Aryna Sabalenka en demi-finale de l'US Open après un match intense
Elle avait déjà tout raflé, tout contrôlé, tout écrasé depuis le début de la quinzaine. Et puis, soudain, Aryna Sabalenka a vacillé. Menée d’un break dans le troisième set, débordée par le service canonnier de Linda Noskova, la numéro un mondiale a frôlé la sortie avant de retourner le match et d’arracher une qualification au courage pour les demi-finales de l’US Open : 7-6 (7/1), 3-6, 7-6 (10/7).
Une victoire arrachée, une trace laissée.
Un mur au service en face
Jusqu’ici, la Biélorusse avançait sans perdre un set. Face à elle, la championne de Wimbledon Linda Noskova, sixième tête de série, a refusé de se laisser intimider. Dix-huit aces, une mécanique de service implacable, et sept balles de break sauvées sur neuf. Pendant deux heures et demie, la Tchèque a tenu tête, raquette haute, à la double tenante du titre.
Le ton est donné très tôt. Sabalenka frappe la première, break dans le deuxième jeu, un coup droit décroisé qui file dans le coin, intouchable. Noskova ne bouge même pas. Mais la Tchèque ne se démonte pas. À 5-3 Sabalenka, elle remonte, recolle, et efface ce premier avantage en brisant la Biélorusse dans le neuvième jeu, à coups de frappes lourdes depuis le fond.
Arrive le jeu décisif. Mauvais moment pour douter face à une joueuse qui a enchaîné cette saison une série record de 21 tie-breaks gagnés de suite en Grand Chelem. Sabalenka se jette sur chaque point, empoche les six premiers, verrouille le set 7-6 (7/1) et rappelle pourquoi elle règne sur Flushing Meadows depuis deux ans.
Noskova renverse la tendance
On aurait pu croire Noskova atteinte. C’est l’inverse. La Tchèque hausse encore le ton au service, trouve plus de longueur, étouffe progressivement la puissance de Sabalenka. La numéro un mondiale, elle, se dérègle. Les fautes directes s’enchaînent, la première balle la lâche, la confiance vacille.
À 3-2 pour Noskova dans le deuxième set, Sabalenka craque sur sa mise en jeu et lui offre le break sur une double faute. Le symbole d’un set où son feu offensif s’éteint peu à peu. Noskova ne tremble pas, tient ses engagements et boucle la manche 6-3. Le stade sent le danger, Sabalenka aussi.
Le match bascule. La favorite n’est plus sur son piédestal, la championne de Wimbledon prend la main.
Le trou noir… puis la révolte
Le troisième set se joue sur un fil. Les deux joueuses tiennent leurs services jusqu’au milieu de la manche. Sabalenka s’énerve, crie, se parle, se bouscule. Puis le scénario que personne n’imaginait se dessine : deux doubles fautes dans le même jeu, un nouveau break offert, et Noskova s’envole à 4-2.
Sur le banc, Sabalenka laisse filer une phrase qui en dit long sur l’état du moment : elle confiera ensuite avoir pensé que « le match est terminé » à ce moment-là. Cette sensation de fin, pourtant, va tout changer. Elle se libère. Elle lâche enfin ses coups. Moins de retenue, plus de risque.
Le service de Noskova commence à moins mordre, la pression change de camp. À 4-3, Sabalenka s’accroche, pousse la Tchèque à la faute, revient à hauteur dans le huitième jeu. Les poings serrés, les regards vers les tribunes, elle rallume le volcan.
Tout se joue à nouveau dans un tie-break, cette fois en format super jeu décisif. Là encore, la Biélorusse retrouve son territoire préféré. Elle prend les devants, garde toujours un mini-break d’avance, ne laisse jamais Noskova respirer. Et c’est un ace, sec, droit dans l’axe, qui vient clore ce bras de fer : 10-7.
Une série digne des plus grandes
Cette qualification n’est pas une simple ligne de plus sur son palmarès. En atteignant les demi-finales de l’US Open pour la sixième année de suite, Sabalenka rejoint une trace laissée par Serena Williams entre 2011 et 2016, période durant laquelle l’Américaine avait conquis trois de ses six titres à New York.
La Biélorusse, elle, vise un troisième sacre consécutif à Flushing Meadows. Elle a désormais remporté 21 de ses 22 derniers matches dans ce tournoi. Une cadence de patronne, même quand le jeu se dérègle, même quand le doute la rattrape.
Sur le court, juste après avoir conclu, elle l’avoue : elle s’est poussée « à la limite » pour survivre à cette bataille. Elle remercie le public, qui l’a portée dans les moments les plus sombres du troisième set. Sans inventer d’excuses, sans masquer à quel point elle a souffert.
Une demi-finale sous haute tension à venir
La suite s’annonce électrique. Sabalenka attend désormais la gagnante du duel 100 % américain entre Jessica Pegula, tête de série numéro 3, et Emma Navarro, 26e tête de série. Une affiche qui promet une ambiance brûlante dans un stade acquis à la cause de l’adversaire.
Sabalenka arrivera avec les jambes lourdes mais l’esprit aiguisé par ce test grandeur nature. Elle sait désormais que son jeu peut se fissurer, mais que son mental, lui, tient encore le choc.
À Flushing Meadows, les reines se jugent souvent dans la douleur. Sabalenka vient de passer un examen brutal. Reste à savoir si ce soir de survie aura été le tournant de sa campagne… ou le prélude à un troisième couronnement.




