County Championship : Lehmann maintient Hampshire en vie à Trent Bridge
À Trent Bridge, la journée appartenait à Jake Lehmann. Sans discussion.
L’Australien au passeport britannique a porté Hampshire presque à lui seul, avec un 115* d’une maîtrise rare, pour ramener son équipe à 267-7 en réponse aux 377 de Nottinghamshire. L’écart reste de 110 points, Notts garde la main, mais sans l’élégant gaucher, le match aurait déjà basculé.
Lehmann, la classe et la résistance
Hampshire traîne depuis le début de saison une statistique inquiétante : à part Lancashire, personne ne marque moins de runs par wicket perdu. Une moyenne famélique de 24,50. Dans ce contexte, voir Lehmann pointer avec le deuxième plus gros total de runs de l’élite (922) dit tout de son importance.
À Trent Bridge, il a encore tenu son rang. Son 115* a illuminé une journée souvent verrouillée par les bowlers. Jeu de jambes vif, angles inventifs, coups tranchants dans le off side : il a parfois semblé rejouer des séquences de son père, Darren, dans ses meilleures années. À la pause déjeuner, il était déjà à 33 sur 29 balles, agressif, décidé à ne pas subir.
Mais un homme seul ne gagne pas un match de quatre jours. Il lui fallait un relais. Il l’a trouvé en Scott Currie.
Currie, bouclier de 143 balles
Entré à 165-6, dans une situation déjà précaire, Currie a verrouillé une extrémité pendant que Lehmann construisait à l’autre. Son 35 sur 143 balles n’a rien de spectaculaire sur le papier. Sur le terrain, c’était vital.
Les deux hommes ont ajouté 97 runs pour le septième wicket, un partenariat qui a littéralement changé l’atmosphère de la rencontre. Nottinghamshire voyait déjà les bonus points défiler. D’un coup, il a fallu se remettre à gratter, à s’acharner, sans succès immédiat.
Currie n’est pas étranger aux longues manches : il compte un century, inscrit en prêt à Leicestershire il y a deux ans. Ici, il a endossé le rôle du soldat de tranchée, absorbant les overs, cassant le rythme des bowlers, forçant Notts à s’user. Il a fini par céder, battu par une merveille de Fraser Sheat qui a fait voler ses stumps, mais le travail était fait. Hampshire, lui, restait debout.
Le faux départ de Notts et la montée en puissance de Lehmann
La journée avait pourtant commencé comme un rêve pour Nottinghamshire. Première balle, Olly Stone. Ligne parfaite, vitesse, Felix Organ surpris, léger edge, pris derrière. Six runs, retour au pavillon. Trent Bridge exulte. 12-1, et l’impression que le champion en titre allait dérouler.
Hampshire tient alors 18 overs sans encombre. Puis tout s’effondre en quatre balles. Toby Albert, 31, piégé LBW par Tom Giles, le quatrième seamer de Notts, seulement à son deuxième match. Nick Gubbins, 35, subit quasiment le même sort, cette fois par Dillon Pennington, venu round the wicket pour le gaucher. Deux wickets, même schéma : balle pleine, pad frappé, umpire convaincu. Soudain, deux nouveaux batteurs au milieu, pression maximale.
Lehmann, lui, choisit l’attaque. Il refuse de se laisser enfermer. Il frappe, trouve les gaps, impose son tempo. À 114-3 à déjeuner, Hampshire respire encore grâce à lui.
Stone, Patterson-White et la chape de plomb
La reprise tourne à l’épreuve de patience. Hampshire grimpe jusqu’à 141 avant que la pente ne se redresse brutalement. Joe Weatherley, 25, se trompe complètement de jugement, laisse passer une balle de Stone, troisième LBW de la manche. Une faute lourde à ce niveau.
Liam Patterson-White entre alors en scène depuis le Stuart Broad End. Son left-arm spin ne trouve pas de wicket, mais il étouffe le jeu : seulement 28 runs concédés en 21 overs. Une chape de plomb. Hampshire avance au pas, chaque run coûte cher.
Ben Brown, qui avait bataillé dur, craque d’un coup. Cut trop ambitieux, trop risqué, et la balle file directement dans les mains du premier slip. Quelques minutes plus tard, Fraser Sheat frappe encore : Ben Mayes, 18 ans, ne marque qu’un run avant de partir. 190-6 à l’heure du thé. Nottinghamshire sent le bonus complet, Hampshire flirte avec la rupture.
C’est là que le duo Lehmann–Currie s’installe et change la donne.
Notts s’use, Lehmann se rapproche du record
Entre la pause et la 216e run, Patterson-White continue son siège sans récompense. Pas un wicket, mais une pression constante. Pourtant, au moment où il laisse la place au deuxième nouveau ballon, Nottinghamshire espère un dernier coup de collier. La balle est neuve, le ciel se couvre un peu, tout semble aligné.
Rien ne tombe. Les overs s’empilent, Lehmann franchit la barre des 100 sur 160 balles, sans jamais vraiment perdre le contrôle. Son meilleur score en Angleterre – 116, signé en 2016 avec Yorkshire, le club de son père – semble à portée de main. Il lui manque une seule unité à la fermeture du jeu.
Il reste à Notts deux wickets à prendre et dix overs à jouer le lendemain pour arracher le maximum de points de bonus. Une formalité sur le papier. Moins sur ce type de surface, face à un batteur en pleine confiance et un tail qui a déjà prouvé qu’il savait s’accrocher.
Un champion contrarié
Pour Nottinghamshire, la frustration grandit. Leur dernier succès remonte à 18 jours, contre Surrey. Depuis, les jours défilent sans qu’une victoire ne vienne confirmer leur statut de champions. À Trent Bridge, ils ont encore dominé sans achever.
Lehmann, lui, repart invaincu, à une run de son meilleur souvenir anglais, après avoir tenu tête au champion sortant. Hampshire reste derrière, mais toujours dans le match.
La question est simple désormais : Nottinghamshire saura-t-il enfin transformer son contrôle en victoire, ou verra-t-on encore un outsider, porté par un homme en forme, lui voler des points précieux dans la course au titre ?




