Ryan Garcia expédie Conor Benn en deux rounds
À Las Vegas, Ryan Garcia n’a pas laissé place au suspense. Moins de quatre minutes. Un éclair du droit, un challenger au sol, un arbitre obligé de s’interposer. Et une division welterweight prévenue : le champion du WBC à 147 lb est en mission.
Dans une T-Mobile Arena chauffée à blanc pour le week-end de l’Independence Day mexicaine, devant 18 855 spectateurs largement acquis à sa cause, l’Américain de 28 ans a écrasé Conor Benn en deux reprises pour conserver sa ceinture. Une démonstration brutale, nette, sans bavure.
Benn fonce, Garcia calcule
Benn avait promis « ténacité, férocité, rancœur ». Il a tenu parole dès la première seconde. Le Britannique jaillit de son coin, impose un rythme furieux, cherche à noyer Garcia sous la pression et les échanges lourds. Il travaille au corps, touche même le champion derrière la tête sur un coup non sanctionné. Face à lui, Garcia ne panique pas. Il plante son jab, décoche son crochet gauche signature, comme un avertissement.
Dans son coin, le Californien se parle. Observer, absorber, analyser. « Download, download, download », racontera-t-il ensuite. L’idée est simple : laisser Benn se dévoiler, mémoriser ses entrées, ses angles, ses risques.
La suite va prouver qu’il a tout lu à la perfection.
Un seul droit, et tout s’écroule
Le tournant arrive très tôt dans le deuxième round. Benn tente de réduire la distance, encore. Cette fois, Garcia ne recule plus. Il se plante, attend l’ouverture. Elle dure une fraction de seconde.
Un droit plein menton, sec, foudroyant. Benn ne le voit pas venir. Le Britannique s’effondre, en tas, au tapis. Il se relève, mais ses jambes et son regard racontent une autre histoire. Garcia, lui, a senti le moment. Il fond sur lui, enchaîne des deux mains. L’arbitre Thomas Taylor s’interpose à 1’25’’ de la reprise. Arrêt logique. Arrêt protecteur.
Garcia n’y voit aucune controverse. « Ils auraient pu arrêter quand il était au sol. Il était ailleurs. Je l’ai regardé dans les yeux, il n’était même pas là. Si ça avait continué, vous auriez vu un homme inconscient sur le ring. Le rôle de l’arbitre, c’est de protéger le boxeur », lâche-t-il.
Benn, lui, voit son rêve de marcher sur les traces de son père Nigel, ancien champion WBC des super-moyens, s’évaporer brutalement. À 29 ans, l’Anglais d’Essex avait accepté un retour au poids welter après quatre ans et demi passés plus haut, jusqu’en middleweight. Il avait décrit cette descente à 147 lb comme un passage par les « tréfonds de l’enfer ». La balance, la veille, affichait 146 lb, son plus bas poids depuis sept ans. Le ring, lui, n’a pas pardonné.
Deux carrières à réhabiliter
Ce choc n’était pas seulement un duel sportif. C’était aussi une étape majeure dans la réhabilitation de deux noms abîmés par les affaires de dopage.
Garcia sort d’une suspension d’un an, après un contrôle positif à l’ostarine autour de sa victoire d’avril 2024 contre Devin Haney, finalement requalifiée en no-contest. Son camp a toujours parlé de compléments alimentaires contaminés.
Le cas Benn a été encore plus explosif. Deux contrôles positifs au clomifène avant son combat avorté contre Chris Eubank Jr en 2022, deux ans d’impossibilité de boxer au Royaume-Uni, un long bras de fer juridique avant d’être blanchi par le National Anti-Doping Panel. Samedi, les deux hommes, jadis menacés de voir leur carrière dérailler, touchaient chacun aux alentours de 15 millions de dollars pour l’un des plus gros événements de l’année.
Le contexte business n’était pas moins chargé. Le combat était co-promu par Zuffa Boxing, la nouvelle structure de Dana White, qui a arraché Benn à Matchroom après dix ans de collaboration avec Eddie Hearn. En face, Golden Boy Promotions, la maison d’Oscar De La Hoya, toujours liée à Garcia, a ferraillé pendant des mois pour finaliser l’affiche. Au bout du bras de fer, un deal, une ceinture défendue, et une star relancée.
Lopez, Haney, Stevenson : la chasse est ouverte
À peine le temps de respirer que la soirée bascule dans le chaos contrôlé qui suit désormais Ryan Garcia partout. Au bord du ring, Teófimo López, champion WBA, le provoque, menace de monter sur le ring. Garcia le repère, le désigne, le chauffe.
« Unified time. Where you at, Teo ? », hurle-t-il, micro en main, devant les caméras. López répond. Garcia monte d’un cran. « Tu veux devenir fou ? On va devenir fous. Je te démonte maintenant. »
La tension est palpable, le public en redemande. Mais Garcia n’en reste pas là. Il vise aussi Devin Haney, champion WBO, présent au bord du ring, spectateur très concerné de cette soirée après leur premier duel souillé par l’affaire d’ostarine. « J’espère qu’on pourra encore lui botter le cul pour le titre incontesté », lance-t-il, avant une insulte frontale aux Haney.
Et ce n’est pas le seul nom sur la table. Shakur Stevenson, quadruple champion du monde, aujourd’hui installé une catégorie en dessous à 140 lb, est lui aussi dans l’arène, membre du plateau de commentaires de Paramount+. Il fait savoir qu’un combat contre Garcia l’intéresse. Quand on détient une ceinture, un profil de star et un public massif, les options ne manquent pas.
Garcia, lui, sait déjà ce qu’il veut en priorité : « Je veux unifier contre Teófimo. C’est le move. C’est un énorme combat, Teó est un gars spectaculaire, la promotion sera dingue et c’est un très bon boxeur aussi. Alors allons-y.
Un crochet gauche redevenu menaçant, un droit qui éteint les lumières, une ceinture bien accrochée et une liste d’adversaires longue comme le bras : au sortir de cette nuit de Las Vegas, la catégorie welterweight sait qu’elle vient de récupérer un problème. Et Garcia, lui, ne parle plus de survie. Il parle de conquête.




