Kate Koval : quitter LSU pour Baylor en pleine guerre en Ukraine
Kate Koval a tourné la page Louisiana State University. Pas pour une question de temps de jeu, ni de projet sportif. Pour une question de guerre.
À 20 ans, l’intérieure ukrainienne, pilier de LSU la saison passée, vient de s’engager avec Baylor University au Texas après avoir obtenu une dérogation exceptionnelle de la NCAA. Une issue rarissime, arrachée sur fond de conflit armé et de fracture personnelle.
Une saison pleine… puis la rupture
Sur le parquet, rien ne laissait présager un départ. Koval a disputé les 35 matches de LSU la saison dernière, avec une ligne de stats solide : 8,3 points et 6,3 rebonds de moyenne. Une première année aboutie, intégrée dans la rotation, dans un programme majeur.
Puis Anna Minaeva est arrivée. Une intérieure russe de 17 ans, recrutée par LSU. Peu après cette signature, l’université a annoncé le départ de Koval pour « raisons personnelles » à l’issue de sa première saison.
Le vrai motif, la joueuse l’a posé noir sur blanc.
« Cette guerre n’est ni lointaine ni abstraite »
Sur Instagram, Kate Koval a expliqué ce qui se jouait loin des parquets. Son pays en guerre. Sa famille en première ligne.
Elle a rappelé que son père sert dans l’armée ukrainienne, « fier de défendre son pays contre l’agression russe ». Elle a décrit une réalité qui dépasse largement le cadre d’un vestiaire : des proches tués ou blessés lors d’attaques russes, des lieux de son enfance détruits par des frappes de missiles, y compris là où elle a fait ses premiers dribbles.
Dans ce contexte, la cohabitation symbolique avec une joueuse russe devenait insupportable. Elle l’a écrit clairement : le timing de cette situation, l’impact sur elle, sur sa famille, sur ceux qui vivent et combattent encore la guerre, l’a conduite à se demander si LSU restait « le bon endroit » pour elle.
La réponse, elle l’a finalement donnée en partant.
Une dérogation rare, un cas de conscience
Le règlement de la NCAA est strict : en dehors de la fenêtre de transferts, un changement d’université n’est possible qu’avec un « transfer waiver », une dérogation accordée uniquement en cas de circonstances exceptionnelles, extérieures au sport et échappant au contrôle de l’athlète. L’événement invoqué doit en outre être survenu après la dernière opportunité d’entrée dans le portail des transferts.
LSU a officiellement demandé cette dérogation pour Koval. La NCAA l’a accordée. Sans elle, la pivot aurait dû attendre, bloquée par le calendrier administratif alors que sa situation personnelle brûlait déjà.
Grâce à ce feu vert, Koval a pu rejoindre Baylor, malgré la fermeture de la fenêtre en avril. Une bascule décisive pour la suite de sa carrière universitaire.
Nouvelle vie à Baylor, même guerre en toile de fond
Sportivement, Baylor récupère une joueuse déjà rodée au très haut niveau NCAA, capable de peser des deux côtés du terrain. Humainement, le programme texan accueille une jeune femme marquée par un conflit qui ne s’éteint pas une fois le match terminé.
LSU, de son côté, doit désormais assumer une situation délicate, entre choix de recrutement et conséquences humaines. BBC Sport a sollicité l’université pour préciser sur quel fondement exact la dérogation a été demandée. La réponse se fait encore attendre.
Sur le terrain, Kate Koval va continuer à jouer, à défendre son cercle, à courir les systèmes d’une nouvelle équipe. Mais chaque rebond pris au Texas restera traversé par une réalité implacable : pour elle, la guerre n’est pas un sujet d’actualité lointain. C’est la ligne de fond de sa vie.




