Angleterre : record de chasse et performance à Leicester
L’Angleterre a commencé sa série ODI contre l’Irlande comme on envoie un message. Un gros, bien lisible. Une équipe expérimentale, une journée moyenne en défense, mais une chasse record à 282 bouclée avec 71 balles d’avance et une victoire par six guichets à Leicester.
Sur le papier, ce total irlandais avait tout du piège. Sur le terrain, Maia Bouchier et Sophia Dunkley l’ont transformé en exercice de démolition contrôlée.
Bouchier et Dunkley ouvrent le chemin
Le ton est donné très vite. Dunkley et Bouchier s’installent, regardent, puis frappent. Les deux ouvreuses enchaînent les coups d’autorité, profitent des cadeaux irlandais, et le score grimpe sans que la pression ne semble vraiment les atteindre.
143 points pour le premier guichet en moins de 20 overs : la base est posée. Dunkley, 73 runs sur 61 balles, joue en rythme, fluide, agressive sans être précipitée. Bouchier, elle, monte en puissance. Elle choisit ses moments, accélère quand il faut, notamment avec une série de quatre limites d’affilée face à Jane Maguire en début de poursuite.
Son 104 sur 95 balles, deuxième centaine en ODI, porte la signature des grandes chasses : calme, lucidité, puis tranchant au moment où le match peut basculer.
Face à elles, l’Irlande se saborde trop souvent. Trop de balles à la bonne hauteur, trop de largeur, des maladresses dans le champ. Une erreur au long-on offre même à Alice Capsey le coup gagnant, un quatre qui clôt une poursuite jamais vraiment en danger.
Une chasse record sans les cadres
Ce succès n’est pas anodin. L’Angleterre efface son précédent record de chasse en ODI, les 267-8 réussis contre l’Australie à Bristol en 2023. À l’époque, Heather Knight et Tammy Beaumont avaient porté l’effort.
Cette fois, Knight et Beaumont sont à la retraite. Nat Sciver-Brunt, Danni Wyatt-Hodge et Amy Jones sont au repos, tout comme Sophie Ecclestone et Lauren Bell. Une ossature entière laissée sur le banc, et pourtant, l’Angleterre avale 282 comme si de rien n’était.
Dunkley et Bouchier prennent le relais avec autorité. Capsey et Freya Kemp ferment la marche avec insolence.
Capsey et Kemp terminent le travail
Quand Bouchier finit par se trouer sur Arlene Kelly dans le 32e over, il reste encore 59 runs à inscrire. De quoi, sur le papier, relancer un peu le suspense. Sur le terrain, Kemp se charge de l’étouffer.
36 runs sur 22 balles, quatre limites consécutives face à Kelly dans le 34e over : l’all-rounder impose le tempo. Capsey, 41* sur 40, l’accompagne avec une maturité tranquille. Les deux ajoutent 54 runs sur 38 balles, après un partenariat de 50 sur 47 entre Capsey et Bouchier.
Kemp tente de conclure avec panache, un énorme six au deep midwicket. Elle trouve finalement les mains de la défense sur Cara Murray, mais le travail est fait, l’Angleterre est déjà aux portes de la victoire.
Une Angleterre brouillonne en défense, Capsey rayonne avec les gants
Tout n’a pourtant pas été maîtrisé côté anglais. Loin de là.
Avec Ecclestone et Bell laissées au repos, l’attaque manque de précision. 20 wides, 33 extras au total : trop, beaucoup trop à ce niveau. L’Irlande n’en demandait pas tant pour se donner un total crédible.
Dans ce tableau brouillon, une lumière nette : Alice Capsey derrière les stumps. Propulsée wicketkeeper en l’absence d’Amy Jones, elle sort une prise à une main sur sa droite dès le cinquième over, puis enchaîne une prestation propre, sûre, techniquement solide. Si elle confirme sur les deux prochains matchs, la discussion sur la hiérarchie au poste pourrait vite s’animer.
