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Dunkley brille à New Road avec un siècle magistral

Sous un ciel encore chargé par la pluie nocturne, New Road s’est peu à peu teinté de vert. Pas seulement celui de la pelouse regonflée par l’averse, mais celui de l’Irlande qui, après avoir subi, a fini par grignoter l’Angleterre balle après balle.

Au cœur de tout, une manche magistrale : celle de Sophia Dunkley.

Dunkley, cent coups de maître

Son cent est venu comme on bâtit une grande manche internationale : patiemment, puis en imposant sa loi. Sophia Dunkley atteint les 100 points sur exactement 100 balles. Un chiffre rond, un geste net : gant frappé, casque enlevé, batte levée. Elle semble émue, et il y a de quoi. C’est son deuxième siècle international, construit d’abord dans la retenue, puis dans la domination totale.

Avant ce moment, elle avait déjà pris le contrôle du tempo. Des drives ciselés, des cuts croustillants, un on-drive de manuels de coaching. Les limites s’enchaînent : un coup de fouet à travers les couvertures, un coup de rein côté jambe sur une balle mal ajustée de Kelly, un pull pour passer dans les 90. Elle grimpe, sans jamais donner l’impression de forcer.

À ses côtés, Seren Grewcock joue la partenaire idéale. Longtemps contenue, elle attend son heure. Son premier boundary n’arrive qu’à sa 26e balle, un on-drive d’école, superbe de pureté. Elle enchaîne avec un drive contrôlé pour quatre, pose la pose, presque comme une affiche. L’Angleterre navigue alors tranquillement : 141-1, puis 146-1, 153-1… Dunkley est « tellement dominante » que les Irlandaises semblent réduites à limiter la casse.

L’Irlande plie, puis trouve une brèche

Le match change de ton quand Orla Prendergast, Cara Murray, Arlene Kelly et leurs partenaires cessent de subir la partition de Dunkley pour commencer à la déchirer par endroits.

Le premier tournant vient de Murray. Elle brise le partenariat avec Grewcock : une petite avancée, une balle remise tout droit dans ses mains, prise près des chevilles. Grewcock part pour 35, juste au moment où elle semblait vraiment à l’aise. Dunkley, elle, continue sa marche, franchit la barre des 110, tient l’Angleterre par la main.

Puis survient le coup dur le plus cruel pour les locales : le run-out d’Alice Capsey. Dunkley frappe en ligne, McCartney effleure la balle du bout du pouce, la dévie sur les stumps. Capsey est hors de sa zone, condamnée. Dix points seulement, un départ au pas lourd. L’Angleterre est à 200-3, mais la dynamique n’est plus tout à fait la même.

McCartney boucle ensuite un long sort de dix overs pour 1-53, sérieux, appliqué, qui vaut bien plus que sa ligne de stats.

Un siècle, puis la chute

La manche de Dunkley reste le fil rouge. Elle monte à 115, puis 119, toujours avec cette impression de contrôle. Elle tente enfin ce qu’elle n’a pas encore réussi de tout l’innings : un six. Le geste est beau, la trajectoire aussi… mais elle trouve Prendergast à deep midwicket. La plus grande Irlandaise, parfaitement équilibrée sur la corde, garde son sang-froid et prend la prise.

Dunkley s’en va pour 119. New Road l’applaudit, l’Irlande respire. L’Angleterre est alors 214-4, et tout à coup, les dernières 15 overs ne ressemblent plus à un long défilé de coups de batte.

Freya Kemp et Danielle Gibson reprennent le flambeau. Kemp se tient droite, puis s’abaisse sur les genoux pour fouetter un quatre à travers les couvertures face à Little, puis un autre, majestueux, en cut glissé après une glissade malheureuse en bord de limite. Gibson, elle, commence plus calmement avant de lâcher un premier six sur McCartney, envoyé au-dessus de long off comme un coup de massue.

L’Angleterre semble prête à repartir de plus belle.

Murray et Kelly sonnent la révolte

C’est à ce moment que la résistance irlandaise prend corps. Murray, surtout, se met à démonter l’ordre établi.

Elle commence par Kemp : une avancée, un loft monstrueux qui semble promis au parking. Mais la balle tombe sur le fil de la corde. Gaby Lewis se jette en arrière, bras tendu, et réalise une prise spectaculaire. Kemp repart pour 23 sur 21 balles, une contribution rapide, stoppée net.

Trois balles plus tard, c’est Charlie Dean qui vit un mini-ascenseur émotionnel. Premier ballon : un full toss qu’elle expédie pour quatre. Le suivant flotte dans l’air, Dean le frôle, Hunter s’en empare proprement. Murray signe un over à double prise. L’Angleterre, qui visait un finish débridé, se retrouve soudain à 264-6, frein d’urgence tiré.

Murray n’en a pas terminé. Elle attire ensuite Villiers hors de sa zone de confort : une petite avancée, une offrande levée vers deep midwicket, et Lewis attend dessous. Villiers tombe pour 3, l’Angleterre « flanche » clairement. Les 300 ne sont plus une formalité, mais un objectif à reconquérir.

Gibson résiste, l’Angleterre s’effiloche

Au milieu de ces pertes, Gibson tient la baraque. Elle coupe McBride pour quatre, rampe un autre boundary avec style, trouve des simples quand le reste du batting vacille. Elle monte à 41, pièce maîtresse de la fin de manche.

Autour d’elle, ça se délite. Villiers partie, c’est au tour de MacDonald-Gay de tenter de soutenir l’effort. Elle slog-sweep d’abord juste hors de portée de Lewis, puis finit par céder : un grand coup vers long on, un cadeau pour Kelly, qui ne tremble pas pour sa dernière apparition. MacDonald-Gay quitte la scène pour 7.

Entre-temps, l’Irlande resserre les boulons. McBride et McCartney enchaînent les overs « propres », sans limite, forçant l’Angleterre à se contenter de simples. Les fumbles du début de manche, ces balles laissées filer au point arrière ou à mi-off, se font plus rares, même si un ou deux ratés rappellent que la journée n’a pas été parfaite dans le champ.

Le contraste est saisissant : là où, à mi-parcours, on parlait d’Angleterre « en croisière », la fin de manche ressemble à une opération de sauvetage de rythme.

Un total solide, une fin de manche qui laisse des questions

Quand le 47e over s’ouvre, l’Angleterre est 286-7, Gibson toujours là, 41 au compteur, entourée d’une tail qui tente de grappiller. Les appels pour lbw, les reviews irlandaises, les ramp-shots de Gibson, tout ajoute une tension inattendue à ce qui aurait pu être un simple festival offensif.

L’Angleterre termine tout de même sur un total robuste, construit sur l’énorme 119 de Dunkley et soutenu par les contributions de Grewcock, Kemp et Gibson. Mais la manière dont l’Irlande a arraché ces wickets en fin de manche, avec une Murray inspirée et une Kelly qui boucle sa carrière internationale avec une prise symbolique, laisse une impression tenace.

Assez pour transformer une manche à sens unique en véritable bras de fer sur la suite du match ?