Naoya Inoue : Dernier défi avant l'envol vers les plumes
Naoya Inoue parle déjà comme un homme qui s’apprête à fermer une porte. Celle du super-coq. Avant d’ouvrir, une nouvelle fois, celle de l’histoire.
La légende japonaise, 31 ans, a prévenu : le choc rêvé face à Jesse « Bam » Rodriguez pourrait bien être son ultime apparition chez les super-coqs avant de monter chez les plumes. Un dernier examen de passage, un dernier risque, avant d’attaquer ce qu’il appelle lui-même « le dernier chapitre » de sa carrière.
On parle d’un boxeur qui vit au sommet depuis plus de dix ans. Sur 33 combats, 24 ont été disputés pour un titre mondial – en ne comptant même pas les ceintures secondaires. Inoue appartient au cercle rarissime de ceux qui ont régné sur quatre catégories de poids différentes, et encore plus étroit de ceux devenus incontestés dans deux divisions. Ses compagnons de club ? Oleksandr Usyk et Terence Crawford. Rien de moins.
Un règne écrasant chez les super-coqs
Inoue est champion incontesté chez les super-coqs depuis près de trois ans. Sept défenses de titre. Aucune contestation. La dernière en date a eu des airs de grand-messe.
Au Tokyo Dome, rempli à craquer, il a dominé son compatriote et rival Junto Nakatani dans ce qui restera comme l’un des combats majeurs de l’année. Deux boxeurs classés parmi les meilleurs toutes catégories confondues, un affrontement tendu, technique, violent par séquences. À la fin, un verdict sans discussion : victoire unanime d’Inoue, qui consolide encore un peu plus son statut de référence absolue, quel que soit le poids.
Pourtant, malgré cette mainmise, le Japonais ne veut pas s’installer dans le confort. Il veut un dernier feu d’artifice avant de changer de division. Et pour lui, un seul nom tient la route.
« Bam, c’est vraiment le seul choix »
Depuis des mois, fans et observateurs réclament ce combat. Inoue contre Jesse « Bam » Rodriguez. Deux puncheurs. Deux talents précoces. Deux styles explosifs. Tout ce qui fait un super-fight.
Inoue sait que le temps presse s’il veut encore cocher cette case avant de monter chez les plumes. Mais il a clairement désigné sa cible et accepté d’attendre le bon moment.
« Si je veux tirer le maximum du temps qu’il me reste chez les super-coqs, je pense que Bam est vraiment le seul choix », a-t-il confié au magazine The Ring. Son plan est limpide : « Idéalement, j’aimerais d’abord passer par le combat contre Bam, obtenir mon diplôme chez les super-coqs, puis entrer dans le dernier chapitre de ma carrière chez les plumes. C’est le chemin que j’aimerais suivre. Je veux continuer à me challenger jusqu’au bout. »
Le message est clair : pas de tour de chauffe, pas de détour. Un combat de très haut niveau, ou rien.
Rodriguez, le petit poids qui frappe comme un grand
Face à lui, Jesse Rodriguez n’a que 26 ans, mais déjà un CV qui en dit long. Trois catégories de poids conquises. 24 victoires, 17 avant la limite. Un vrai finisseur pour un boxeur naturellement léger.
Son dernier fait d’armes : détrôner Antonio Vargas pour s’emparer du titre WBA des bantams, dès son premier combat à ce poids. Certains ont jugé qu’il paraissait un peu juste physiquement dans cette nouvelle catégorie. Qu’il pourrait perdre de son impact en montant encore. Les doutes ont circulé.
Inoue, lui, a vu la même chose. Mais il refuse de réduire Rodriguez à une simple question de puissance brute.
« J’ai eu l’impression que, physiquement, ce n’était plus tout à fait la même chose pour lui que par le passé », admet-il. Mais Rodriguez a tout de même terminé le combat par un KO. Pour le Japonais, l’essentiel est ailleurs : « Sa force ne vient pas vraiment de la puissance physique. Il a cette capacité à traverser l’adversaire avec une précision chirurgicale. Par exemple, même si je boxais chez les super-plumes ou les légers, je pense que je pourrais toujours faire mal avec un coup que l’adversaire ne voit pas venir. Je pense que c’est pareil pour Bam. »
Entre ces deux-là, le danger ne vient pas seulement de la force. Il vient de ce qu’on ne voit pas arriver.
Un calendrier encombré, un timing délicat
Sur le papier, Inoue pourrait remonter sur le ring dans le dernier quart de l’année, lui qui n’a plus boxé depuis mai. Mais le calendrier est saturé, autant au Japon qu’aux États-Unis, pour accueillir une affiche de cette dimension en tête d’événement.
De son côté, Rodriguez semble décidé à consolider d’abord son statut chez les bantams avant de grimper. Son entraîneur, Robert Garcia, vise une unification avec le champion WBO Christian Medina.
« Ils ne sont pas très loin. En ce moment, Bam vient de devenir champion à 118 lbs, Inoue est à 122 lbs, ce n’est qu’une différence de quatre livres », a rappelé Garcia dans le podcast True Hustle. Il croit dur comme fer au talent de son boxeur, mais refuse de brûler les étapes : « Je ne suis pas un entraîneur qui met ses boxeurs là-dedans comme un pendejo, je suis intelligent avec ça. »
Garcia réclame encore un test sérieux à 118 lbs : un combat contre Christian « Chispa » Medina, qu’il décrit comme un « gamin solide, fort », pour jauger Bam dans un contexte plus relevé que face à Vargas.
2027 en ligne de mire… et un choix à faire
Entre les ambitions d’Inoue, le plan de carrière de Rodriguez et un calendrier mondial saturé, une fenêtre se dessine : le début de l’année 2027 apparaît comme la cible la plus réaliste pour ce choc.
Reste une question brûlante. Naoya Inoue acceptera-t-il de patienter jusque-là, quitte à livrer un autre combat intermédiaire chez les super-coqs, ou préférera-t-il figer le temps, se préparer dans l’ombre et tout miser sur cette dernière danse face à Bam Rodriguez ?
La réponse dira beaucoup de la manière dont le « Monster » veut écrire la fin de sa légende.




