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Arthur Gea : Un parcours héroïque à l'US Open

Arthur Gea a touché du doigt un morceau d’histoire du tennis. Un point. Un seul. Puis tout s’est effondré dans la touffeur de New York, au bout de 5h13 de combat, lors de l’un des matches les plus longs jamais disputés à Flushing Meadows.

Le Français de 21 ans, repêché des qualifications comme lucky loser, a mené, dominé, servi pour le match, obtenu une balle de match. Il a pourtant quitté le court éliminé en huitièmes de finale de l’US Open par Botic van de Zandschulp, renversant vainqueur en cinq sets : 3-6, 6-7 (0-7), 7-6 (9-7), 7-6 (7-3), 6-4.

Une balle de match, puis le vide

Gea avait le scénario parfait entre les mains. Deux sets à rien, un tie-break de troisième manche où il se procure une balle de match. Il sert fort, joue juste, mais laisse filer l’occasion. Van de Zandschulp s’extirpe de la nasse, arrache le set, puis s’accroche encore.

Le Français obtient ensuite l’occasion de servir pour le match dans le quatrième set. Le bras se tend. La pression mord. Le Néerlandais, 70e mondial, s’engouffre dans la brèche, arrache un nouveau tie-break et le domine.

À ce moment-là, l’élan a basculé. Le corps commence à peser, les jambes brûlent, les échanges s’allongent. Gea se bat, mais l’autre avance, point par point. Le cinquième set se joue sur des détails, mais la dynamique est claire : van de Zandschulp a survécu au pire, il ne lâche plus rien. Il finit par conclure 6-4, au terme d’un marathon qui entre dans le top 4 des matches les plus longs de l’histoire du tournoi.

Le Néerlandais avouera ensuite n’avoir « aucune idée » de la manière dont il a réussi ce « retour fou ». Les chiffres, eux, racontent tout : mené deux sets à zéro, une balle de match contre lui, il s’offre un deuxième quart de finale à New York.

Du cauchemar des qualifs au chèque XXL

Pour Gea, l’histoire avait commencé loin des projecteurs. Classé 87e mondial, trop bas lorsque la liste d’entrée directe a été figée, il a dû passer par les qualifications. Tête de série numéro 1 de ce tableau, il perd en troisième et dernier tour contre l’Américain Nishesh Basavareddy. Porte fermée. Tournoi terminé.

Puis le coup de théâtre : le forfait de Casper Ruud, finaliste en 2022, à la veille du début du tableau principal. Gea est repêché. Il revient de nulle part et se met à tout gagner.

Juan Manuel Cerundolo d’abord, puis Zachary Svajda, puis Michael Zheng. Trois victoires, une place en huitièmes de finale, un statut de lucky loser qui se transforme en conte de fées. Il n’était plus qu’à un point de devenir le premier lucky loser de l’histoire à atteindre les quarts de finale d’un Grand Chelem.

La marche van de Zandschulp s’est révélée trop haute. Mais le Français ne repart pas les mains vides. Treizième lucky loser stoppé en huitièmes d’un Majeur, il empoche 480 000 dollars de prize money, loin, très loin des 66 000 qu’il pensait toucher en quittant les qualifications. Une consolation financière, mais surtout une carte de visite pour la suite de sa carrière.

Zverev, enfin avant minuit

La remontée de van de Zandschulp lui offre un quart de finale face au patron du tableau, Alexander Zverev. L’Allemand, tête de série numéro 1, a connu une soirée presque inhabituelle pour lui à New York : un match plié avant minuit.

Zverev a dominé l’Italien Luciano Darderi, tête de série 21, 6-2, 6-2, 7-6 (7-3). Sec, propre, maîtrisé. Ses trois précédents matches s’étaient tous terminés au cœur de la nuit, à 1h55, 2h15 et 1h09. Cette fois, il a quitté le court avec l’impression d’avoir gagné du temps.

Dans un sourire, il a lâché qu’il ne savait « pas quoi faire » de ces heures gagnées, hésitant entre retourner s’entraîner ou filer dans un bar. Le champion de Roland-Garros a aussi prévenu qu’il demanderait à rejouer en session de nuit contre van de Zandschulp, expliquant avoir « loué » ce créneau de 23h à 2h pendant deux semaines.

S’il obtient ce qu’il veut, le Néerlandais devra apprivoiser une ambiance que Zverev, lui, a déjà fait sienne cette quinzaine.

Blockx, la douleur et la percée

Plus tôt dans la journée, un autre visage a émergé de ce tournoi : Alexander Blockx. Le Belge, tête de série 28, a frôlé l’abandon avant de signer la plus grande victoire de sa jeune carrière contre Francisco Cerundolo.

Rib blessée, souffle court, Blockx a souffert dès les premiers jeux. Il le dit lui-même : il a été « très proche » de jeter l’éponge. Il s’accroche pourtant, lâche le deuxième set, mais serre le jeu dans les moments clés pour s’imposer 6-3, 4-6, 7-5, 7-5.

À 21 ans, il devient le premier joueur belge à atteindre les quarts de finale de l’US Open. Une frontière symbolique brisée, au prix d’une gestion au cordeau de la douleur et des nerfs. Il l’admet : s’il avait perdu le troisième set, l’abandon aurait été très probable. Il a tenu. Et il a gagné.

Son prochain obstacle s’appelle Karen Khachanov. Le Russe, 50e mondial, a lui aussi dû s’arracher pour se qualifier. Mené deux sets à un par Learner Tien, tête de série 14, il a renversé le match : 7-5, 4-6, 6-7 (6-8), 6-1, 6-4. En s’imposant, il met fin au rêve américain de placer quatre joueurs en quarts de finale pour la première fois depuis 1995.

La suite ? Un quart de finale sous tension, entre un Blockx diminué physiquement mais porté par une première historique, et un Khachanov rompu aux batailles en cinq sets.

À Flushing Meadows, certains survivent à des balles de match, d’autres à la douleur, d’autres encore à la nuit. Pour Arthur Gea, la nuit a été cruelle. Mais à 21 ans, on ne sort pas indemne d’un tel match : on en sort différent. Et souvent, beaucoup plus dangereux.