Kuldeep Yadav brille à Headingley avec un 10/120
Kuldeep Yadav frappe fort à Headingley : un 10/120 qui relance tout avant la saison de Tests de l’Inde
À Headingley, Kuldeep Yadav n’a pas seulement pris des guichets. Il a lancé un message. Fort, clair, impossible à ignorer.
Le gaucher à poignet de Yorkshire a démoli Essex sur trois jours, signant les meilleures figures de sa carrière en first-class : 10 pour 120 et une victoire par une manche et 106 points pour son comté. Pour Yorkshire, ce succès pèse lourd dans la course au maintien dans l’élite du County Championship. Pour Kuldeep, il vaut bien plus qu’un simple « 10-fer ». C’est une reprise de pouvoir au moment où sa place en Test avec l’Inde semblait vaciller.
Un match pour rappeler qui il est
Dès la première manche d’Essex, le ton est donné. Kuldeep boucle 20 overs, en prend quatre pour 70 et brise l’épine dorsale de l’alignement adverse. Le ballon tourne, flotte, mord. Les batteurs d’Essex reculent, hésitent, se font piéger.
La suite est encore plus tranchante. Deuxième manche : 16 overs, six guichets pour 50. Yorkshire plie l’affaire, Essex est balayé, et Kuldeep quitte le terrain avec un 10/120 qui résonne bien au-delà de Headingley.
Ce n’est pas seulement un retour en forme. C’est une réponse après une tournée au Sri Lanka qui a laissé des traces.
Le trou d’air au Sri Lanka
Les chiffres sont brutaux. Premier Test au Sri Lanka : 14 overs, 65 runs concédés, aucun guichet dans la première manche. Le spinner le plus coûteux de l’Inde dans cet innings. En deuxième manche, un seul guichet, sans impact réel sur le match.
Au deuxième Test, il disparaît de la feuille de match. La BCCI parle de problème viral, précisant qu’il n’est pas apte à débuter mais qu’il peut entrer comme remplaçant en cas de commotion. Sur le papier, c’est médical. Dans les conversations autour de l’équipe, beaucoup y voient aussi la main de la sélection pure et dure.
Pendant que Kuldeep doute, un autre nom s’installe.
Manav Suthar, l’irruption qui change la donne
À Galle, Manav Suthar, venu de Sri Ganganagar, signe l’une des performances les plus marquantes d’un spinner indien en Test ces dernières années. Deuxième Test de sa jeune carrière, première balle : guichet. Il finit la première manche avec 4 pour 76.
Le dernier jour, il revient pour achever le travail. Six pour 55. Total : 10 pour 131 sur le match. Un chiffre qui réécrit les livres de records indiens au Sri Lanka, devant les 10 pour 153 de Harbhajan Singh à Galle en 2008 et les 10 pour 160 de Ravichandran Ashwin sur le même terrain en 2015.
Suthar ne se contente pas de prendre des guichets. Il montre qu’il peut, à lui seul, faire basculer un Test. Et il apporte aussi des runs précieux en bas d’ordre. Dans une équipe où chaque place compte, ce genre de profil pèse lourd.
Une hiérarchie bousculée
Une certitude demeure : Ravindra Jadeja ne bouge pas. Sa valeur à trois dimensions – batte, balle, terrain – le rend intouchable dans le dispositif Test de l’Inde. Son nom est le premier inscrit sur la feuille.
Derrière lui, la file est devenue beaucoup plus serrée. Suthar vient d’entrer dans le débat par la grande porte, avec un 10-fer en terrain étranger. Kuldeep, lui, reste l’un des bras les plus talentueux du pays, capable de renverser les meilleurs batteurs avec son drift et sa variation. Mais le talent brut ne suffit plus quand un plus jeune vient de prendre 10 guichets en un seul Test.
Le timing complique tout. En novembre, l’Inde se rend en Nouvelle-Zélande pour une série de deux Tests dans le cadre du cycle du WTC. Des conditions où les gestionnaires indiens pourraient privilégier quatre rapides, avec Jadeja comme unique spinner de métier. Peu de place pour les autres.
La grande fenêtre pour Kuldeep s’ouvre ensuite : la Border-Gavaskar Trophy à domicile, cinq Tests contre l’Australie en début d’année. Sur des surfaces indiennes qui tournent, les wrist spinners reprennent de la valeur. Les variations de Kuldeep deviennent alors une arme majeure. À condition qu’il arrive à cette série avec une forme irréprochable et une confiance intacte.
Un 10-fer nécessaire, mais pas encore décisif
Ce qu’il vient de faire avec Yorkshire remplit déjà deux cases essentielles : rythme et état d’esprit. Le county cricket ne garantit pas une transposition automatique en succès international, les sélectionneurs le savent mieux que personne. Mais un passage réussi en Angleterre prouve que le corps tient, que la tête est dégagée, que le bras tourne sans frein.
Le vrai examen, lui, l’attend sous le maillot bleu. Quand il reviendra en Test avec, en toile de fond, les images de Suthar fauchant le Sri Lanka à Galle. Quand chaque over sera lu à travers ce prisme : est-il encore devant le nouveau venu, ou déjà derrière ?
Le 10-fer de Headingley était indispensable. Il rappelle à tous que Kuldeep Yadav reste un match-winner potentiel, capable de détruire un alignement dès que tout s’aligne. Mais cette performance, isolée, ne suffira pas à sécuriser une place dans un XI où la concurrence s’est brutalement durcie.
Les quatre prochains mois diront si ce coup d’éclat n’était qu’une parenthèse anglaise ou le début d’un vrai redressement. À lui, désormais, de transformer ce cri lancé à Yorkshire en argument définitif au moment où l’Inde choisira ses spinners pour affronter la Nouvelle-Zélande, puis l’Australie.




