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Mondial féminin FIBA : l’Italie défie Team USA à Berlin

Dans l’immense Berlin Arena, l’affiche semblait écrite d’avance : la machine américaine, quadruple tenante du titre, face à une Italie supposée servir de faire-valoir. Sur le parquet, le scénario a été tout autre. Team USA a vacillé, a gelé en attaque, et a découvert que ce Mondial ne lui offrirait rien.

Deux jours après avoir écrasé la Chine 94-61, les Américaines se sont retrouvées empêtrées dans un match âpre, accroché, où chaque panier se gagnait au forceps. L’Italie, déjà victorieuse de Czechia pour son entrée en lice, a refusé le rôle de figurante et a imposé un bras de fer défensif de très haut niveau.

Un début idéal… avant le trou d’air

Le premier quart-temps donne pourtant l’illusion d’un après-midi tranquille. Team USA déroule son identité : intensité, rotations en chaîne, pression sur les lignes de passe. Neuf joueuses différentes marquent dans les dix premières minutes, preuve d’une profondeur de banc toujours terrifiante. Paige Bueckers mène la danse au scoring avec 4 points, Chelsea Gray ouvre le bal avec un jumper, la défense américaine étouffe.

En face, l’Italie souffre. Seulement 21 % de réussite au tir, huit ballons perdus, et une seule vraie bouffée d’air signée Jasmine Keys, meilleure marqueuse transalpine du quart-temps avec 4 points. Au buzzer, l’écart est net : 18-8 pour les États-Unis. L’ordre établi semble respecté.

Mais la rencontre bascule dans un autre registre dès le deuxième quart. L’Italie resserre encore les rangs, verrouille la raquette, coupe les lignes de pénétration. Team USA, qui avait aligné 12 tirs à trois points réussis contre la Chine, se retrouve soudain sans adresse extérieure : aucune réussite derrière l’arc, un 0 sur 9 qui pèse lourd. Les Américaines ne marquent que 9 points dans la période. Leur attaque se grippe, leurs certitudes aussi.

C’est là que Cecilia Zandalasini entre vraiment en scène.

Zandalasini allume la mèche, l’Italie revient

Star annoncée de cette sélection italienne, leader offensif au premier match (19 points contre Czechia), Zandalasini confirme son statut. Elle porte l’attaque, trouve des failles là où les autres butent, et ramène son équipe dans le match. À 4 minutes 15 de la pause, l’Italie est sur un 14-3 qui fait gronder la salle. L’avance américaine, montée à +11 (19-8 à la fin du premier quart), fond. Le tableau d’affichage affiche 26-20 pour Team USA, mais la dynamique est clairement italienne.

Zandalasini termine la mi-temps meilleure marqueuse de la rencontre avec 9 points. Problème pour l’Italie : elle compte déjà trois fautes, dans un contexte FIBA où la limite est fixée à cinq. Un fil ténu entre héroïsme offensif et danger permanent.

À la pause, les États-Unis ne mènent plus que 30-24. Six petits points d’avance, un match qui se complique, et des chiffres qui tranchent avec la domination habituelle : 32 % de réussite au tir pour Team USA, 31 % pour l’Italie. Angel Reese, elle, incarne la résistance américaine : 6 points, deux contres, une interception, une présence qui tient autant du symbole que de la feuille de stats.

La défense italienne fait dérailler la machine américaine

Le troisième quart confirme le malaise offensif américain. À 5 minutes 32 de la fin de la période, la salle retient son souffle : l’Italie passe devant, 33-32. Elle n’avait mené que 42 secondes jusque-là dans le match. Cette fois, elle s’installe dans le rôle de l’équipe qui dicte le rythme.

Les chiffres sont cruels pour les États-Unis : sept tirs consécutifs manqués, toujours aucune réussite à trois points, l’attaque tourne à vide. L’Italie, elle, « donne des cauchemars » à Team USA, coupant systématiquement l’accès à la peinture, posant des aides agressives, imposant un combat physique sur chaque écran, chaque coupe, chaque rebond contesté.