Charlie Dean, capitaine par intérim, s’en sort comme la meilleure lanceuse avec 2-44. Issy Wong, plus irrégulière (2-57), trouve tout de même le moyen de briser le cœur de l’Irlande en faisant sauter le partenariat clé.
Lewis et Hunter font trembler, l’Angleterre finit par resserrer
Avant cela, l’Irlande avait pourtant construit avec sérieux.
Après le départ d’Alice Tector (11), prise par Wong au prix d’un over truffé de quatre wides consécutives, Gaby Lewis et Amy Hunter prennent le contrôle. Elles courent dur, choisissent bien leurs frappes, trouvent régulièrement la limite.
De 13-1, l’Irlande grimpe à 149-1. Lewis compile 69 runs, Hunter 62. La structure est parfaite, le tempo idéal. À mi-parcours, 282 ressemble à un total très respectable, surtout face à une Angleterre privée de plusieurs cadres au bâton.
Puis le match tourne.
Wong ouvre la porte en passant Lewis à travers la porte. Hunter tombe ensuite, renversée par Dean. Orla Prendergast (19) tente de relancer la machine, mais son slog finit dans les mains de Bouchier au deep midwicket, une superbe prise en plongée. Trois guichets pour 35 runs, et l’élan irlandais se brise net.
Stokell résiste, mais la fin d’innings manque de tranchant
L’Irlande trouve encore une réponse. Rebecca Stokell (54*) et Leah Paul (29) ajoutent 84 runs pour le cinquième guichet sur 71 balles. L’intention est là, la structure aussi.
Mais le finish manque de venin. Sur les quatre derniers overs, partagés entre Dean et Wong, l’Irlande ne marque que 24 runs. Aucun boundary depuis la batte. Seul moment insolite : une balle de Wong heurte le leg stump de Stokell, les bails restent en place, et le ballon file pour quatre byes.
À la pause, 282 apparaît toujours comme un total piégeux. Sur le terrain, l’Angleterre le rend presque banal. La qualité du batting, la fragilité du bowling irlandais et les erreurs dans le champ font que les locales ne se retrouvent jamais vraiment acculées.
Murray sauve l’honneur, mais l’Irlande trop généreuse
Dans ce contexte difficile, Cara Murray sort du lot. La leg-spinner termine avec 3-58, et surtout des moments forts : un retour réflexe pour attraper et renvoyer Dunkley, puis une balle parfaitement flottée pour nettoyer Jodi Grewcock (9) et ramener l’Angleterre à 173-2 dans le 24e over.
Elle revient plus tard pour cueillir Kemp au deep midwicket, dernière petite victoire dans une soirée où l’Irlande aura été trop permissive.
Car malgré les éclairs de Murray, les visiteuses concèdent trop de balles de boundary, trop de mis-fields, trop d’ouvertures à une équipe anglaise qui n’en demandait pas tant pour s’offrir un record.
Dean lucide : un plan de jeu clair, des réglages à faire
Au moment de recevoir le trophée de meilleure équipe du jour, Charlie Dean ne se cache pas. Le plan, lui, est assumé : attaquer le powerplay en 50 overs, imposer un rythme haut dès le départ, puis ne pas lever le pied. Dunkley et Bouchier ont appliqué la feuille de route à la lettre.
Dean reconnaît aussi ce qui a cloché : la discipline au lancer, la propreté dans le champ. L’envie est là, mais les détails manquent. Pour une équipe en rotation, en phase de tests, ce genre de rappel ne tombe jamais mal.
La série se poursuit à Derby jeudi, puis à Worcester dimanche. L’Angleterre mène 1-0, avec un record dans la poche et des jeunes joueuses qui frappent fort à la porte.
La question, désormais, n’est plus seulement de savoir si cette équipe peut balayer l’Irlande. Elle est de voir jusqu’où ce nouveau visage, sans Knight ni Beaumont, peut redessiner la hiérarchie de l’ODI dans les mois à venir.




