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Roger Federer intronisé au Hall of Fame de Newport

NEWPORT (Rhode Island) — Au crépuscule, sur le gazon en fer à cheval de Newport, Roger Federer a fini par craquer. Pas sur un court central, pas face à une balle de break. Devant un micro, face à sa propre histoire.

Vêtu d’un costume beige parfaitement ajusté, le Suisse de 45 ans a traversé le court qui mène à la scène de l’International Tennis Hall of Fame, a embrassé et serré dans ses bras sa femme, Mirka, qui venait de le présenter, puis a compris, en une seconde, que cette soirée serait plus difficile qu’une finale de Grand Chelem.

« Oh man », lâche-t-il d’entrée, la voix déjà tremblante. Les premiers mots du premier homme à avoir remporté 20 titres du Grand Chelem en simple. « C’est du très haut niveau et difficile à suivre », glisse-t-il, en référence au discours de Mirka, qu’il taquine aussitôt : « Je ne sais pas si tu t’es entraînée en secret. »

Le « Swiss Maestro » venait d’entrer dans une nouvelle catégorie de légendes : la 272e personne intronisée au Hall of Fame. À ses côtés, Mary Carillo, ancienne joueuse devenue figure majeure du journalisme sportif, présentée par Billie Jean King.

Un géant rattrapé par l’émotion

La cérémonie avait commencé bien plus tôt, avec un tapis rouge inédit posé directement sur le court. Federer, présenté comme le « Swiss Maestro » devant une foule debout, avoue alors être « un peu stressé, pour être honnête ». Pour un homme qui a passé 237 semaines consécutives au sommet du classement ATP, la confession en dit long.

Son discours dure près de trente minutes. Il déroule sa carrière avec la même fluidité que son revers à une main, ce coup qui l’a porté vers la place de numéro 1 mondial et cinq titres consécutifs à l’US Open entre 2004 et 2008, ou encore dix finales de Grand Chelem d’affilée, dont huit remportées.

Puis la voix se brise. Une première fois, à mi-parcours, lorsqu’il évoque son idole d’enfance, Stefan Edberg. Des « larmes de joie », précise-t-il. Les yeux rougis, il tente de reprendre le fil, mais la digue cède à nouveau.

Il parle de Severin Lüthi, son coach de toujours, compagnon de route discret mais essentiel. Les mots se bousculent, l’émotion aussi. Et puis vient le moment qu’il redoutait.

« Maintenant, la partie sur Mirka », annonce-t-il, avant de s’interrompre net. Silence. Puis les larmes. « Oh gosh, c’est un tel bazar », souffle-t-il, dépassé par l’instant. Il tente l’humour pour reprendre le contrôle, comme on tente un slice défensif pour se donner du temps. Mais l’émotion, cette fois, renvoie tout en pleine ligne.

« J’ai besoin de mouchoirs et de lunettes de soleil, de tout pour me protéger en ce moment », lance-t-il au public, qui l’accompagne dans ce moment de vulnérabilité rare pour un champion si souvent maître de lui.

Le champion reprend le fil

Comme tant de fois dans sa carrière, Federer se ressaisit. Il retrouve son rythme, sa précision, son sens du détail. Il remercie les ramasseurs de balles, ces silhouettes discrètes qui peuplent l’arrière-plan de toutes ses grandes victoires. Il s’adresse aux joueurs d’aujourd’hui, les invitant à continuer de repousser les limites de ce sport qu’il a tant façonné.

  • Huit titres à Wimbledon.
  • Six à l’Open d’Australie.
  • Un Roland-Garros, décroché en 2009, pour compléter un Grand Chelem en carrière que seuls huit hommes ont réussi.

Il vient de fêter ses 45 ans, mais à Newport, ce sont toutes ces années de grâce qui défilent.

« Je suis ravi d’avoir fait ce voyage jusqu’ici », confie-t-il. « C’est incroyable de se voir dans un endroit comme celui-ci. S’immerger dans l’histoire de ce sport signifie beaucoup pour moi. » Pas de posture, pas de slogan. Juste un homme qui regarde sa propre trajectoire, désormais gravée dans la pierre.

Mary Carillo, autre voix du jeu honorée

L’émotion ne lui appartient pas entièrement. Mary Carillo, 69 ans, est intronisée comme « contributor », pour son apport au tennis en tant que journaliste et consultante. Déjà membre du Sports Broadcasting Hall of Fame, elle rejoint à Newport ceux dont elle a raconté les exploits pendant des décennies.

Billie Jean King, légende parmi les légendes, résume en une phrase la place de Carillo dans ce paysage : « Elle a gagné sa place dans le journalisme sportif et elle a gagné sa place à Newport. »

Carillo, face à un parterre de membres du Hall of Fame, laisse tomber le masque de la professionnelle rompue aux directs et aux grandes finales. « Passer ces portes ici en votre compagnie, c’était au-delà de mes rêves », dit-elle.

À Newport, le soleil s’est couché depuis longtemps quand la cérémonie s’achève. Les chiffres, les records, les trophées restent. Mais ce soir-là, ce sont des larmes, des voix tremblantes et quelques phrases simples qui scellent définitivement la place de Roger Federer et Mary Carillo dans l’histoire du tennis. Le reste, désormais, appartient aux générations qui oseront prétendre marcher dans leurs traces.