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Steve Smith et le traumatisme du sandpapergate

À 37 ans, Steve Smith s’apprête à remettre les pieds en Afrique du Sud pour une série de Tests qui ravive, à elle seule, l’un des épisodes les plus sombres du cricket australien. Six ans ont passé depuis le « sandpapergate ». Le temps a pansé une partie des plaies sportives. Pas toutes les cicatrices mentales.

L’ancien capitaine australien l’avoue sans détour : il est encore traumatisé par l’affaire de manipulation de balle qui a éclaté en 2018, et les images le poursuivent. Pas celles des stades. Celles des flashs.

« Je ne suis pas un grand fan des caméras, je deviens anxieux quand il y en a », confie-t-il dans un entretien à News Corp. « Ça a été une expérience traumatisante dans ma vie et, quand j’entends le flash d’un appareil photo, ça me fait revivre ça, d’une certaine manière. »

Retour sur une chute brutale

Le décor est connu, mais reste brutal. Troisième Test en Afrique du Sud, à Cape Town. Cameron Bancroft est surpris en train de frotter la balle avec du papier de verre pendant la deuxième manche sud-africaine. Les caméras zooment, les ralentis tournent en boucle, le scandale explose.

À la fin de la journée, Bancroft admet avoir tenté d’altérer l’état de la balle. Quelques heures plus tard, Steve Smith, alors capitaine, reconnaît qu’il était au courant du plan. La sanction tombe, implacable.

Cricket Australia le démet de ses fonctions de capitaine et le suspend pour un an. David Warner, vice-capitaine, écope de la même durée de suspension. Bancroft, lui, est mis à l’écart pendant neuf mois. L’indignation dépasse le cadre du sport : le premier ministre de l’époque, Malcolm Turnbull, parle d’une nation « profondément déçue ».

Pour Smith, le choc ne se limite pas aux titres des journaux. Il se joue dans les couloirs d’aéroports, sous les néons et les objectifs braqués sur lui.

« Les 24 à 48 heures après que James Sutherland m’a annoncé que j’étais suspendu un an, le passage à l’aéroport de Johannesburg, complètement pris d’assaut, puis le vol de retour et cette conférence de presse… J’ai encore de petits flashbacks par moments », raconte-t-il.

« J’ai eu l’impression d’être jeté en pâture en traversant l’aéroport de Johannesburg. Je n’avais absolument aucun soutien. »

Son effondrement en larmes à l’aéroport de Sydney, devant un parterre de caméras, reste l’une des images les plus marquantes de l’histoire récente du cricket australien. Derrière la chute publique, un état mental au bord de la rupture.

« Ça a été une période très difficile, surtout les premiers jours, dit-il. Mon état mental n’était pas bon. C’est un endroit où je ne veux plus jamais retourner. Mais j’ai appris de ça et j’ai pu avancer dans ma vie. »

Effacer 2018… sans jamais vraiment y parvenir

Smith explique avoir, autant que possible, tiré un rideau sur cette année-là. « J’ai essayé d’effacer une grande partie de 2018 et de ce qui s’est passé. Je ne me souviens pas de grand-chose de cette série. J’ai tenté de bloquer la plupart de ces souvenirs. »

Le contraste est saisissant avec le joueur revenu sur les terrains en 2019. Suspendu, conspué, mais pas brisé. Dès son retour, il retrouve son rang parmi les meilleurs batteurs de la planète. Les runs s’enchaînent, la technique reste intacte, la concentration presque inhumaine.

Après deux ans d’interdiction de toute fonction de leadership, il est réintégré au cœur du pouvoir sportif australien : nommé vice-capitaine de l’équipe de Test avant les Ashes 2021-2022, il porte de nouveau le brassard quand Pat Cummins est indisponible. L’homme qui avait été cloué au pilori redevient une référence dans le vestiaire.

Hostilité assumée, bruit apprivoisé

Depuis, Smith est déjà revenu en Afrique du Sud, pour une série d’un jour en 2020. Il a aussi affronté des foules hostiles lors de plusieurs tournées des Ashes en Angleterre. Les huées, les chansons moqueuses, les panneaux brandis dans les tribunes : tout y est passé.

« C’est quelque chose auquel je suis plus ou moins habitué », assure-t-il. « J’en ai pris plein la figure à certains moments loin de la maison, dans différents stades au cours de ma carrière, et c’est quelque chose que je gère à ma façon. J’essaie d’en faire une motivation pour bien jouer, d’en tirer quelque chose de positif. »

Les sifflets ne l’effraient plus. Les flashs, eux, restent un rappel violent. La différence est subtile, mais essentielle : l’hostilité des foules, Smith la transforme en carburant. L’exposition médiatique extrême, elle, le renvoie à la vulnérabilité d’un homme pris dans une tempête qu’il ne contrôle plus.

Un retour chargé de symboles

L’Australie s’apprête désormais à disputer sa première série de Tests en Afrique du Sud depuis cette tournée de 2018. Trois matchs, à partir du 9 octobre, avec un premier rendez-vous à Durban. Sportivement, ce sera un test majeur. Humainement, pour Smith, c’est presque un voyage intérieur.

Il arrive cette fois avec un statut différent, une carrière reconstruite, une expérience que peu de joueurs peuvent revendiquer : avoir touché le fond sous les yeux du monde entier, puis remonter, pas à pas, jusqu’au sommet.

Reste une question, silencieuse mais tenace : en entrant de nouveau sur un terrain sud-africain pour un Test, Steve Smith verra-t-il d’abord le guichet, ou entendra-t-il encore, quelque part au fond de lui, le claquement sec d’un flash d’appareil photo ?