Leicestershire perd 27 points et se rapproche de la relégation
Leicestershire a peut‑être gagné sur le terrain contre Glamorgan en août. Sur le papier, ce succès vient de leur exploser au visage. Le club s’est vu retirer 27 points pour non‑respect du règlement sur la préparation des terrains, une sanction qui les propulse au fond du classement de la County Championship Division One et les place au bord de la relégation.
Le couperet est tombé en plein cœur de leur avant‑dernier match de la saison. La décision du Cricket Discipline Panel, indépendant, a effacé les 19 points engrangés lors de la victoire contre Glamorgan, ajouté huit points de pénalité supplémentaires, assorti le tout d’une amende de 5 000 £, avec encore huit points de plus suspendus pendant un an. D’un coup, tout le travail de survie patiemment reconstruit ces dernières semaines s’est fissuré.
Un terrain « pauvre » et un tournage Bollywood
Tout est parti de ce match du 23 août à Uptonsteel Grace Road. Dès la fin de la rencontre, un malaise flottait. Les officiels, menés par l’arbitre de match Ian Ramage, ont demandé à l’expert des terrains de l’ECB, Andy Mackay, d’inspecter la surface. Le rapport est sans appel : le terrain est jugé « poor ».
Les batteurs de Glamorgan ont souffert. Leur entraîneur principal, Richard Dawson, a parlé de conditions « difficiles » pour les joueurs au bâton. Les rebonds irréguliers sont apparus très tôt dans la partie, les impacts sur les mains se sont multipliés, et l’impression visuelle d’un wicket capricieux ne les a plus quittés.
Le chef jardinier de Leicestershire, Callum Lewin, a tenté d’expliquer. Devant le Cricket Regulator, avant l’audience, il a évoqué des « circonstances hors de [son] contrôle » dans les jours précédant la rencontre. Parmi elles, un tournage Bollywood non programmé organisé sur le site quatre jours avant le début du match, venu perturber la préparation. Il a aussi pointé la chaleur exceptionnelle qui a asséché la surface.
Le club, lui, défend la méthode. L’entraîneur principal, Alfonso Thomas, assure que le terrain a été préparé comme celui utilisé face à Yorkshire en juin, rencontre remportée par une manche et 39 points. Il reconnaît toutefois que, pour Glamorgan, la surface était « un peu plus sèche que ce que nous voulions ».
Une stratégie de terrain qui se retourne contre eux
Leicestershire avait opté pour une configuration dite « mullet » : herbe plus courte aux extrémités du pitch, plus longue au centre. Une recette déjà testée contre Yorkshire, puis reprise cette semaine face à Hampshire. Là‑bas, pas de mouvement extrême, pas de rebond dangereux. Ici, tout l’inverse.
Dans l’esprit du club, le match contre Glamorgan restait défendable : quatre jours pleins de jeu, deux scores à 90 ou plus, et une semaine où, ailleurs dans le pays, les totaux restaient bas. Pour eux, rien qui justifiait une sanction aussi lourde.
Le panel n’a pas partagé cette lecture. Le règlement sur les terrains est clair, et Leicestershire le connaissait avant de prendre le risque. Le résultat est implacable : 27 points envolés, une saison renversée.
Un maintien désormais en sursis
Sur le terrain, la situation sportive devient critique. Si Leicestershire ne bat pas Hampshire dans le match en cours à domicile, la relégation en Division Two sera confirmée. Et la tâche s’annonce monumentale : à la fin du deuxième jour, Hampshire mène déjà par 225 points dans sa deuxième manche, avec 255‑3 au tableau.
Cette déduction de points ne change pas seulement le destin des Foxes. Juste au‑dessus de la zone rouge, Glamorgan et Essex voient leurs chances de maintien grimper mécaniquement. Les adversaires directs respirent un peu mieux, sans avoir eu à marquer le moindre run de plus.
Pour Leicestershire, la claque est immense. De retour en Division One après 22 ans d’absence, promus en tant que champions de Division Two la saison passée, ils avaient peiné à trouver le rythme : une seule victoire avant ce succès de 42 points contre Glamorgan il y a trois semaines. Ce succès devait relancer leur mission survie. Il devient aujourd’hui la cause de leur chute probable.
Un club « dévasté » mais prévenu
En interne, le sentiment est clair : ils sont « dévastés » par la sanction. Le club a publié un communiqué sobre, indiquant qu’il « prend acte de la décision du Cricket Discipline Panel » et qu’il « examine sa position et considère toutes les options possibles ». Une voie de recours existe : Leicestershire peut faire appel dans un délai de dix jours ouvrables.
Derrière la colère, une interrogation s’installe dans le comté : un retrait de 27 points n’est‑il pas excessif pour un terrain jugé trop favorable aux lanceurs, alors que certains wickets produisant des nuls interminables et ultra‑productifs échappent à ce type de punition ? Les Foxes contestent l’équilibre du système, mettent en parallèle les surfaces à faibles scores et celles à gros totaux, et s’interrogent sur la cohérence globale.
Mais la règle est connue, et c’est là que le débat se referme pour l’instant. Le club a pris une option risquée sur son terrain, en pleine bataille pour le maintien. Elle vient de lui coûter presque tout.
Il leur reste un mince fil : battre Hampshire, puis s’attaquer à Warwickshire, en course pour le titre, et espérer un alignement de résultats favorables ailleurs. Un scénario possible sur le papier. Sur le terrain, ce sera une toute autre histoire.




