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Angleterre vs Pakistan : Edgbaston sous tension

Le soleil est revenu sur Edgbaston et, avec lui, une impression de fatalité. L’Angleterre avance tranquillement vers un 3-0 sans appel, le Pakistan tente de retarder l’inévitable. À 67 pour 2, Azan Awais et Shan Masood tiennent encore debout, mais le tableau d’affichage raconte une autre histoire : 268 runs de retard pour simplement forcer Joe Root et ses hommes à rebattre.

Archer, Robinson et une matinée sous pression

La dernière journée s’est ouverte comme la précédente s’était terminée : avec Jofra Archer, ballon neuf en main, prêt à repartir au combat. Son tout premier envoi du matin, un lifter qui gicle après avoir pris la couture, oblige Shan Masood à un geste désespéré. Défense dans le vide. Message clair : il n’y aura aucun cadeau.

Ollie Robinson, lui, reprend là où il avait laissé. Son été est déjà en train de virer à la légende – 28 wickets à 7,75 de moyenne – et son début de session le confirme. À 52 pour 2, il entame Azan Awais par-dessus le bras, ligne impeccable. Le jeune gaucher est battu trois fois dans la même over, sur la deuxième, la troisième puis la cinquième balle. Robinson finit la séquence par une dernière livraison en se décalant autour du wicket, angle différent, même sensation d’étouffement. Maiden d’école, sans un run concédé. L’archétype du fast-medium qui raconte un été entier à ses futurs petits-enfants.

Le rythme ne baisse pas. À 56 pour 2, Archer revient sur Masood avec un over qui résume parfaitement la matinée : deux tentatives de défense dans le vide, un drive de toute beauté pour quatre, puis un pull intérieur qui heurte le corps et tombe juste devant le bowler. Menace constante, répit fugace.

Azan et Masood, résistance sous un ciel dégagé

Le décor, lui, a changé. La lourde couverture nuageuse qui avait accompagné l’entrée du Pakistan au bâton la veille a disparu. Le soleil tape sur Edgbaston, la balle vieillit, les muscles des quilleurs commencent à tirer. Pour les batteurs, c’est enfin une fenêtre.

Azan s’y engouffre. Face à Robinson, il se fait d’abord malmener, avant de trouver une ouverture : un pull net, devant square, pour deux runs. Le seamer anglais ajuste aussitôt sa longueur, retrouve cette zone qui frôle l’extérieur de la batte. Deux fois de suite, il passe tout près du bord. Puis il arrache une demande de lbw, finalement refusée pour hauteur. Séquence magnifique, duel de haute volée, mais Pakistan grignote.

Masood, lui, joue en contre. À 64 pour 2, il profite d’une fraction de longueur trop pleine d’Archer pour pousser, presque caresser, à travers mid-off pour deux. Un coup plein d’aisance, presque déroutant quand on sait que sa moyenne en Test tourne autour de 30 après 50 matches. Le geste dit joueur de classe, la statistique raconte une carrière cabossée.

À 17 overs, le tableau affiche 64 pour 2 : Azan 30, Masood 28. Les deux gauchers se partagent la tâche, l’un plus compact, l’autre plus fluide. Le Pakistan, pour la première fois depuis longtemps dans cette série, ne semble pas au bord du gouffre à chaque balle.

Robinson cogne, le corps encaisse

La parenthèse reste fragile. Robinson choisit ensuite de rester autour du wicket face à Azan, angle fermé, ligne plus menaçante. Le batteur doit jouer davantage, se compromettre. Quelques défenses solides, puis un moment de chaos : Azan tente un pull sur une balle qui remonte sur la jambe, manque complètement. La balle file pour quatre byes côté leg. Jordan Cox, monté aux stumps, n’a aucune chance de la contrôler. Les points sont comptés comme des byes contre le nom de Jamie Smith, le gardien officiel sur la feuille, détail cruel pour une matinée déjà douloureuse pour les quilleurs.

L’over se termine sur une gifle physique. Une balle qui semble d’abord sans histoire, longueur classique, se lève brutalement et vient heurter Azan en pleine poitrine. Impact sec. Le jeune batteur encaisse, reprend son souffle. L’Angleterre n’accorde ni espace, ni confort.

À 60 pour 2, le Pakistan avance, mais chaque run coûte. À 66 pour 2, Azan remonte à 32, Masood à 28. Puis à 67 pour 2, le soleil tape plus fort, la foule se détend, mais l’enjeu reste brutal : huit wickets à prendre pour l’Angleterre, une montagne à gravir pour le Pakistan.

Une série à sens unique

Tout cela se joue sur un fond de domination quasi totale. La veille, l’Angleterre a transformé un fragile 156 pour 4 en un massif 453 all out avant le thé. Trois batteurs sont pourtant sortis du terrain avec un goût amer : Harry Brook, run out sur 75 après une course inutile ; Dan Lawrence, renvoyé sur 65 en jouant une balle large dans ses propres stumps ; Jamie Smith, 69 courageux malgré un doigt possiblement fracturé. Trois occasions de centenaires, trois regrets, mais un seul message : le Pakistan n’a jamais vraiment eu prise sur ce match.

Les chiffres sont impitoyables. Sur la série, le Pakistan tourne à 15,90 runs par wicket. Il faut remonter à 1958, quand Tony Lock et Jim Laker avaient réduit la Nouvelle-Zélande en poussière, pour trouver une équipe aussi dominée par l’Angleterre sur plusieurs Tests.

Même les supporters pakistanais semblent à bout. L’un d’eux a arpenté Edgbaston avec un petit tableau noir : « Free Imran Khan… and get him in the team ». Il a plaisanté avec la police, affirmant vouloir signaler un crime commis par « les 11 joueurs sur le terrain ». Rires polis, impuissance partagée. Quand l’humour devient la dernière arme, c’est souvent que la tournée a déjà trop duré.

Une dernière marche avant le balayage

Sur le plan comptable, tout est limpide. L’Angleterre n’est plus qu’à huit wickets d’un week-end libre et d’un 3-0 aussi implacable que légèrement mélancolique. Le Pakistan repart à 52 pour 2 au début de la journée, 268 runs derrière. Les chances sont minces, pour ne pas dire inexistantes.

Robinson, déjà auteur des deux seuls wickets de la deuxième manche pakistanaise, poursuit un été qui flirte avec le mythe. Archer retrouve des sensations, rythme et tranchant. Le soleil est annoncé toute la journée, le terrain tient bien, la balle finit par se ramollir. Si le Pakistan doit sauver un peu d’honneur, c’est maintenant.

Reste une question, simple et brutale : cette équipe, qui rêve de figures à la VVS Laxman ou Rahul Dravid pour stabiliser son ordre supérieur, peut-elle au moins transformer cette dernière journée en véritable combat ? Ou Edgbaston s’apprête-t-il à assister à une conclusion à l’image de la série : courte, sans suspense, et cruellement à sens unique ?