Kent s'approche de la victoire contre Lancashire
La promotion se jouait déjà à fleur de peau, elle se jouera aussi sur les nerfs. Au St Lawrence Ground de Canterbury, Kent s’est approché à grandes enjambées d’un succès capital en Division Two, terminant le deuxième jour sur 84‑2 dans la chasse modeste, mais piégeuse, de 140 runs face à Lancashire. Il manque 56 points. Rien, en apparence. Mais dans ce championnat, rien n’est jamais simple.
Crawley lance Kent, Stanley s’accroche
La matinée avait pourtant un parfum de contrôle pour Kent. Avec seulement 10 runs de retard au réveil, Zak Crawley et Matt Milnes ont patiemment retourné la situation. Lancashire, déjà sous pression dans la course à la montée, a vécu une première heure frustrante, à regarder le tableau d’affichage basculer en faveur des locaux.
Crawley, 68* au coucher du soleil la veille, a continué à dicter le tempo. Il a même bénéficié d’un répit lorsque Marcus Harris a laissé filer une chance à slip sur une balle de James Anderson. Un cadeau qui semblait annoncer une longue matinée pour les visiteurs.
Mais Mitch Stanley a refusé le scénario écrit d’avance. Un piégeage devant les stumps, Crawley renvoyé pour 84, et l’élan de Kent a vacillé. Dans la foulée, Khaled Ahmed a subi un « toe-crusher » pour un duck, puis Matt Quinn a vu son caméo pétillant de 13 se terminer, ses stumps éclatés. Stanley bouclait son travail avec 4-61, mais Milnes, lui, restait invaincu à 40* et Kent arrachait un avantage de 53 runs sur la première manche, 214 contre 161.
La riposte de Lancashire, puis l’effondrement
Avec ce matelas, Kent n’avait plus qu’à frapper vite. Khaled n’a pas attendu. Première over, Keaton Jennings dévie vers Crawley à first slip. Lancashire retombe immédiatement dans ses doutes.
Michael Jones et Josh Bohannon tentent bien de recoller les morceaux, guidant le score à 38-1 à la pause de midi. Mais au retour, Bohannon n’ajoute pas un seul run à ses 14 : une légère déviation, une prise sûre de Sam Northeast sur Quinn, et la deuxième manche de Lancashire se fragilise.
Harris entre, et soudain, l’air change. Avec Jones, il construit un partenariat de 71 runs qui redonne des couleurs aux visiteurs. Les frappes deviennent plus nettes, les singles plus fluides, Kent recule d’un pas. Lancashire semble enfin installé.
Puis la porte se referme. Milnes, encore lui, piège Jones lbw pour 54. L’instant d’après, la journée de Rocky Flintoff tourne au cauchemar : deuxième balle, lbw face à Keith Dudgeon, et un pair douloureux pour le jeune batteur. À 142-5 au tea, Lancashire a perdu sa marge psychologique.
La soirée se transforme en démolition méthodique. Khaled fait glisser Arav Shetty derrière les stumps pour 11 dès la reprise. Dudgeon arrache les stumps de George Balderson pour 13. Tom Bailey ne marque que 8 avant de trancher une balle de Milnes droit dans les mains de Tawanda Muyeye. Matty Hurst tombe dans un piège presque scolaire : un full toss de Dudgeon qu’il expédie pour six, puis une balle suivante qu’il envoie dans les nuages, captée par Daniel Bell‑Drummond à extra cover.
Milnes termine le travail en nettoyant Stanley pour 1. Lancashire est renvoyé pour 192. Ahmed (5-42 dans la première manche), Milnes et Dudgeon finissent tous avec trois wickets dans ce deuxième tour. Le calcul est simple : Kent a 140 à marquer pour l’emporter.
Chasse modeste, tension maximale
140. Sur le papier, un total abordable. Sur le terrain, une autre histoire. Avec 16 overs à jouer dans la soirée, Kent a l’occasion de tuer le match avant même le troisième jour. Lancashire, lui, n’a plus qu’une arme : le doute.
Bailey frappe le premier. Ben Compton est bowled pour 5. Le St Lawrence se crispe. James Anderson, ménagé après seulement trois overs, cède la balle à Balderson, qui répond aussitôt. Crawley, héros de la première manche, effleure, Hurst prend derrière les stumps, debout, et Kent vacille à 22-2.
Là, la partie peut basculer. Une ou deux erreurs de plus, et la cible de 140 se transforme en montagne. Mais Muyeye et Northeast choisissent un autre chemin.
Muyeye impose immédiatement un ton différent. Il frappe six fours, libère les épaules, force Lancashire à reculer dans le champ. Chaque coup proprement trouvé fait baisser les épaules des visiteurs et monter le volume des supporters locaux. À l’autre bout, Northeast joue le métronome, 23* précieux, refusant toute précipitation.
Les deux hommes passent la barre symbolique de la moitié du total. Les nerfs se détendent dans les tribunes, les visages se décrispent. À 84-2 à la fermeture, Kent tient la partie dans sa main, avec Muyeye invaincu à 37*.
Un troisième jour sous haute tension
Les chiffres sont clairs : Kent, 3 points déjà en poche, n’a besoin que de 56 runs pour achever Lancashire, lui aussi à 3 points, et frapper un grand coup dans la lutte pour la promotion. Mais Lancashire a encore une nuit pour se regrouper, un nouveau ballon neuf à exploiter, et quelques vieux routiers pour semer le doute.
Kent a dominé la journée. Lancashire a résisté par séquences, sans jamais vraiment reprendre le contrôle. Tout se jouera désormais sur ce dernier tronçon : 56 runs d’un côté, 8 wickets de l’autre.
À Canterbury, la marge est mince, mais l’enjeu est immense.




