John Paul Hale : De la boxe amateur à la carrière professionnelle
Il aurait pu s’accrocher encore un cycle olympique, rêver de Los Angeles 2028 et d’un dernier coup de dés chez les amateurs. John Paul Hale a choisi de claquer la porte. Sans regret, ou presque.
À 25 ans, le Belfastois tourne la page d’une riche carrière amateur pour se jeter dans le monde professionnel, avec la conviction d’avoir vidé le réservoir. Champion d’Irlande Elite en 2021, six titres d’Ulster, deux participations aux Commonwealth Games (2022 et 2026) : le palmarès parle pour lui. Pour Hale, la boucle était bouclée.
« J’ai fait tout ce que je pouvais chez les amateurs et maintenant, c’est le bon moment », résume-t-il.
Le scénario rêvé aurait été une médaille cet été à Glasgow. Il est reparti avec de la colère.
Une dernière sortie au goût amer
Son dernier combat amateur, il l’imaginait comme un tremplin, pas comme une fin brutale. À Glasgow, dès le premier tour, il s’incline face à l’Anglais Patris Mughalzai, dans un duel plombé par les pénalités : deux points retirés à Hale, un à son adversaire. Trop, beaucoup trop à ses yeux.
La frustration explose à la fin du combat. Un doigt levé vers les officiels. Geste sans équivoque, écho direct à celui de son nouveau manager, Michael Conlan, à Rio en 2016 après sa défaite polémique contre Vladimir Nikitin. Même rage, même sentiment d’injustice.
« C’est la première fois que je n’étais pas fâché contre moi-même », raconte Hale à BBC Sport NI en repensant à cette journée de juillet. Il avait déjà battu Mughalzai auparavant. Cette fois-là, l’arbitre le laissait travailler, avertissait en cas de clinch, laissait le combat vivre. À Glasgow, Hale a eu l’impression inverse : « Je suis entré sur le ring avec l’idée que ce serait un combat similaire, mais j’ai juste senti que l’arbitre me l’a enlevé. »
Le plus dur, ce n’est pas seulement la défaite. C’est ce qu’elle représentait. « Au fond de moi, je savais que c’était ma dernière chance d’accomplir ce que je voulais faire chez les amateurs. » Quand l’ultime opportunité dérape sur des décisions arbitrales, la cicatrice reste.
Le doute sur l’arbitrage ne s’efface pas
La boxe, qu’elle soit amateur ou professionnelle, vit avec la subjectivité du jugement. Hale le sait. Mais il ne digère pas ce qu’il voit comme une continuité des vieux travers, malgré le grand ménage annoncé au sommet.
Depuis le scandale autour du combat de Michael Conlan aux Jeux de Rio, l’ancienne AIBA, devenue IBA, a été progressivement marginalisée. World Boxing a été reconnu par le Comité international olympique et a pris les commandes, notamment sur les Commonwealth Games. Sur le papier, une nouvelle ère. Sur le ring, Hale a l’impression de revoir le même film.
« Je ne sens pas que ça a changé, même avec la transition vers World Boxing », lâche-t-il. Il pensait que les juges favoriseraient les boxeurs plus agressifs, un style qui colle parfaitement au sien. Il sort avec la sensation inverse. « On dirait que rien n’a changé. »
Pour lui, le problème est plus profond : au plus haut niveau, les styles se mélangent, se répondent, et les critères semblent flotter. Certains boxeurs brillent en contre, sur le recul, mais n’obtiennent pas les décisions. D’autres avancent, prennent le centre du ring, sans être récompensés non plus. « Ils doivent décider comment ils veulent que les gens boxent pour gagner », estime-t-il.
Hale n’est pas un cas isolé. Il cite Jude Gallagher, autre Nord-Irlandais, lui aussi marqué par une décision très contestée aux Commonwealth Games. « Beaucoup d’autres étaient dégoûtés, quelques boxeurs écossais aussi ont pris de mauvaises décisions. » L’amertume traverse les vestiaires.
Tourner la page, sans s’accrocher au rêve olympique
Face à ce climat, la tentation de rester pour viser Los Angeles 2028 n’a pas fait long feu. Il y a deux ans déjà, Hale songeait à passer professionnel. Il avait reculé, par peur de nourrir des regrets sur sa carrière amateur. Glasgow devait être son dernier grand rendez-vous. Il y voit malgré tout une « superbe expérience ».
Cette fois, plus de marche arrière. À son âge, le timing compte. Les années charnières arrivent, la fenêtre se referme vite dans ce sport. Il choisit donc le saut, avec une figure de proue du boxing irlandais pour le guider : Michael Conlan.
« C’est énorme de l’avoir avec moi, il connaît énormément la boxe pro et c’est génial d’avoir quelqu’un comme lui avec cette expérience derrière moi. »
Conlan, ancien champion du monde amateur, deux fois challenger mondial chez les pros, sait ce que signifie porter de grandes attentes sur les épaules. Il sait aussi ce que coûte une injustice sur la plus grande scène. Hale n’aurait pas pu trouver mentor plus raccord avec son histoire.
Rester fidèle à Belfast, viser plus haut
Pour ses débuts professionnels, John Paul Hale ne s’exile pas. Il ne change ni de ville, ni de club. Il restera basé au Star ABC, dans le quartier de New Lodge, au nord de Belfast. Un ancrage fort, presque identitaire. Il commencera sa carrière chez les pros en welterweight, une catégorie dense, exigeante, où les trajectoires peuvent s’envoler très vite… ou se briser tout aussi rapidement.
Le 27 novembre, il traversera simplement la ville pour rejoindre The Devenish. La salle n’a rien d’un temple géant, mais son histoire parle aux initiés. C’est là qu’Anthony Cacace, aujourd’hui champion du monde super-plumes, a fait ses premiers pas professionnels. C’est aussi là que James Tennyson a construit les fondations de sa carrière avant de se hisser jusqu’à un combat mondial.
Hale ne s’enflamme pas. Il sait où il met les pieds. « Si je performe, les plus grandes salles et les grandes soirées viendront », assure-t-il. Il préfère démarrer dans l’ombre, loin des projecteurs brûlants. « Je préfère partir du bas, j’aime être un peu l’outsider et me construire. Tu peux sauter trop vite dans quelque chose de trop grand et être submergé. »
Il rappelle que de grands professionnels ont commencé sur de petites affiches, dans des salles modestes, avant de grimper étage par étage. Il voit The Devenish comme une marche, pas un plafond.
Et il sait qu’il ne montera pas seul sur ce premier ring payant. « Comme c’est le début, beaucoup de gens qui me suivaient chez les amateurs voudront venir me voir en pro, donc ce sera une belle soirée. » Entre la colère laissée à Glasgow et l’excitation de ce nouveau départ, Belfast s’apprête à découvrir une autre version de John Paul Hale : la même rage, mais un tout autre métier.




