Moses Itauma : meilleur que Joshua et Fury selon Prince Naseem
À 21 ans, Moses Itauma n’a encore rien gagné chez les professionnels. Mais il fait déjà vaciller les totems. Le dernier à s’enflammer pour lui n’est pas n’importe qui : Prince Naseem Hamed.
À la veille de son combat pour le titre IBF des lourds face à Filip Hrgovic, à l’O2 Arena de Londres, la légende britannique a tout simplement placé le jeune poids lourd au‑dessus d’Anthony Joshua et Tyson Fury. Très au‑dessus.
« Moses est à un autre niveau que des gars comme Tyson Fury, et Tyson le dirait lui‑même. Tyson ne voudrait pas affronter Moses et Joshua non plus », a lancé Hamed à la BBC, avant d’enfoncer le clou : « Je ne peux pas comparer Moses. Il est un million de fois meilleur qu’eux. »
Un trône vacant, un héritier annoncé
Itauma arrive invaincu : 14 combats, 14 victoires. Samedi, il dispute déjà un titre mondial, le ceinturon IBF laissé vacant. En face, Filip Hrgovic, Croate de 34 ans, médaillé de bronze olympique, 21 combats, une seule défaite, concédée en 2024 face à Daniel Dubois, aujourd’hui champion WBO.
Sur le papier, l’expérience est croate. Les noms au palmarès aussi. Hrgovic a vu autre chose que des prospects. Mais la cote ne suit pas la logique froide des bilans. Le vétéran arrive en outsider, presque relégué au rôle de faire‑valoir d’une soirée déjà vendue comme l’avènement d’un nouveau roi.
Pour Itauma, l’enjeu dépasse le simple titre. Une victoire ferait de lui le deuxième plus jeune champion du monde des lourds de l’histoire, derrière Mike Tyson. Il y parviendrait en 15 combats professionnels, soit un de moins qu’Anthony Joshua, sacré lors de sa 16e sortie.
Le record de précocité britannique de Prince Naseem lui échappera de peu : Hamed avait conquis la ceinture WBO des plumes à 21 ans et 230 jours, face à Steve Robinson à Cardiff en 1995. Itauma, lui, arrivera 14 jours trop tard pour le détrôner sur ce terrain‑là.
Hamed, de prodige à parrain
Prince Naseem sait ce que représente le poids des prophéties dans une carrière. Dans les années 1990, il avait électrisé le noble art britannique avec son style spectaculaire, ses entrées de ring théâtrales et une personnalité plus grande que nature.
Lui aussi était arrivé très tôt au sommet. Lui aussi s’était construit avec une vision fixe en tête.
« Gagner un titre national chez les amateurs à 11 ans et avoir en tête, tout au long de ta carrière amateur, que tu seras champion du monde à 21 ans – je l’ai visualisé. Je pense que c’est très similaire pour Moses », confie Hamed.
Il rend hommage à ceux qu’il place pourtant derrière Itauma. « Je pense que Tyson Fury a été incroyable pour la boxe britannique, pour ce qu’il a accompli, ce qu’il a apporté au jeu et la couleur de sa personnalité. Je pense que Joshua a fait un travail incroyable au début de sa carrière pour gagner un titre mondial et être un ambassadeur de la boxe britannique. »
Puis il revient à son protégé d’un soir. Sans nuance. « Je suis tellement confiant que Moses va devenir champion du monde des lourds. Je suis tellement confiant qu’il défendra cette ceinture aussi longtemps qu’il le voudra. »
Hrgovic, test ou simple marche ?
Sur les feuilles de statistiques, Hrgovic a tout du piège : plus âgé, plus aguerri, passé par les Jeux olympiques, confronté à une opposition supérieure à celle qu’a connue Itauma jusqu’ici. La case « test » semble cochée.
Hamed, lui, balaie cette lecture d’un revers de main.
« Sur le papier, c’est un test, mais je ne pense pas que, le soir où on regardera le combat, ce sera un test », lâche-t-il. Pour lui, la marche n’en est pas une : « Je pense que ce sera l’une des soirées les plus faciles de la carrière de Moses, et qu’il va gagner un titre mondial. »
La confiance est totale, presque déconcertante. D’autant que, de l’autre côté de l’Atlantique comme en Europe, la catégorie reine reste dominée par deux hommes qu’Itauma n’a encore jamais affrontés : Fury et Joshua, qui ont enfin trouvé un accord pour se croiser plus tard dans l’année dans un choc 100 % britannique attendu depuis des années.
Hamed, pourtant, ne voit pas de plafond. Ni technique, ni mental. Pour lui, Itauma n’est pas seulement un espoir. C’est « un boxeur spécial » qui doit simplement « accomplir son potentiel ».
Un nouveau visage pour les lourds britanniques ?
Tyson Fury a déjà perdu deux fois, les deux fois contre Oleksandr Usyk. Joshua, lui, compte quatre défaites en 34 combats. Deux monuments, mais des monuments fissurés. C’est dans ces brèches que se glisse le nom de Moses Itauma.
Samedi, à l’O2, il ne s’agira pas seulement de ceinture IBF, de records d’âge ou de comparaisons flatteuses. Il s’agira de savoir si tout ce vacarme autour de lui repose sur du granit… ou sur du vent.
Si le ring confirme les mots de Prince Naseem, la catégorie reine britannique pourrait bien changer de visage plus vite que prévu.




