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Coco Gauff et Elena Rybakina : choc des générations à New York

Coco Gauff a vacillé, Coco Gauff a survécu. Deux balles de match effacées, un premier set cauchemardesque, une adversaire insolente de culot… et, au bout de deux heures de montagnes russes, une place en demi-finale et un rendez-vous avec la nouvelle reine du classement, Elena Rybakina.

Sur le papier, la victoire 2-6, 7-6 (7), 6-2 de la championne 2023 ressemble à un simple retournement de situation. Sur le court, ce fut tout autre chose : un combat de nerfs, de cœur, et de contrôle de soi.

Un départ catastrophique, une championne méconnaissable

Pendant 26 minutes, Arthur Ashe a cru revoir une joueuse de club un mauvais jour plutôt que la tenante du titre. Service en panne, coup droit en miettes, rythme inexistant : Gauff ne trouve rien. Trois maigres coups gagnants, 14 fautes directes, et un 6-2 pour Mirra Andreeva qui tombe comme une évidence.

La Russe de 17 ans, lauréate de Roland-Garros, joue juste, propre, sans fioritures. Elle profite de chaque cadeau. Gauff, elle, distribue. Et subit.

Elle l’a admis : elle ne « sent » pas la balle, offre trop de points gratuits, se met dans le rouge d’entrée. Alors elle disparaît aux vestiaires à la fin de ce premier set. Une pause, une respiration, un déclic.

Dans ce couloir, elle pense à un autre Américain : Frances Tiafoe, renversant la veille dans ce même tournoi. Elle se raccroche à cet exemple, à cette idée simple : le match n’est pas fini tant qu’il reste un point à jouer.

La bascule au tie-break… et l’implosion d’Andreeva

Le deuxième set change de ton. Gauff se stabilise, son service la lâche moins, son coup droit cesse d’être une loterie. Le bras n’est pas totalement libéré, mais elle arrête l’hémorragie. En face, Andreeva continue de frapper juste, suffisamment pour accrocher un tie-break qui sent la bascule définitive.

C’est là que tout se joue.

La jeune Russe se procure deux balles de match. Deux occasions de faire tomber la championne en titre, de signer la plus grande victoire de sa jeune carrière. Elle les laisse filer. Gauff s’agrippe, refuse de céder, joue un tennis de survie plus que de domination.

Quand la dernière balle de ce jeu décisif s’échappe de la raquette d’Andreeva, quelque chose se fissure. La frustration déborde. La Russe balance sa raquette en direction de sa chaise. Le geste dérape, l’objet part en vrille vers un cadreur, obligé d’esquiver. Elle frôle la disqualification, frôle le naufrage total.

Son esprit, lui, a déjà basculé.

Gauff au courage, Andreeva à l’apprentissage

Le troisième set ne raconte plus tout à fait le même match. Gauff, portée par le public, impose enfin son statut. Son jeu reste loin de la perfection, mais elle prend le contrôle de l’échange, avance, dicte. Andreeva, elle, traîne le poids des balles de match manquées.

Les fautes se multiplient du côté de la Russe, la vitesse de balle baisse, la confiance s’évapore. Les nerfs prennent le dessus, exactement ce que Tim Henman soulignera : deux joueuses capables d’un tennis magnifique, mais rattrapées par la tension, les problèmes au service, la peur de mal faire.

Pour Gauff, l’essentiel est ailleurs. Elle trouve un moyen. Peu importe la propreté du tennis, elle arrache ce qu’il faut, quand il le faut. Marion Bartoli le résume : c’est du « pur cœur ». Ce genre de match qu’une poignée de joueuses seulement savent gagner, dans le dur, sans briller.

Pour Andreeva, la défaite laissera une cicatrice. Tomber si près, après avoir tenu la tenante du titre à deux points de la sortie, marquera. Mais elle y gagnera des leçons que ne donnent ni les victoires faciles ni les tableaux indulgents. Elle repart meurtrie, mais grandie.

Rybakina, nouvelle n°1 mondiale et prochaine montagne

Sur la route de Gauff se dresse désormais Elena Rybakina. La Kazakhe a fait plus que se qualifier pour le dernier carré : elle a décroché le sommet du classement mondial en battant Qinwen Zheng 3-6, 6-1, 6-4.

À 27 ans, la championne de l’Open d’Australie détrône Aryna Sabalenka, dont le règne de 99 semaines prendra fin lundi. Une chasse au sommet menée toute l’année, enfin récompensée. Et le plus frappant, c’est la manière dont elle en parle : « Ce n’est qu’un chiffre. Je ne suis qu’en demi-finale, l’objectif est de gagner chaque tournoi que je joue. »

Son match du jour raconte bien sa trajectoire. Un premier set raté, des nerfs à vif, beaucoup de fautes. Zheng, usée par près de 12 heures passées sur les courts entre qualifications et tableau principal, frappe fort d’entrée et s’offre la première manche. Puis Rybakina se redresse, se durcit, hausse le ton.

Elle accélère du fond, prend la balle plus tôt, impose son poids de frappe. Le deuxième set tourne presque à la démonstration. Dans le troisième, alors que le score se resserre, elle montre ce que Henman appelle sa « classe » : présence dans les grands points, agressivité contrôlée, lucidité dans le money-time.

Zheng, héroïne d’un parcours à la Emma Raducanu dans les rues de New York, finit par payer ses efforts. Son conte de fées s’arrête, mais elle revient aux portes du top 50 après avoir glissé au 121e rang à cause d’une opération au coude. Une remontée qui, elle aussi, raconte une forme de résilience.

Une demi-finale sous haute tension

La scène est plantée. D’un côté, Coco Gauff, championne en titre, sauvée de justesse, poussée par un public qui l’adore et capable de transformer un match mal engagé en victoire signature. De l’autre, Elena Rybakina, nouvelle n°1 mondiale, championne du Grand Chelem, solide même dans les jours imparfaits.

Gauff sait qu’aucune personne ne retiendra le niveau parfois brouillon de ce quart de finale si elle finit par soulever le trophée. Rybakina, elle, ne veut pas se contenter d’un trône symbolique : elle vise le titre, sans condition.

New York adore les comebacks, les numéros 1, les histoires de survie. Cette demi-finale lui offre les trois à la fois. Reste une question : qui, de la reine fraîchement couronnée ou de la championne vacillante mais indomptable, imposera sa loi sur Arthur Ashe ?