunkley. La domination initiale se transforme en frustration.

En face, l’Irlande ne lâche pas complètement. La leg-spinner Cara Murray mène la révolte avec la balle : 4 wickets pour 56, des variations intelligentes, une lecture fine des conditions. Avec elle, les visiteuses limitent les dégâts et empêchent le total de devenir historique. Mais le mal est déjà fait : sur ce terrain, 291 ressemble encore à un sommet.

Une poursuite irlandaise sans souffle

Pour espérer, l’Irlande devait démarrer vite, frapper fort. Rien de tout cela n’arrive. La poursuite se traîne, le run-rate grimpe, et la pression devient étouffante.

Amy Hunter s’accroche, signe 39 runs en 58 balles, mais personne autour d’elle ne parvient à changer le tempo. Aucun frappeur ne dépasse un strike-rate de 100. Les overs défilent, les points requis s’empilent, et la partie se fige.

L’Angleterre, elle, gère sans trembler. Mady Villiers et Lauren Filer se partagent le rôle de démolisseuses, trois wickets chacune, des lignes agressives et une constance qui étouffe toute tentative de révolte. L’Irlande finit à 177 en 44,2 overs, loin, très loin de l’objectif.

Ce troisième ODI, comme les deux premiers, ne laisse place à aucune ambiguïté : l’écart entre les deux équipes reste large, presque inconfortable.

Un été étrange, mais des réponses claires

Ce 3-0 ne ressemble pas à une campagne classique. L’Angleterre a vécu une série en marge, avec une partie de ses cadres laissées au repos : Lauren Bell, Sophie Ecclestone, Nat Sciver-Brunt. Une décision assumée, qui a ouvert la porte aux joueuses de l’ombre, comme Grewcock ou Tilly Corteen-Coleman, et à des expérimentations assumées.

Le paradoxe est là : alors que l’équipe cherche de la stabilité en ODI, le calendrier international lui offre très peu de rendez-vous dans ce format. L’automne reste flou, même si une série multi-format face aux West Indies et trois ODI contre le Sri Lanka figurent au programme, sans dates confirmées. Le prochain ODI à domicile n’arrivera qu’avec les Ashes l’été prochain.

Dans ce contexte morcelé, chaque match compte double. Chaque réponse trouvée pèse lourd. L’ouverture, notamment, était un vrai point d’interrogation. Avec un siècle chacune dans cette série, Dunkley et Bouchier ont saisi leur chance. Le niveau ne sera pas le même face à l’Australie, et personne dans le vestiaire ne s’y trompe, mais l’Angleterre ne peut affronter que ce que le calendrier lui propose.

Dunkley, déjà proche de la centaine à Leicester avec 73, puis victime d’un running hasardeux de Bouchier à Derby, tenait son histoire. Elle l’a enfin écrite à Worcester.

Et maintenant ?

La suite se jouera loin de Worcester. L’Angleterre ne se retrouvera pas avant le Champions Trophy en février, sauf confirmation de ce programme d’automne encore en suspens. Nat Sciver-Brunt devrait logiquement reprendre sa place au numéro trois. Le staff devra trancher une autre question sensible : Capsey gardera-t-elle les gants au détriment d’Amy Jones ?

Pour l’instant, une certitude s’impose : en haut de l’ordre, Dunkley et Bouchier ont transformé un casse-tête en option solide. Et si l’Irlande n’est pas l’Australie, ces runs-là, dans un été rare en ODI, pourraient bien compter lorsque les Ashes reviendront frapper à la porte.