Lawrence brille sous la tempête et propulse l’Angleterre
Sous un ciel bas, des projecteurs allumés en plein après-midi et un terrain capricieux, Dan Lawrence a choisi de ne pas subir. Il a contre-attaqué. Son 50* précieux, arraché dans des conditions infernales, a propulsé l’Angleterre vers une avance de 357 points sur le Pakistan au troisième jour du deuxième Test à Lord's, réduit à la portion congrue par la pluie.
Angleterre 290 (Smith 61, Cox 55 ; Abbas 4-73) et 177-7 (Lawrence 50* ; Abbas 3-48)
Pakistan 110 (Awais 46 ; Robinson 4-11, Archer 3-26)
L’Angleterre mène de 357 runs.
Sur ce genre de surface, cette avance ressemble déjà à une montagne.
Une journée hachée, une tribune exaspérée
Le cricket a mis du temps à se frayer un chemin entre les averses. Le jeu n’a débuté qu’à 14 h 40, heure locale, et les interruptions se sont enchaînées jusqu’à l’arrêt définitif à 17 h 08. Puis, scène surréaliste : à 18 h 30, alors que le ciel s’était enfin ouvert, la décision tombe, journée abandonnée. Les spectateurs restés dans l’enceinte de Lord's ont répondu par des huées nourries. Une heure de jeu supplémentaire semblait possible, elle n’a jamais eu lieu.
Sur le terrain, pourtant, chaque minute a compté. L’Angleterre avait repris à 81-3, déjà bien placée, mais loin d’être à l’abri sur ce « green top » traître où la balle bouge en l’air, au sol… et parfois ne rebondit pas du tout.
Abbas, la balle rase, et le cœur brisé de Gay
Emilio Gay n’avait pas besoin de ça. Dans une lutte pour s’installer durablement comme ouvreur, il avait gratté ses runs avec courage pour atteindre 30 la veille. Dès la cinquième balle qu’il affronte ce samedi, Muhammad Abbas lui réserve un cadeau empoisonné : une balle qui ne se relève pas, file au ras du sol et le cueille, lbw, pour 31. Impossible à jouer. Impossible à accepter.
Gay quitte le terrain abattu, Joe Root secoue la tête sur le balcon anglais. Le débat sur la qualité de la piste de Lord's est relancé, encore. Pour un joueur qui vit son premier été comme ouvreur en Test, les circonstances sont rudes. Son abattage est louable, mais une moyenne de 23 ne suffit pas à verrouiller une place à long terme.
Brook ajuste, Rizwan punit, Lawrence s’affirme
Sur ce terrain piégé, chaque partenariat vaut de l’or. Harry Brook et Dan Lawrence en construisent un de 45 pour le cinquième guichet, un chiffre qui paraît modeste sur la feuille de match, mais énorme dans le contexte. Brook adapte son jeu, serre le jeu, choisit ses coups. Il semble avoir trouvé le ton juste.
Puis vient l’éclair de Muhammad Rizwan. Brook, 34 au compteur, est surpris par une prise exceptionnelle du gardien, monté au ras des stumps. Un geste de haute classe qui coupe net la résistance.
À ce moment-là, Lawrence change de registre. Plutôt que d’attendre la balle piégeuse, il décide d’attaquer. Les coups partent plus librement, les frappes gagnent en autorité. Ce n’est pas de l’insouciance, c’est de la lucidité : sur ce genre de surface, rester sur la ligne de feu trop longtemps est une condamnation à mort.
Son cinquantième run, son deuxième demi-siècle en autant de Tests, n’est pas un simple chiffre. C’est un manifeste. Son cinquième en carrière, mais sans doute l’un des plus lourds de sens.
Une place à prendre dans l’après-Stokes
Depuis la retraite de Ben Stokes en Test, l’Angleterre reconstruit. Le quatuor de pacers semble, lui, déjà trouvé : une attaque à quatre têtes qui a mis le Pakistan au supplice, notamment avec les 4-11 de Robinson et les 3-26 d’Archer au premier tour.
Le casse-tête se situe plus haut, dans l’ordre de frappe. Jacob Bethell doit revenir d’une blessure au genou et pourrait rebattre les cartes. Dans ce contexte, chaque manche compte double. Il n’est pas impossible que Gay et Lawrence se disputent, à terme, une seule place.
Samedi, la malchance a frappé Gay de plein fouet, victime d’un « shooter » imparable. Lawrence, lui, a survécu à plusieurs balles qui ont explosé sur son corps, encaissant les coups sans céder son guichet. Sur le long terme, ce genre d’endurance technique et mentale reste dans les mémoires des sélectionneurs.
Un match déjà plié ?
Même si la météo promet enfin un dimanche dégagé, rien n’indique que la tâche deviendra plus simple pour les batteurs. La surface a montré son vrai visage : imprévisible, exigeante, parfois injuste. Dans ces conditions, 357 runs d’avance, avec l’attaque anglaise en forme et un Pakistan possiblement privé d’Imam-ul-Haq, ressemblent à un avantage décisif.
Le Pakistan devra marquer au moins 358 pour l’emporter. Il n’en a totalisé que 416 en trois manches complètes depuis le début de la série. L’écart est criant.
Pour l’Angleterre, l’enjeu est clair : terminer le travail, boucler la victoire dans ce match et signer une première série gagnée depuis 2024. Pour Lawrence, c’est peut-être plus grand encore : transformer un cinquante courageux sous la pluie de Lord's en billet à long terme pour l’ère post-Stokes.




