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Katie Taylor : adieu à la reine de la boxe à Croke Park

Le rideau est tombé sur une carrière qui a changé le visage de la boxe. Sous les projecteurs de Croke Park, devant 80 000 spectateurs debout, Katie Taylor a offert à l’Irlande le final qu’elle réclamait depuis des années. Une victoire nette, autoritaire, presque cruelle pour l’invaincue Flora Pili, et un adieu à la hauteur de la légende.

À 40 ans, l’Irlandaise n’a pas seulement gagné. Elle a imposé sa loi pendant dix rounds, sans jamais laisser la moindre ouverture à la Française. Décision unanime, cartes sans appel : 100-90, 100-90, 98-91. Pili, jusque-là invaincue, quitte Dublin avec une première défaite et un bilan désormais de 12-1. Taylor, elle, s’en va en championne incontestée des super-légers, reine absolue de la catégorie des 140 livres (63,503 kg).

Une dernière ceinture pour boucler la boucle

Il restait un vide dans son palmarès déjà monumental. Elle l’a comblé. En dominant Flora Pili, Taylor (26-1) s’est emparée de la ceinture WBC des super-légers, qui manquait encore à sa collection. Elle la pose désormais aux côtés de ses titres WBO, WBA et IBF. Toutes les ceintures, une seule propriétaire. Et plus aucun doute sur son statut d’incontestée.

Ce n’était pas un baroud d’honneur. C’était une démonstration. Round après round, Taylor a dicté le rythme, contrôlé la distance, imposé son expérience. Pili a tenté d’entrer dans l’échange, d’accélérer, de bousculer la championne. Chaque fois, elle s’est heurtée à une muraille de précision et de sang-froid. Le combat n’a jamais vraiment semblé lui échapper à Taylor. Il lui appartenait, du premier au dernier coup de gong.

De Londres à Dublin, l’arc d’une pionnière

Cette nuit à Croke Park n’est pas un simple chapitre de plus. C’est le point final d’une histoire commencée bien avant les lumières des grands shows et les ceintures alignées. Quand Katie Taylor a débuté, les filles n’avaient même pas le droit de boxer en amateur en Irlande. Elle montait parfois sur le ring sous l’inscription « K Taylor », presque incognito, pour contourner les interdits.

Vingt ans plus tard, la même femme quitte la scène comme l’une des figures majeures du sport irlandais, tous sports confondus, et une icône mondiale de la boxe féminine.

Son premier grand tournant reste Londres 2012. L’année où la boxe féminine entre enfin au programme olympique. L’année où Taylor décroche l’or et devient le visage de cette révolution. Ce jour-là, elle ne gagne pas qu’un titre olympique. Elle gagne une tribune, une légitimité, un poids symbolique qui ne la quittera plus.

Le parfum de Madison Square Garden

Impossible de raconter Katie Taylor sans revenir à une autre scène mythique : Madison Square Garden. En avril 2022, elle y affronte Amanda Serrano dans le premier combat féminin en tête d’affiche de l’enceinte new-yorkaise. Une barrière historique brisée. Une soirée qui bascule immédiatement dans la légende.

Ce duel deviendra une trilogie. Trois combats, trois victoires pour Taylor. Le dernier en 2025, pour sceller une rivalité devenue le cœur battant de sa carrière professionnelle. Ces affrontements contre Serrano resteront, pour beaucoup, la signature sportive de Taylor : intensité, courage, technique, et cette capacité à répondre présente quand la pression atteint son paroxysme.

Chute, revanche et retour au sommet

Même les plus grandes trébuchent. La seule tache sur son bilan, elle l’a connue en montant de catégorie. Le 20 mai 2023, à Dublin, dans un 3Arena incandescent, Taylor s’incline face à l’Américaine Chantelle Cameron en super-légers. Une défaite qui surprend, qui secoue, qui fait naître la question que l’on réserve aux immenses : et si c’était le début de la fin ?

La réponse arrive six mois plus tard. Même lieu, même adversaire, autre histoire. Taylor corrige le tir, ajuste son plan, impose sa science du ring et prend sa revanche. Ce soir-là, elle prouve qu’elle n’est pas seulement une pionnière ou une icône médiatique. Elle reste, avant tout, une boxeuse d’exception, capable de se réinventer et de revenir plus forte.

C’est dans cette catégorie des super-légers, celle qui lui avait infligé son unique défaite, qu’elle choisit de terminer sa carrière. Et de régner sans partage.

Le dernier geste au centre du ring

À Croke Park, après l’annonce des scores, l’explosion de joie et les chants irlandais, le temps s’arrête. Taylor s’avance vers le centre du ring. Elle retire ses gants. Les pose au sol. Geste simple, mais lourd comme une décennie de domination.

Autour, son équipe dépose ses ceintures, une à une, formant un cercle symbolique. La championne au milieu de ses titres, comme au milieu de son œuvre. La salle comprend immédiatement. Ce n’est pas une pause. C’est un adieu.

Micro en main, la voix encore chargée d’adrénaline, elle s’adresse à son peuple. Elle remercie Croke Park, remercie l’Irlande, parle de « fin de rêve pour une carrière de rêve », de moment « couronnant » toute sa vie de boxeuse. Elle sait que rien ne pourra surpasser ce tableau : 80 000 personnes, une victoire nette, toutes les ceintures, chez elle.

Une trace indélébile

Professionnelle depuis 2016, Katie Taylor s’en va avec un bilan de 26 victoires, dont 6 avant la limite, pour une seule défaite. Mais les chiffres, pour une fois, ne suffisent pas. Elle a ouvert des portes, transformé des préjugés en souvenirs, déplacé la boxe féminine du sous-sol des galas au sommet des affiches.

Des Jeux de Londres à Madison Square Garden, de 3Arena à Croke Park, elle a tenu sa promesse : faire de la boxe féminine un spectacle à part entière, pas un supplément de programme.

La dernière image restera celle-ci : une championne de 40 ans, droite, émue mais lucide, déposant ses gants au centre d’un ring irlandais encerclé de ceintures mondiales. Le public hurle son nom. Elle sait que c’est le moment de partir.

La question n’est plus de savoir ce qu’elle peut encore gagner. Elle est de mesurer combien de temps il faudra avant que la boxe féminine voie naître une autre Katie Taylor.