Au milieu de cette tempête, une autre alerte tombe côté américain : à 7 minutes 31 de la fin du troisième quart, Napheesa Collier écope de sa troisième faute. Kara Lawson n’hésite pas, Rhyne Howard entre pour la remplacer. Avec une limite à cinq fautes en FIBA, la marge d’erreur se réduit pour l’une des cadres défensives et offensives de la sélection.

Depuis le banc, Lawson résume le sentiment général à la mi-temps : « On joue physique, mais on fait trop d’erreurs. On fait trop de fautes. L’Italie joue avec beaucoup de force. On savait que ce serait le cas. Ça nous pousse à commettre beaucoup d’erreurs non provoquées. » Le constat est limpide : l’adversaire impose son style, et Team USA subit.

Reese, Boston et la bataille des tranchées

Si l’adresse fuit les Américaines, leur salut vient longtemps de la défense. L’agressivité sur porteur de balle, les mains actives, les aides tranchantes : Team USA « pique les poches » italiennes. À 6 minutes 45 du deuxième quart, la feuille de stats est éloquente : six interceptions et quatre contres déjà au compteur.

Angel Reese, encore elle, se signale très tôt avec une interception et deux contres en moins de trois minutes. Aliyah Boston, de son côté, laisse parler sa technique au poste avec un spin move soyeux qui fait lever le banc. Ces éclairs individuels ne masquent pas tout, mais ils maintiennent les Américaines dans le match alors que l’attaque patine.

En face, l’Italie ne recule jamais. Elle encaisse, rend coup pour coup, refuse de céder à la panique malgré les séquences de pression maximale. La victoire inaugurale contre Czechia (63-54) n’était pas un accident : cette équipe sait défendre, sait souffrir, sait aussi frapper au bon moment.

Une poule piégeuse, une pression immense

Cette rencontre face à l’Italie s’inscrit dans un contexte lourd pour les Américaines. Quatre titres mondiaux consécutifs, aucune défaite en Coupe du monde depuis 2006, et un statut de grande favorite encore confirmé par les cotes des bookmakers : Team USA est attendue en haut de l’affiche, sans alternative.

Le groupe D n’offre pourtant aucun répit : Czech Republic, Italie, Chine. La démonstration contre la Chine, avec quatre joueuses à plus de 10 points et un double-double spectaculaire de Caitlin Clark (14 points, 11 passes, record de passes décisives pour une Américaine en Coupe du monde), avait donné le ton. Mais l’absence d’A’ja Wilson, MVP du Mondial 2022, et de Kelsey Plum, toutes deux forfaits pour « raisons de santé » à quatre jours du début de la compétition, a rebattu les cartes.

Kara Lawson l’a dit dès le 1er septembre : pas le temps de s’apitoyer sur les absences. Il faut construire une alchimie avec le groupe présent. Sonia Citron et Kiki Iriafen, appelées pour remplacer Wilson et Plum, s’inscrivent dans ce chantier express.

Autour d’elles, l’ossature reste impressionnante : Breanna Stewart, double MVP WNBA, Chelsea Gray, quadruple championne WNBA, Napheesa Collier, ancienne Defensive Player of the Year, et une génération montante incarnée par Caitlin Clark, Paige Bueckers et Angel Reese. Sur le papier, personne ne rivalise. Sur le parquet de Berlin, l’Italie a rappelé que le basket international ne se gagne pas sur la réputation.

Bird, le long terme en tête

En coulisses, Sue Bird, Managing Director de Team USA, a posé le cadre avant ce duel : continuer à travailler sur soi, construire la chimie, tout en respectant l’adversaire. « Ce sera un défi, et on espère pouvoir faire les deux », résumait-elle en amont.

Le défi a été à la hauteur des mots. L’Italie a forcé les États-Unis à se regarder dans le miroir dès leur deuxième match de poule. Défensivement, les signaux restent forts. Offensivement, la panne sèche à trois points, la fébrilité face à une défense compacte et la gestion des fautes des cadres laissent des questions.

La suite du programme ne laisse aucun répit : Czechia dès le lendemain, avec en ligne de mire une première place du groupe synonyme de qualification directe pour les quarts de finale. Dans un tournoi où la moindre défaillance peut tout faire basculer, cette après-midi compliquée face à l’Italie servira-t-elle d’électrochoc ou de premier avertissement sérieux pour une dynastie qui refuse d’imaginer la fin ?